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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

jeudi 10 octobre 2019

Le Nobel pour Olga Tokarczuk et Peter Handke.



L´Académie Nobel a annoncé aujourd´hui les lauréats du prix de Littérature pour les années 2018 et 2019.
La lauréate de l´année 2018 est l´écrivaine polonaise Olga Tokarczuk, 57 ans, dont l´oeuvre fut déjà couronnée de nombreux prix internationaux parmi lesquels le Man Booker, le Jan Michalski, le Transfuge du roman européen et le prix Nike à deux reprises.Ses titres les plus représentatifs sont Les Pérégrins; Dieu, le temps, les hommes et les anges; Sur les ossements des morts; Récits Ultimes ou Les Livres de Jakób(sélectionné pour le Prix Femina étranger 2018).  
Le lauréat de l´année 2019 est une vieille connaissance des lecteurs européens:le prestigieux écrivain autrichien Peter Handke, 76 ans, auteur d´une oeuvre considérable dont Les Frelons; L´angoisse du gardien de but au moment du penalty; J ´habite une tour d´ivoire; Don Juan; La nuit morave ou La grande chute.
Des choix qui ne suscitent pas de vraie polémique. Pourtant, certains ont déjà considéré que ces choix étaient le fruit d´une décision eurocentrique.

dimanche 29 septembre 2019

Chronique d´octobre 2019.


Une correspondance singulière ou l´histoire d´une amitié.

Parmi les traditions littéraires qui se diluent à la suite des mutations technologiques qui ont bouleversé nos habitudes, celle que l´on regrette le plus est peut-être la fin, à moyen terme, des correspondances entre écrivains. En effet, on est bel et bien en droit de s´interroger si les auteurs s´écrivent encore. Nul n´ose croire que dans quelques décennies on pourra connaître les échanges entre écrivains contemporains sur les sujets les plus divers, des plus importants aux plus anodins : le temps qu´il fait, les voyages entrepris, les impressions sur les présentations de livres ou les opinions sur leurs confrères qui tiennent le haut du pavé.
Il y a un siècle, une lettre était le moyen le plus courant pour établir une correspondance régulière avec quelqu´un d´autre. Si le ton était parfois informel, d´ordinaire plus proche d´un registre oral, la formulation dépendait beaucoup de la relation que l´on entretenait avec son correspondant. Il y avait naguère des lettres où certains écrivains s´appliquaient comme s´il s´agissait d´un roman ou d´un essai : la même rigueur stylistique, le même vocabulaire précieux et châtié, le même souci de la perfection. Il arrivait aussi qu´un écart –au niveau du langage, du lexique, du maniement de la langue-séparât les deux correspondants. C´était le cas de la correspondance entre Romain Rolland, né à Clamecy (Nièvre) le 29 janvier 1866, prix Nobel de Littérature en 1915, auteur du roman en plusieurs tomes Jean-Christophe, roman de la vie d´un compositeur de génie, roman d´apprentissage et tableau du monde intellectuel européen de l´époque, donc correspondance entre ce grand écrivain français, pacifiste et conscience critique de l´Europe qu´était Romain Rolland, et celui qui, au début de la correspondance, n´était qu´un vagabond roumain, quasiment un gueux, qui avait eu maints petits métiers, qui avait appris le français - langue qu´il estropiait en l´écrivant -à l´âge adulte, en Suisse où il vivotait, et qui répondait au nom de Panaït Istrati.
Né à Braïla, port roumain sur le Danube, le 10 août 1884, Panaït Istrati était fils d´une lavandière roumaine et d´un contrebandier grec. Il n´avait que deux ans lorsque son père fut tué par des garde- côtes. Il a très peu étudié puisque dès son enfance il a dû travailler pour échapper à la misère qui rongeait sa famille. Il fut d´abord apprenti chez un cabaretier, puis chez un pâtissier albanais. Il fut ensuite marchand ambulant, manœuvre, soutier à bord de paquebots du Service maritime roumain. Il s´est intéressé à la lecture et ses voyages l´ont mené en Europe, au Proche-Orient et au nord de l´Afrique. C´est à cette époque aussi qu´il a épousé des idées révolutionnaires et dirigé un journal syndical des travailleurs portuaires. Il maîtrisait, outre le roumain, le grec et le turc avant tout contact avec la langue française.
En 1916, après avoir contracté la phtisie, il a séjourné dans un sanatorium suisse à Leysin où il a fait la connaissance-décisive dans sa vie ultérieure –de Josué Jehouda qui lui a appris le français et lui a fait découvrir l´œuvre de Romain Rolland qui est devenu son maître à penser. Panaît Istrati a alors commencé à écrire en français, certes un français encore rudimentaire, plein de fautes d´orthographe et de syntaxe, mais où naissait déjà la vocation d´un futur grand conteur. Il a alors décidé d´envoyer un manuscrit à Romain Rolland qui ne l´a pas reçu pour cause de déménagement.
En 1921, alors qu´il était photographe ambulant à Nice, malade, seul et sans le sou, Panaït Istrati a tenté de se suicider. Au moment où il fut sauvé, quelqu´un s´est rendu compte qu´il portait sur lui une lettre et un manuscrit adressés à Romain Rolland. Ce fut le début d´une correspondance et d´une profonde amitié entre les deux hommes (leur première rencontre eut lieu le 25 octobre 1922), le grand écrivain français Romain Rolland et le futur écrivain roumain de langue française Panaït Istrati. Dès le début de leur correspondance, puis de leur amitié, Romain Rolland s´est aperçu qu´il était devant un conteur en puissance, un talent qui devrait être peaufiné pour pouvoir éclater au grand jour : «Je viens de voir Marcel Martinet, qui est chargé de la direction littéraire de L´Humanité. Il est bien décidé à publier le récit que vous avez envoyé à Desprès. Et il le fera passer le plus tôt qu´il pourra, c´est-à-dire dans un des prochains numéros du dimanche (où il y a une page réservée à la littérature). Ecrivez-moi vos pensées et les souvenirs de votre vie. Je vous lis avec une sympathie profonde. Et je suis certain que cette sympathie sera partagée par bien d´autres, quand vos écrits publiés commenceront à vous faire connaître» (lettre de Romain Rolland à Panaït Istrati datée du vendredi saint 1921). 
Romain Rolland a donc parrainé la carrière littéraire de Panaït Istrati qui, au fil du temps, a perfectionné son français et a publié dès 1924 une quinzaine de titres-romans ou contes autobiographiques avec le héros, son alter go, Adrien Zograffi – empreints de lyrisme, d´aventure et d´humanité. On l´a souvent rapproché de Jack London. Certes, on peut trouver des analogies entre les œuvres des deux écrivains : le même goût de l´aventure, la même communion avec la nature, le même sentiment de fraternité à l´égard des pauvres et des déshérités. Néanmoins, chez Istrati il y a l´errance en Orient -«Il a cette sagesse de l´Orient sur laquelle on a tout écrit», Joseph Kessel dixit- et toute une profusion de personnages hauts en couleur, des personnages –comme entre autres les haïdoucs, brigands de grand chemin, mais généreux pour les pauvres du voisinage- qui nous font découvrir tout un univers très particulier. Un jour, Panaït Istrati a écrit : «Je suis venu au mot cosmopolite». Son cosmopolitisme était une des caractéristiques de son romantisme et un des moyens d´exprimer sa fraternité universelle. Enfin, son talent de conteur lui a valu le surnom, dont Romain Rolland lui-même l´a affublé, de «Gorki des Balkans».
Panaït Istrati
Comme l´a affirmé, à juste titre, Linda Lê dans sa présentation des Œuvres de Panaït Istrati dans la collection Libretto chez Phébus, il n´était pas un sage résigné, mais plutôt un dissident, un réfractaire : «Il se défend d´être un marchand d´émotions, de s´attacher à rendre le lecteur esclave du drame avec dénouement, du suspens sentimental. Ses héros sont des parias, des proscrits, des êtres dont le ressort premier est l´inconséquence. En cela, il est proche du mage du Nord qu´est Knut Hamsun, lequel, dans un texte intitulé «De la vie inconsciente de l´âme» a édicté les principes de son art, qui consiste à restituer «le désordre incalculable des sensations, la délicate vie imaginative tenue sous la loupe, ces errances de la pensée et du sentiment en l´air, ces voyages sans pas, sans traces, avec le cerveau et le cœur, d´étranges activités des nerfs, le murmure du sang, la prière des os, toute la vie inconsciente de l´âme». Les vagabonds frénétiques d´Istrati sont les frères des héros de Hamsun». Malgré tout ce qui les rapprochait littérairement et esthétiquement, la politique séparait néanmoins Knut Hamsun (Prix Nobel de Littérature en 1920) de Panaït Istrati. Alors que le premier, enivré par les mythes païens et germaniques, a sombré dans la collaboration pendant l´occupation de la Norvège par les troupes nazies lors de la seconde guerre mondiale, le second, mort avant le conflit, avait toujours œuvré pour la recherche de la justice contre les inégalités sociales.

Romain Rolland
 Sa fréquentation de Romain Rolland et la correspondance qu´ils ont entretenue tous les deux ont renforcé leurs liens d´amitié. De leur correspondance se détachait un parfum de véritable communion. La croyance en l´idéal communiste les a rapprochés davantage. C´est pourtant l´idéal communiste –ou la défiguration qu´il a subie d´après Panaït Istrati –qui a fini par jeter un froid dans leurs rapports.  
En effet, en 1927, Panaït Istrati a entrepris, avec l´écrivain grec Nikos Kazantzakis, un voyage en Urss à l´occasion du dixième anniversaire de la Révolution de 1917. De ce long  voyage, il a ramené au bout de deux ans,  un livre, Vers l´autre flamme (avec un sous-titre éloquent : Confession pour vaincus)-qui a eu en partie la collaboration de Victor Serge et de Boris Souvarine- qui a constitué un foudroyant réquisitoire contre le régime stalinien. Romain Rolland, à qui il a fait part de l´intention de dire la vérité, l´a supplié de ne pas publier le livre, histoire de ne pas donner des armes aux ennemis du peuple, c´est-à-dire, aux bourgeois capitalistes. Cependant, malgré l´amitié qui le liait à son «maître à penser», Panaït Istrati n´en a eu cure. Un premier extrait –évoquant les accusations infâmes adressées à A.I. Roussakov, beau-père de l´écrivain révolutionnaire Victor Serge-est paru, qui plus est, dans La Nouvelle Revue Française, un organe qualifié de «bourgeois» par Romain Rolland,  qui n´a pas manqué de faire reprocher ce fait à son protégé. Dans une lettre datée du 7 octobre 1929, Romain Rolland a été particulièrement dur à l´égard de Panaït Istrati : «Je viens de lire votre article de la N.R.F-il me consterne. Rien de ce qui a été écrit depuis dix ans contre la Russie par ses pires ennemis, ne lui a fait tant de mal que ne lui en feront vos pages. Je ne sais pas si vos amis s´en trouveront mieux : je ne crois pas, je crois qu´ils s´en trouveront pire. Mais pour vos amis, tout un grand peuple, tout un régime est flétri. Pour vos amis, les innocents, les héros, les martyrs volontaires, tous pêle-mêle sont recouverts d´un flot de mépris. Votre justice est la suprême injustice. Il est inique de généraliser à cent millions d´êtres les malpropretés d´une douzaine, d´une centaine. Et les seuls à tirer profit de cette vengeance forcenée, c´est la réaction. Comment ne l´avez-vous pas compris ? La fureur est une folie. Elle détruit ce qu´elle veut sauver. Vous auriez pu dire tout l´essentiel de cette affaire, sans nuire à ce qui est sain en Russie, et qui mérite d´être sauvé, défendu, exalté».
Panaït Istrati a répondu à Romain Rolland dans une lettre datée du 18 octobre : «Mon ami, c´est juste  ce que vous me dites de votre point de vue. Nous n´avons, ni la même connaissance de la Russie, ni les mêmes sentiments à l´égard de nos amis politiques. (Je dirai même à l´égard de la classe ouvrière, telle que je l´ai vue écrasée là-bas, par les miens). Vous me rendez responsable de cet acte comme s´il était capable d´organiser à lui seul une croisade capitaliste contre l´Urss. Je suis responsable du peu d´un certain affaiblissement de la confiance qu´il provoquera dans le sein de l´Internationale. Cela, je l´ai voulu, et je le voudrais que cet affaiblissement aille jusqu´au bout, tuant ce parti «communiste» farci de chenapans et obligeant les canailles de là-bas de faire place aux vrais révolutionnaires. Je crois avoir agi en homme, en ouvrier et en révolutionnaire».
Il n´y a jamais vraiment eu rupture entre eux, mais les rapports se sont naturellement refroidis. Romain Rolland surtout en tenait rigueur à Panaït Istrati pour ses engagements politiques quoiqu´il se soit en quelque sorte insurgé- sans le défendre pour autant-  contre l´exécration publique qui s´est abattue sur l´écrivain roumain, victime d´une campagne de dénigrement des milieux communistes français, une campagne menée surtout par le quotidien L´Humanité et son directeur littéraire Henri Barbusse, célèbre écrivain, lauréat en 1916 du prix Goncourt pour son roman Le Feu, inspiré par son expérience dans la Grande Guerre.
 Malade (atteint de tuberculose) et victime d´attaques sordides, Panaït Istrati a décidé de rentrer en Roumanie où il était surveillé par la police politique de l´époque –La Sigourantsa-  qui, malgré la polémique qui s´était déclenchée en France, le suspectait encore d´accointances communistes. 

La correspondance avec Romain Rolland ne s´est pas interrompue mais les désaccords étaient toujours visibles. À la suite d´une nouvelle campagne en France où une interprétation un tant soit peu abusive des paroles de Panaït Istrati induisait à une dérive fasciste et antisémite de l´auteur, celui-ci a voulu s´expliquer auprès de son ami et mettre un terme à cette campagne, ceci dans une lettre envoyée le 21 mars 1935. Romain Rolland lui a répondu une semaine plus tard en des termes particulièrement durs, surtout concernant une lettre ouverte que Panaït Istrati avait adressée à l´architecte –décorateur et combattant antifasciste Francis Jourdain où il dénonçait, se réclamant du seul souci de la vérité, les attitudes de certains communistes juifs. Romain Rolland  a accusé Panaït Istrati d´avoir tristement sombré dans le nationalisme roumain voire l´antisémitisme. À la fin de la lettre Romain Rolland a écrit que seule l´art pourrait sauver Panaït Istrati : «Malheureux que vous êtes, quelle folie vous tient donc englué dans la politique, où vous ne comprenez rien, où vous n´avez jamais rien compris ! Vous ne savez qu´y être l´instrument aveugle et déréglé des pires politiciens. Une fois pour toutes, retirez-vous de l´action ! Vous n´y faites que du mal, aux autres et à vous. Écrivez  vos récits ! S´il est un salut pour vous, il ne peut être que dans l´art».
Cette lettre fut écrite quelques jours avant le décès de Panaït Istrati, le 16 avril 1935. Romain Rolland, mort le 30 décembre 1944, a survécu encore quelques années à son ami roumain.
Un an après la mort de Panaït Istrati, André Gide, a publié son Retour de l´Urss suivi de Retouches à mon retour de l´Urss où, à la suite d´un voyage à la patrie du socialisme, il rompait spectaculairement avec le régime stalinien. En 1940, l´écrivain britannique d´origine hongroise Arthur Koestler publiait Zéro et l´Infini (Darkness at noon, en anglais), un réquisitoire romanesque contre les procès de Moscou. C´était en quelque sorte la victoire posthume de Panaït Istrati, le premier intellectuel européen à avoir critiqué d´une perspective de gauche la supercherie stalinienne.    
Après trois ou quatre décennies dans le limbe, les ouvrages et la figure de Panaït Istrati sont aujourd´hui réhabilités alors que l´on ne fréquente plus guère, malheureusement,  l´œuvre de Romain Rolland.
Cette nouvelle édition de la Correspondance (1919-1935) entre Panaït Istrati et Romain Rolland est établie, présentée et annotée par Daniel Lébault et Jean Rière. Elle est riche de plus de six cents pages et inclut des annexes très intéressantes –avec des lettres  d´autres figures importantes proches des deux écrivains, des articles, des pages du Journal de Romain Rolland- qui permettent au lecteur de mieux comprendre cette correspondance. Contrairement à l´édition de 1990, celle-ci, par souci d´authenticité, a gardé le texte brut des lettres de Panaït Istrati où l´on peut se rendre compte du travail acharné de l´auteur pour mieux maîtriser une langue qui n´était pas sa langue maternelle.
Le lecteur a donc entre les mains une formidable et riche correspondance entre deux écrivains, doublée de l´histoire d´une amitié qui, malgré tout, a pu survivre tant bien que mal aux détours politiques de l´époque.

Panaït Istrati et Romain Rolland, Correspondance (1919-1935), édition établie, présentée et annotée par Daniel Lérault et Jean Rière, éditions Gallimard, Paris, mai 2019.        

jeudi 26 septembre 2019

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

Vous pouvez lire sur l´édition Lisbonne du Petit Journal mon article sur le livre Le peuple de mon père de Yaël Pachet, aux éditions Fayard:

 https://lepetitjournal.com/lisbonne/le-peuple-de-mon-pere-roman-de-yael-pachet-265566



samedi 14 septembre 2019

La mort de György Konrád.


Le romancier et essayiste hongrois György Konrád est décédé hier, à Budapest, à l´âge de 86 ans.
Né le 2 avril 1933, à Debrecen, au sein d´une famille juive aisée, il a fait des études de littérature,de sociologie et de psychologie à l´Université Loránd Eötvös et a participé en 1956 à l´insurrection de Budapest.
Figure importante de la dissidence hongroise sous la période communiste, il fut emprisonné pendant quelques jours en 1976 et banni de toute publication jusqu´au changement de régime en 1989. 
Auteur d´une dizaine de romans traduits dans une quinzaine de langues(dont cinq en français), il a reçu plusieurs distinctions et prix internationaux dont le prix européen de l´essai Charles Veillon, en 1985, le prix Kossuth, en 1991, le prix international Charlemagne, en 2001, et la croix de Commandeur de l´Ordre du Mérite de la République Fédérale de l´Allemagne, en 2003. 
György Konrád était, sans l´ombre d´un doute, une des figures majeures de la littérature hongroise contemporaine. 

jeudi 29 août 2019

Chronique de septembre 2019.





 Primo Levi : la raison contre la barbarie.

«Le voyage ne dura qu´une vingtaine de minutes. Puis le camion s´est arrêté et nous avons vu apparaître une grande porte surmontée d´une inscription vivement éclairée (aujourd´hui encore son souvenir me poursuit en rêve) : ARBEIT MACHT FREI, le travail rend libre».
C´est ainsi que débute le deuxième chapitre de ce poignant témoignage de la vie dans un camp de concentration nazi, en l´occurrence le Lager de Buna – Monowitz, un satellite d´Auschwitz où l´auteur de Si c´est un homme (Se questo è un uomo, dans la version originale), l´Italien Primo Levi, a vécu de janvier 1944 jusqu´à la libération du camp par les Russes, un an plus tard, le 27 janvier 1945.
Issu de la communauté juive de Turin, né le 31 juillet 1919, Primo Levi faisait certes partie d´une communauté assimilée depuis plusieurs générations, mais qui avait néanmoins gardé ses pratiques et ses rites. Aussi a-t-il appris l´hébreu à l´école du Talmud et a célébré à l´âge de treize sa bar-mitsva (ou bar-mitzvah), l´état de majorité religieuse acquis par les jeunes garçons juifs et par extension la cérémonie facultative célébrant ce passage. Il s´agissait pourtant d´une formalité familiale plus que d´une conviction intérieure. Primo Levi a fini donc par oublier ensuite ses connaissances de langue hébraïque jusqu´à ce que le séjour forcé à Auschwitz l´eût poussé à s´y intéresser à nouveau.
Primo Levi a fait ses études secondaires au lycée Massimo d´Azeglio où il a eu comme professeur de lettres l´écrivain Cesare Pavese qui, à vrai dire, ne lui aurait pas causé une grosse impression et qui plus tard aurait  même eu une influence pernicieuse au début de sa carrière littéraire, comme on le verra par la suite. Dès l´âge de quatorze ans, Primo Levi a orienté ses choix vers l´étude approfondie de la chimie. Pourtant, comme nous le rappelle Dominique Fernandez dans son Dictionnaire amoureux de l´Italie, Primo Levi,  à la recherche d´une clef qui lui ouvrirait la compréhension de l´univers, concevait la science de la matière comme une discipline poétique, lui qui s´était nourri des grands auteurs classiques comme l´Arioste, Manzoni, Leopardi ou Dante. Cette perspective fut décisive pendant son expérience tragique du camp de concentration : «Nul doute que cette double disposition d´esprit lui ait permis ensuite, et de se montrer extraordinairement attentif à l´expérience du camp de concentration, au lieu de se laisser sombrer, comme les autres détenus, dans le désespoir, l´apathie, et d´exprimer cette expérience dans un style concis, précis, sans emphase»(1).              
En 1937, après le baccalauréat, Primo Levi est entré à l´Institut de chimie et, malgré les lois antijuives promulguées par Mussolini, il a pu terminer ses études et obtenir, en juillet 1941, son doctorat de chimie. S´ils étaient soumis à de multiples vexations et à de fortes humiliations, les juifs italiens ont été relativement épargnés dans les premiers temps de l´ère mussolinienne. Tout a néanmoins basculé en 1943. Alors qu´une partie du territoire italien fut occupé par les Alliés et a signé l´armistice sous la baguette du gouvernement Badoglio, Benito Mussolini, replié à Salò dans le Nord du pays, y a instauré, sous la protection des forces nazies allemandes, une république sociale beaucoup plus violente et fanatisée que l´ancien régime fasciste. C´est à ce moment-là que le premier camp de concentration italien fut installé à Fossoli di Capri, près de Modène. On estime à sept mille le nombre de juifs italiens qui sont passés par ce camp avant d´être expédiés dans les camps d´extermination gérés par les Allemands dans les territoires occupés.
Primo Levi a rejoint dans la montagne proche de Turin les partisans du groupe Giustizia e Libertà (Justice et Liberté) qui rassemblait des intellectuels comme Carlo Levi- futur auteur du célèbre roman Le Christ s´est arrêté à Eboli qui n´a aucun lien de parenté avec Primo Levi-, Leone Ginzburg et Franco Antonicelli. Dénoncé par des traîtres et livré à des miliciens, Primo Levi, après un court passage  à Fossoli di Carpi, a échoué, par un des hivers les plus froids de la Seconde Guerre Mondiale, dans un camp satellite d´Auschwitz, le Lager de Buna-Monowitz qui fournissait des travailleurs à l´usine de caoutchouc voisine.             
Rien ne poussait donc, au départ, cet ingénieur à devenir écrivain. Pourtant, l´expérience des camps a fait naître une vocation peut-être insoupçonnée. Ainsi a-t-il évoqué ses souvenirs de déportation en écrivant l´ouvrage qui serait connu plus tard sous le titre Si c´est un homme (qui s´est d´abord intitulé Les engloutis et les rescapés).
Dans ce témoignage (2), Levi brosse un portrait dépouillé de la barbarie la plus atroce, vécue dans un camp où les détenus se trouvaient en proie à toutes sortes de contrariétés : la violence et les ruses des Kapos, le froid sibérien de Pologne, les épidémies, l´humiliation constante. Le plus frappant dans ce témoignage c´est, néanmoins, le fait qu´il n´est teinté d´aucune trace de rancœur ou de haine. À tous ceux qui s´en étonnaient, il répondait que son texte serait d´autant plus crédible qu´il apparaîtrait objectif et sans pathos.
Comme nombre de témoignages sur l´expérience concentrationnaire nazie, ce livre de Primo Levi a été accueilli, dans un premier temps, dans l´indifférence la plus totale, malgré un commentaire dithyrambique du quotidien communiste L´Unità, sous la plume de celui qui n´était alors qu´un jeune écrivain, un certain…Italo Calvino. La grande maison d´édition Einaudi a voulu le publier, mais l´avis défavorable de Cesare Pavese ( qui, comme on l´a vu plus haut, avait pourtant été professeur de Levi au lycée) et de Natalia Ginzburg- collaborateurs de l´éditeur, qui l´ont, tous deux, jugé inopportun- a avorté le désir de Giulio Einaudi, l´éditeur, qui était, lui, plutôt favorable à la publication du livre. Il a finalement vu le jour grâce à Da Silva, un petit imprimeur de Florence sous le titre de Si c´est un homme, suggéré par Franco Antonicelli, son ancien camarade dans le groupe Giustizia e Libertà.
Comme un peu partout, les témoignages sur l´Holocauste et l´expérience concentrationnaire dérangeaient à l´époque en Italie, non seulement parce qu´on voulait oublier ce cauchemar et tourner la page sur cette période sombre de l´Histoire- ou encore parce que, pendant le fascisme, nombre d´Italiens n´ont pas fait, à proprement parler, figure de vierges pudiques et innocentes- mais aussi parce que nombre d´intellectuels, même parmi les plus révolutionnaires, résistants et contestataires ne s´en étaient pas, au bout du compte, aussi  mal sortis que ça. Avec le succès de Primo Levi a partir des années soixante, ils étaient en quelque sorte atteints dans leur «héroïsme» par un homme qui dérogeait aux canons de l´intellectuel engagé et qui, mine de rien mais fort d´une expérience unique, pouvait présenter remarquablement ses lettres de noblesse.
Si c´est un homme, dont la première édition fut, cela va sans dire, un échec commercial a connu une deuxième édition, révisée et publiée finalement chez Einaudi, en 1958. Si petit à petit, il a acquis une indiscutable notoriété et écrit d´autres livres importants comme La Trêve dès 1963, Primo Levi restait une figure ignorée des milieux littéraires italiens. Dominique Fernandez rappelait dans l´ouvrage cité plus haut que pendant les innombrables conversations entretenues avec des écrivains –Moravia et autres-, critiques et journalistes italiens dans les années soixante, il n´était jamais question de Primo Levi. Ferdinando Camon aura été le premier écrivain italien de renom à le saluer publiquement (voir Conversations avec Primo Levi), mais Camon, né en 1935, était, il est vrai, d´une autre génération…
La carrière littéraire, si l´on ose dire, de Primo Levi s´est développée au fil du temps, et les fictions ou essais sur les camps sont au cœur de son œuvre (il a écrit aussi des poèmes) : La Trêve (La Tregua), prix Campiello, histoire de son retour mouvementé en Italie après la libération d´Auschwitz ; Les Naufragés ou Les Rescapés (I Sommersi e i Salvati), essai publié en 1986 sur les rouages de la machine d´extermination nazie, ou Maintenant ou Jamais (Se non ora, Quando ?), histoire plausible mais imaginaire d´un groupe de partisans juifs, russes et polonais, à travers l´Europe ravagée des deux dernières années de la seconde guerre mondiale.  
Si les camps et le nazisme ont fait l´objet de la réflexion de Primo Levi, le fascisme italien n´est pas absent de ses écrits, non plus. Dans le recueil L´Asymétrie et la vie (L´Asimmetria e la vita) qui rassemble des écrits posthumes et fut publié en 2002 –quinze ans après la mort de l´auteur –, on peut lire de courts textes où Primo Levi évoque aussi le fascisme italien et son imbrication ultérieure avec le nazisme. Dans un essai fort intéressant, inédit en français, paru en 2017 sous le titre From Fascism to Populism in History (California University Press,2017), l´historien argentin Federico Finchelstein, professeur à la New School for Social Research et à l´ Eugene Lang College à New York, écrit ce qui suit : «Primo Levi, qui a participé alors qu´il n´avait que cinq ans, à un groupe fasciste pour enfants, en 1924, a pu comprendre plus tard les conséquences de la victimisation de la variante italienne du fascisme. Il a vu et vécu l´expérience d´assujettissement du fascisme depuis la zone grise d´une foule de positions subjectives différentes, à savoir : la jeunesse fasciste demi-obligatoire, le spectateur, l´antifasciste et la victime juive. Pour Levi, «l´exaltation de la violence» ouvrait le chemin à l´attaque idéologique fasciste contre la raison. Levi, qui concevait le nazisme comme la «version allemande du fascisme», voyait le premier comme une version radicale de l´idéologie fasciste. Les camps étaient le modèle du «Nouvel Ordre» fasciste». 
Le nazisme est donc une version plus fanatisée du fascisme qui se pare, par-dessus le marché, des atours linguistiques les plus odieux et d´une propagande d´une rare violence. Le philologue allemand Victor Klemperer (1881-1960) s´est attaché dès 1933 à l´étude de la langue et des mots employés par les nazis. Dans son magnifique essai LTI (Lingua Tertii Imperii), la langue du troisième Reich (traduit de l´allemand par Elisabeth Guillot, éditions Albin Michel, 1976), il a pu examiner la destructuration de la culture et de l´esprit allemands par la novlangue nazie. C´est que la langue était, en plus, au service de la propagande et d´une philosophie qui prônait la violence et l´obéissance les plus aveugles qui soient. Au quatorzième chapitre, on y peut lire sur la propagande nazie : «Les affiches des nazis se ressemblaient toutes. On y montrait toujours le même type de combattant raidi, brutal et acharné, avec un drapeau, un fusil et une épée, en uniforme de SA, de SS ou de combat, ou même nu ; c´était toujours l´expression de la force physique et de la volonté fanatisée, c´était toujours les muscles, la dureté et sans doute l´absence de toute pensée qui étaient les caractéristiques de ces publicités qui vantaient le sport, la guerre et la soumission à la volonté du Führer. «Nous sommes les serfs du Führer !», s´était pathétiquement exclamé un professeur devant des philologues, immédiatement après l´accession d´Hitler au pouvoir».   
Pour en revenir à Primo Levi, il fut un des survivants à avoir témoigné sur la barbarie des camps, mais, on le sait, il ne fut pas le seul. D´autres l´ont fait également. D´aucuns étaient juifs aussi comme Imre Kertesz (Prix Nobel de Littérature 2002), Elie Wiesel, Tadeusz Borowski ou Jean Améry, d´autres étaient résistants comme Jorge Semprún, Robert Antelme, Jean Cayrol  ou Boris Pahor. L´expérience des camps fut si singulière que le philosophe allemand Theodor Adorno (1903-1969) a même affirmé que ce serait barbare d´écrire de la poésie après Auschwitz. Cette assertion qui fut souvent banalisée et simplifiée ne préconisait pas que l´on se fût gardé d´écrire de la poésie, mais évoquait la difficulté de cette tâche puisque après Auschwitz et la barbarie que le nazisme représentait le lyrisme serait quasiment impossible : comment dire l´indicible ? Le passage où Adorno réfléchit sur ce sujet se trouve dans son essai «Kulturkritik und Gesellschaft« («Critique de la culture et société») publié d´abord en 1949 et repris en 1955 dans son livre Prismen (Prismes). Il y écrivait : «Même la conscience la plus radicale du désastre (qui se profile) risque de dégénérer en bavardage. La critique de la culture se voit confrontée au dernier degré de la dialectique entre culture et barbarie : écrire un poème après Auschwitz est barbare, et ce fait affecte même la connaissance qui explique pourquoi il est devenu impossible d´écrire aujourd´hui des poèmes. L´esprit critique n´est pas en mesure de tenir tête à la réification absolue, laquelle présupposait, comme l´un de ses éléments, le progrès de l´esprit, qu´elle s´apprête aujourd´hui à faire disparaître, tant qu´il s´enferme dans une contemplation qui se suffit à elle-même» (3).
Si Theodor Adorno a par la suite cherché à nuancer ses propos, conscient des incompréhensions qu´ils avait provoquées, ses paroles ont toujours suscité –et suscitent encore aujourd´hui -réactions et débats. En 2001, dans sa conférence «Écrire après Auschwitz», l´écrivain belge Pierre Mertens a affirmé que la production de Primo Levi n´était, d´une certaine façon, qu´une réponse au défi provocateur de Theodor Adorno. De même que la poésie de Paul Celan. Né en Roumanie et appartenant à la minorité juive de langue allemande, Paul Celan -qui fut interné dans un camp de travail et a vu sa famille périr dans un camp en Transnistrie –a bel et bien prouvé qu´il n´était pas  impossible d´écrire de la poésie après Auschwitz, qui plus est en langue allemande. Certes, Paul Celan l´a fait, mais au prix d´un défi qu´il a relevé et qui s´est traduit par la création d´une contre-langue qui consistait en une mise en accusation implacable et définitive de la langue et de la culture allemande dont la Shoah était l´aboutissement. La thèse de Paul Celan était donc que la poésie après Auschwitz était possible justement à cause d´Auschwitz, comme nous l´a rappelé Peter Szondi dans son «Essai sur la poésie de Paul Celan» publié dans le numéro 288 (1971) de la revue Critique : «Auschwitz n´est pas seulement le but de la poésie de Celan, elle est sa condition même».
La poésie n´a cependant pas apaisé l´esprit de Paul Celan. Tombé dans une énorme dépression, il s´est jeté dans la Seine (il vivait à Paris) dans la nuit du 19 au 20 avril 1970. Deux autres juifs survivants des camps se sont donné la mort : le Polonais Tadeusz Borowski dès 1951, alors qu´il n´avait que vingt –huit ans, et l´Autrichien Jean Améry (pseudonyme de Hanns Mayer) en 1978, à l´âge de soixante -six ans. Primo Levi, apparemment, en a fait de même quoique nombre d´observateurs contestent cette version et évoquent la possibilité d´un accident. Néanmoins, la version officielle fait état que le 11 avril 1987 Primo Levi a ouvert la porte de son appartement, a enjambé la rambarde de son escalier et s´est précipité dans le vide…
Ces écrivains et survivants de l´Holocauste –Tadeusz Borowski, Jean Améry et Primo Levi- avaient en commun le fait d´être juifs et d´être passés tous les trois par Auschwitz, mais un autre survivant –juif lui aussi- du même conglomérat de camps d´extermination, le Hongrois Imre Kertesz (1929-2016), ne plaçait pas Primo Levi dans le même espace littéraire de Tadeusz Borowski et de Jean Améry. Imre Kertesz a donc distingué, dans un entretien accordé en 2010 (4), trois façons d´appréhender Auschwitz dans la littérature : la littérature du pressentiment, représentée par Franz Kafka qui, mort en 1924, n´a donc pas vécu la période des camps ; la littérature du témoignage humaniste, interprétée par Primo Levi, et la littérature des «conséquences d´Auschwitz» dans laquelle il classait Tadeusz Borowski, Jean Améry et lui-même. À en croire la version officielle sur la mort de Primo Levi, Imre Kertesz fut donc le seul qui ne se soit pas suicidé…
Quoiqu´il en soit, Primo Levi nous a légué son témoignage, mais nous a laissé aussi une grande leçon d´humilité, de tolérance, de sérénité. Dans une chronique écrite peu après la mort de Primo Levi –et récupérée dans son livre d´essais Utopie et Désenchantement que j´ai cité ici pour d´autres raisons le mois précédent-, Claudio Magris évoquait une conversation qu´il avait eue avec l´auteur de Si c´est un homme qu´il avait appelé pour lui demander un renseignement sur le nom d´un professeur français qui avait nié l´existence des chambres à gaz. Claudio Magris était fort étonné d´ailleurs que Primo Levi n´eût pas cité le professeur négationniste dans son essai de 1986 Les Naufragés et les Rescapés. Primo Levi, après lui avoir confirmé le nom du professeur, lui a répondu : «Celui-là, je ne l´ai pas cité parce qu´il s´agit de quelqu´un qui a cette idée fixe à cause de laquelle il a perdu sa chaire. Il a aussi détruit sa famille et ce n´était donc pas la peine de s´acharner contre lui».
Que l´exemple de Primo Levi puisse nous racheter de la médiocrité et des discours hargneux qui peuplent le monde aujourd´hui.  
        
 (1)In Dominique Fernandez, Dictionnaire amoureux de l´Italie, tome I, éditions Plon, Paris, 2008.
(2)La plupart des livres de Primo Levi sont disponibles en français chez des éditeurs différents. En italien, ils sont surtout publiés chez Einaudi.
(3) Theodor Adorno, «Critique de la culture et société» in Prismes, critique de la culture et société, traduit de l´allemand par Geneviève et Rainer Rochlitz, éditions Payot, Paris, 1986 (voir aussi le bel essai de Giulio Schiavoni, «Comment peut-on encore «Écrire après Auschwitz» ? Pierre Mertens et Primo Levi à propos du «devoir de mémoire»» que vous pouvez lire sur le site internet academia.eu).  
(4)Je vous conseille à ce propos la lecture du magnifique essai biographique de Clara Royer, Imre Kertesz : l´histoire de mes morts, publié en janvier 2017 aux éditions Actes-Sud. 

vendredi 16 août 2019

«Dans le rouge» de Rémy Genet.


Le mois d´août en France est celui de la rentrée littéraire. Alors que les grands éditeurs mettent les bouchées doubles pour faire connaître leurs nouveautés, il est des écrivains qui à travers l´autoédition optent pour une façon différente et singulière de promouvoir leurs romans. C´est le cas, entre autres, de Rémy Genet qui vient de lancer son premier roman Dans le rouge. Je pense que nombre de lecteurs pourraient se reconnaître dans le portrait que l´auteur brosse d´Antoine, le personnage principal. Le sujet du roman est le burn-out qui guette et les exigences de la vie moderne aussi bien que la compétition effrénée au sein des entreprises, compétition qui épuise les travailleurs. Rémy Genet dépeint cette réalité avec un énorme doigté et une bonne dose d´humour. Le style est limpide, sans fioritures, et l´auteur maîtrise on ne peut mieux la technique du dialogue.
Dans le rouge est donc un premier roman que je vous conseille et que vous pourrez trouver sur toutes les plateformes en ligne ou en le demandant auprès de votre libraire, sur commande.