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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

vendredi 19 juillet 2024

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez lire ma dernière chronique pour Le Petit Journal Lisbonne. J´écris sur Veiller sur Elle de Jean-Baptiste Andréa, publié aux éditions L´Iconoclaste, après l´attribution du Choix Goncourt du Portugal.  

https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/veiller-sur-elle-choix-goncourt-du-portugal-2024-un-roman-de-jean-baptiste-andrea-390040



jeudi 18 juillet 2024

La mort de Benoît Duteurtre.

Né le 20 mars 1960 à Sainte-Adresse (Seine-Maritime) et mort le 16 juillet 2024 au Valtin (Vosges), Benoît Duteurtre était un écrivain, critique musical et animateur de radio français. On reproduit ici les lignes le concernant écrites sur le site des éditions Fayard : «  Benoit Duteurtre était un écrivain au talent exceptionnel, dont les œuvres ont su toucher les cœurs et captiver l’imagination de nombreux lecteurs. Son écriture fluide et poétique a su créer des univers uniques et des personnages mémorables. Son dévouement à l’art de la littérature était incomparable, et il restera à jamais dans nos mémoires comme un auteur passionné et inspirant(…) Ses livres resteront des témoignages précieux de son génie créatif et de sa contribution exceptionnelle à la littérature contemporaine». Il fut l´auteur de plus d´une trentaine de titres dont Drôle de temps (1997, Prix du Roman de l´Académie Française) ou Le Voyage en France (2001, Prix Médicis).


mardi 2 juillet 2024

La mort d´Ismaïl Kadaré.

 


L'écrivain albanais Ismail Kadaré, 88 ans, auteur d’une œuvre monumentale sous la tyrannie communiste d'Enver Hodja, est décédé lundi matin, ont annoncé son éditeur et l’hôpital à l'AFP.

Ismaïl Kadaré est décédé d´une crise cardiaque, a precisé l´hôpital de Tirana. Il y est arrivé «sans signe de vie». Les médecins lui ont fait un massage cardiaque, mais «il est mort vers 6h40 GMT(8h40 locales)», a dit l´hôpital.

Il s´agit d´une perte énorme pour la littérature universelle. Vous pouvez lire sur ce blog la chronique que je lui ai consacrée en mai 2013.

 



samedi 29 juin 2024

Chronique de juillet 2024.

 



José Donoso, l´admirable oiseau de la littérature chilienne.

Cette année, le 5 octobre prochain, on signalera le centenaire de la naissance d´un grand écrivain latino-américain qui, en dépit de l´indiscutable prestige dont son œuvre a toujours fait l´objet, n´a peut-être pas atteint à l´échelle internationale la consécration qu´il aurait sans doute méritée.

L´écrivain chilien José Donoso –c´est bien de lui qu´il s´agit – est néanmoins un des grands romanciers associé au mouvement qu´on a appelé le boom latino-américain –il en a même écrit une histoire personnelle (1)- au même titre que Gabriel García Márquez, Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, Julio Cortázar, Juan Rulfo ou Jorge Luis Borges, entre autres. Décédé  le 7 décembre 1996, à l´âge de 72 ans, à Santiago du Chili – la même ville où il avait vu le jour -, on a l´impression que son œuvre n´a pas suscité ces dernières années un grand intérêt soit auprès des lecteurs soit chez les principaux éditeurs. Certes, il est un prix littéraire qui porte son nom et cette année et il y a de nouvelles traductions de ses œuvres en d´autres langues. Il y a également des événements culturels qui commémorent le centenaire de la naissance de José Donoso, mais est-ce suffisant pour un écrivain de sa stature ? José Donoso lui-même ne serait pas surpris que la postérité lui eût réservé –du moins pour l´instant –un accueil aussi mitigé, lui qui peu de temps avant sa mort avait confié à un autre écrivain chilien, Carlos Franz : «Dans dix ans, nul ne me lira». Carlos Franz, d´ailleurs, dix ans après la mort de José Donoso, mettait en relief l´oubli dans lequel était plongée l´œuvre de José Donoso, dans un article justement intitulé «El obsceno pájaro del olvido» («L´ obscène oiseau de l´oubli»), allusion au roman le plus emblématique de l´auteur, El obsceno pájaro de la noche (L´obscène oiseau de la nuit). Carlos Franz y écrivait qu´en se promenant dans les librairies madrilènes –on vous rappelle que José Donoso a vécu plus d´une dizaine d´années à Madrid -, les livres de son célèbre compatriote étaient introuvables.  Il présente quelques arguments pour justifier cette désaffection à l´égard de l´œuvre de Donoso : il était un écrivain qui changeait de stratégies, qui fuyait les styles fixes et la voix et l´esthétique uniques qui pour lui n´étaient que des déguisements, des formes momentanées, voire des modes de l´intellect.  De même que les goûts esthétiques changent, deviennent caducs et refont surface, de même le changement de styles, la métamorphose et le déguisement sont des caractéristiques essentielles de l´œuvre donosienne.

Issu de la bourgeoisie chilienne –comme d´ailleurs l´autre grand écrivain né dans l´entre deux-guerres, son ami Jorge Edwards (1931-2023) -, José Donoso a suivi des études de philologie anglaise à l´Université de Princeton, aux États-Unis, grâce à une bourse de la Doherty Foundation. Au début des années cinquante, il a fait plusieurs voyages au Mexique et en Amérique Centrale. De retour au Chili, il s´est inscrit en pédagogie à l´Université Pontificale Catholique.

Naturellement influencé par la littérature anglophone contemporaine –il a d´ailleurs écrit des contes directement en anglais-, ses premières œuvres sont des nouvelles. Ses œuvres, d´ordinaire peuplées d´êtres monstrueux livrés à leurs pulsions secrètes, montrent le déclin des classes privilégiées. En 1957, il a écrit son premier roman Coronación (Couronnement, en français), un roman qui dépeint la vie à Santiago et préfigure des thèmes qui marqueront son œuvre : la décadence, l´identité, la transgression et la folie. C´est l´histoire d´Andrés, un quinquagénaire solitaire qui est témoin de la démence de sa grand-mère nonagénaire. Dans ce roman, le lecteur se trouve devant une réalité grotesque où les personnages égrènent leurs souvenirs et plonge dans le quotidien des familles bourgeoises de Santiago enfermées dans des manoirs où elles nourrissent leurs obsessions les plus obscures.

Un autre roman important de José Donoso est El lugar sín limites (Ce lieu sans limite) paru en 1966 et adapté au cinéma par le cinéaste mexicain Arturo Ripstein. Il s´agit de l´histoire conflictuelle de Manuela, un homosexuel travesti qui régente un bouge et qui au fur et à mesure dévoile les secrets qui se cachent derrière les fausses apparences en même temps qu´il décrit une société qui sombre dans la déchéance.

Néanmoins, son œuvre la plus aboutie et qui a assis sa réputation d´écrivain majeur est sans l´ombre d´un doute El obsceno pájaro de la noche (L´obscène oiseau de la nuit), publié en 1970 et couronné par de nombreux prix littéraires. José Donoso s’inspire d’un événement vécu (la vision fugitive d’un enfant difforme dans une voiture de luxe) et d’une légende remontant au XVIIIe siècle concernant les Aizcoitia, une grande famille de propriétaires. Inés, leur seule fille parmi dix enfants, était une sorcière ; ils l’ont fait enfermer dans un couvent pour recluses où elle finit sa vie en sainte. Dans le roman, cette institution, délabrée, existe toujours et y vivent des vieilles femmes dont on ne sait si elles sont des domestiques, des guérisseuses ou des sorcières. Le dernier descendant des Azcoitia, Don Jerónimo, n’a pas d’enfant, et une sorcière intervient pour faire naître un fils. Celui-ci est difforme. Pour le protéger, Jerónimo crée dans un de ses vastes domaines une société de monstres où la difformité est vécue comme étant la normalité.  Un ami de Donoso, l´écrivain mexicain Carlos Fuentes (1928-2012), met en exergue dans son œuvre La gran novela Latinoamericana (non traduit en français), l´originalité de l´œuvre du grand romancier chilien, surtout dans ce roman : «Ce n´est nullement le fruit du hasard que Humberto Peñaloza, le personnage muet de l´œuvre majeure de Donoso, L´obscène oiseau de la nuit ait simultanément perdu le parler (ou fait semblant de l´avoir perdu ou converti le silence en l´éloquence même de l´origine de l´être parlant). Tout se passe dans les romans de Donoso comme si nous exigions tous un discours à la fois nouveau et fort ancien pour pouvoir marcher entre un monde qui n´est autre que la forêt des symboles dont parlait Baudelaire (…)En tant que lecteur des lettres anglaises, Donoso nous invite à suivre les préceptes imaginaires de Coleridge. L´écrivain doit être avant tout un médiateur entre la sensation et la perception, rien qu´à seule fin de dissiper ensuite toute liaison raisonnable entre les choses avant de tout recréer avec une nouvelle imagination dépouillée de rationalisme qui, en tout réduisant à un seul sens, sacrifie la signification même de l´acte poétique qui consiste à multiplier le sens des choses. Comme Wittgenstein le demande, dans L´Obscène oiseau de la nuit il n´y a pas davantage à dire, hormis l´indicible : la poésie et le mythe».   

Après ce roman, il y a une autre œuvre majeure de José Donoso, Casa de Campo (1978) qui a conservé le même titre dans la traduction française. Casa de Campo, comme son nom l´indique, est une maison de campagne somptueuse et baroque, perdue au milieu d'une plaine inhospitalière rongée par la menace des anthropophages, et, dans ce cadre, d'un esthétisme exquis où rôde l'angoisse. Une trentaine d'enfants - pour un jour, pour un an, nul ne le sait – sont privés de leurs parents, les riches Ventura : tel est le monde, volontairement irréel, que crée José Donoso dans « Casa de Campo» et qu'il va faire s'effondrer dans les convulsions d'une société agonisante. Roman fabuleux où, des gouffres noirs qui se creusent sous l'or et la fortune, surgit un ordre monstrueux, précipité par le départ des adultes vers une incertaine et immatérielle partie de campagne. Sans aucun doute, cela évoque le Chili de la dernière décennie : ces maîtres qui fuient, au propre et au figuré, une réalité devenue insupportable, ces serviteurs chargés de réprimer les révoltes par un implacable majordome, frère jumeau de Pinochet, ce médecin fou et idéaliste, qui parle comme Salvador Allende, ces enfants aux discours savants qui offrent toute la gamme des intellectuels, et ces indigènes, férocement écrasés par les valets avec la bénédiction des maîtres. Mais, s'il est légitime de faire de « Casa de Campo » une telle interprétation historique, ce roman a une portée universelle qui met en cause les mécanismes aveugles de toute révolution. A travers lui, José Donoso nous invite à une réflexion sur la liberté humaine et ses limites.

On retient aussi de son œuvre richissime, entre autres titres, son ouvrage, El jardín de al lado (1981, en français, Le Jardin d’à côté) qui  lui permet de discourir sur son exil en Espagne et la souffrance qu’il éprouve à être éloigné de son pays à cause de la dictature d´Augusto Pinochet. Pourtant, en 1981, il est rentré au Chili après une décennie et demie d´expatriation et ce fut en quelque sorte une descente aux enfers. Quelques mois après avoir été arrêté pour avoir participé à une « réunion politique non autorisée », il a publié, en 1986, le roman La desesperanza (La désespérance) dans lequel il aborde la tragédie politique chilienne du point de vue de l’homme qui est revenu dans son pays après de longues années d’exil.

Dans une thèse de doctorat soutenue en 2017 à l´Université du Chili, Fabiola Pena von Appen dresse une comparaison entre le thème de la décadence dans l´œuvre de José Donoso et dans celle du cinéaste chilien Silvio Caiozzi. Il s´agit d´un travail de création intime entre ces deux artistes qui circonscrivent le leitmotiv de la décadence sous différents aspects tels que : la dégradation sociale, la descente aux enfers de la famille, le déshonneur économique de la bourgeoisie chilienne, la discrimination entre les classes sociales, entre autres. Pour Fabiola von Appen, on trouve dans l´œuvre de José Donoso une forme classique d’aborder le récit et une autre plus métaphysique et surréaliste. Bien que plusieurs de ses romans contiennent des histoires fantastiques qui passent pour s'inscrire dans le réalisme magique, Donoso a toujours maintenu une essence réaliste. Son œuvre  met en évidence la décadence de la société chilienne et sa critique s’étend au-delà des facteurs économiques. C´est aussi un tableau de la condition humaine.

Dans son Dictionnaire amoureux de l´Amérique Latine (2), Mario Vargas Llosa évoque son ami José Donoso et son œuvre d´une façon chaleureuse et admirative en affirmant qu´il était le plus littéraire de tous les écrivains, non seulement parce qu´il avait beaucoup lu et savait tout ce que l´on pût savoir sur les vies, les morts et les anecdotes de la gent littéraire, mais aussi parce qu´il avait façonné sa vie comme l´on façonne les fictions, avec l´élégance, les gestes, les impudences, les extravagances, l´humour et l´arbitraire dont se prévalent surtout les personnages du roman anglais, celui qu´il préférait parmi tous.

Un autre ami déjà cité plus haut, Jorge Edwards (voir la chronique de ce blog de mai 2011), écrivait dans le quotidien espagnol El País (3) en 1996 après la mort de José Donoso ce qui suit: «Avec sa persévérance, avec sa passion littéraire qui ne faisait pas de concessions, il a fini par enfanter tout un monde, un miroir déformé du nôtre qui nous dit, à travers sa déformation,  des choses que nous avons le devoir de savoir et que souvent nous n´acceptons pas».  

Enfin, on termine cette chronique sur cet extraordinaire écrivain chilien en reproduisant encore une fois les paroles de Carlos Fuentes : «Les méthodes littéraires de José Donoso, sa méditation perpétuelle entre sensation et perception, lui permettent de jouer un délicat et mélancolique quatuor à cordes et aussi de mettre en scène un opéra éblouissant, sombre et douloureux. On continuera d´écouter la musique de ses sphères». 

 

(1)José Donoso, Historia personal del boom, 1972, inédit en français.

(2)Mario Vargas Llosa, Dictionnaire amoureux de l´Amérique Latine, traduit de l´espagnol par Albert Bensoussan, éditions Plon, Paris, 2005.

(3) Texte repris dans Diálogos en un tejado (Dialogues sur un toit), éditions Tusquets, Madrid, 2003. Inédit en français.

   

 

 

 

 

lundi 3 juin 2024

Centenaire de la mort de Kafka.


Aujourd´hui, on signale le centenaire de la mort de Franz Kafka, un des plus grands écrivains du vingtième siècle. Vous pouvez lire sur ce blog la chronique que je lui ai consacrée en mai dernier.


mercredi 29 mai 2024

Chronique de juin 2024.

 


Guy Goffette, l´enfance est ma patrie.

Pour la plupart des écrivains, la patrie est la langue qu´ils utilisent pour véhiculer leurs idées et leur talent. On pourrait cependant ajouter à la langue une autre patrie que d´aucuns revendiquent aussi : l´enfance. C´était, sans l´ombre d´un doute, le cas de l´écrivain belge Guy Goffette. Né le 18 avril 1947 à Jamoigne, en Lorraine belge, et décédé tout récemment, le 28 mars, il a été à tour de rôle enseignant, critique littéraire, bibliothécaire, éditeur et surtout un passeur. Avec quelques amis, il a créé, en 1980, une revue de poésie Triangle qui n´a connu que douze numéros et trois ans plus tard L´Apprentypographe, qu´il composait et imprimait lui-même à la main. Cette expérience a fini en 1987 et depuis l´auteur a consacré le plus clair de son temps aux voyages, avant de devenir, un temps, libraire d´occasion.

Comme auteur, mais aussi comme membre du comité de lecture des éditions Gallimard, à partir de 2000, il fut, avec Jean Grosjean et Jacques Réda, l´un des grands animateurs de la vie poétique.

Son œuvre fut saluée, entre autres récompenses, par le prix Mallarmé reçu pour Éloge pour une cuisine de province en 1989, le grand prix de poésie de la SGDL en 1999, le Grand Prix de Poésie de l´Académie Française en 2001 ou le Grand Prix Goncourt de la Poésie en 2010. Cci en France. En Belgique, Guy Goffette a reçu entre autres le prix Maurice Carême, le prix Félix Denayer de l’Académie de langue et de littérature françaises de Belgique et le prix Rossel pour Une enfance lingère.

Né au sein d´une famille ouvrière, Guy Goffette a étudié à l´Ecole Normale d´Arlon où son maître Vital Lahaye, poète lui-même, lui a inculqué le virus de la poésie. Quand il était jeune, il a passé quelques années d´internat dans une institution religieuse ce qui n´a fait qu´aviver son goût de liberté. Un goût qui perce dans tous ses écrits, soient-ils des récits ou des poèmes. On pourrait dire aussi de Guy Goffette qu´il est un écrivain de l´errance, toujours en partance (un sentiment qui a inspiré le titre d´un livre Partance et autres lieux,  prix Valery Larbaud 2000), l´écrivain de la douce mélancolie. Il aimait faire partager ses découvertes et l´interprétation qu´il faisait de la vie de certains artistes, qu´on pourrait dénommer de petites biographies sentimentales consacrées à Verlaine (Verlaine d´ardoise et de pluie), au peintre Abel Bonnard (Elle, par bonheur et toujours nue) et au poète anglais W.H.Auden (Auden ou l´œil de la baleine). Mais, comme nous l´écrivions plus haut, l´enfance est au cœur de son œuvre, à fortiori dans des romans comme Un été autour du cou (2002) et Une enfance lingère (2006) qui a reçu le prix Marcel Pagnol outre le prix Rossel. L´enfance de Guy Goffette est celle de l´école buissonnière, de la naïveté, des trains, des arbres, de la mer. Mais aussi l´enfance des premiers ébats amoureux ou à tout le moins des rêves d´amour, fussent-ils grâce au parfum de jeunes filles en fleur ou à celui de femmes mûres et charnelles.

Quoiqu´il en soit, Guy Goffette était, avant tout, un poète et c´est la vie qui l´a toujours inspiré, au détour d´un chemin, d´un coin perdu, en faisant, on l´a vu, l´ Éloge pour une cuisine de province (collection poésie de Gallimard), en évoquant les poètes de sa prédilection (Verlaine et Auden, déjà cités, et aussi, entre autres, Pessoa, Saba, Pavese, Emily Dickinson, Mandelstam, Hölderlin, Larbaud, Borges, Cavafy ou Yannis Ritsos).

La vie n´est parfois «Rien qu´un souffle» comme il l´écrit dans ce poème da La Vie promise : «Oui, tout homme debout n´est qu´un souffle / poussière, dans la gorge ses cris, ses pleurs, / ses chants d´amour et de déréliction, sable / du désir qui s´enlise : mourir, / ne pas mourir, qu´importe après tout, / si la mer n´est rien d´autre qu´un soupir / dans le rêve du ciel qui s´abandonne…». Mais la vie - comme on peut lire dans Un manteau de fortune (Grand prix de poésie de l´Académie Française 2001) - est également un « vieux piano d´herbes vendu aux neiges de l´Ardenne » ou une des multiples « variations sur une montée en tramway » ou enfin « Un dimanche à Lisbonne » à l´ombre du chanteur de fado Alfredo Marceneiro*, où l´on nous dit que « …au loin une guitare insinue / que rien n´existe sur la terre / comme l´absence, et que l´amour / est toujours nu / Heureux les amants amarrés / que l´ombre garde au fond de l´eau: / ils sont l´âme du diamant, / l´or du fado ».

À la fin, il y a toujours un poème, pour inonder notre cœur de bonheur, même si vous ignorez au juste ce qu´est un poème. Il est peut-être ce que Guy Goffette a écrit un jour : « Et si le poème, c´était plus simplement / ce qui reste en souffrance dans la déchirure / du ciel, comme une valise sans couleur / un gant dans l´herbe - et le rayon de soleil / s´amuse avec les serrures, l´agrafe en fer blanc / cependant que nous restons en retrait / empêtrés dans nos ombres / comme un enfant grandi trop vite / et qui ne sait plus rire ».

Sur le site de Gallimard, à sa mort, on a écrit des lignes qui témoignent on ne peut mieux du parcours de vie et de l´originalité de l´œuvre de Guy Goffette : «Attachée à porter un regard émerveillé sur le monde, sa poésie est empreinte d´un lyrisme sans emphase, toujours juste et sincère, laissant entendre des notes d´amertume, de nostalgie et d´humour. Elle est toujours un acte de conviction». Et l´on a rappelé une phrase de Guy Goffette lui-même : «La poésie est une manière différente, plus riche, plus libre et plus intime d´habiter la langue. Ne raisonnant pas, la poésie raisonne».

En Belgique, le pays où il est né, sa mort a également plongé le monde littéraire dans la consternation. Objectif Plumes, le portail des littératures belges, n´a pas manqué de rappeler que ce qui séduisait et retenait Guy Goffette l´exaltait et le mettait dans un énorme enthousiasme : les poèmes qu'il écrivait ou dont il rêvait déjà, les poètes qu'il lisait, les anciens comme les modernes, sur lesquels il écrivait, prose ou poésie, les textes qu'il choisissait jadis d'imprimer, les voyages qu'il faisait, les êtres, hommes ou femmes, qu'i rencontrait : «C´est assurément un passionné, un tourmenté aussi, qui vibre, crée, vit intensément et se donne à chaque fois tout entier à ce qu'il fait. Sa poésie va des chemins de la révolution à l'approfondissement des contradictions intérieures (rester vs partir), des évasions rêvées à l'enracinement regretté (une fois qu'il est parti ou bien quand il revient). Elle est grave (obsession du temps qui fuit, du néant), dynamique, ouverte aux vents de l'inspiration (diversité des thèmes) et n'est certes pas arrivée au terme de son évolution».  

 

*Un des plus grands noms du fado, né à Lisbonne en 1891 et mort dans la même ville en 1982.

  

 

vendredi 24 mai 2024

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez lire sur l´édition Lisbonne du Petit Journal ma chronique sur le roman Guerre et Pluie de l´écrivain Velibor Colic, disponible chez Gallimard.

https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/guerre-et-pluie-un-roman-de-velibor-colic-385886




mardi 14 mai 2024

La mort d´Alice Munro.

 


Alice Munro, née Alice Ann Laidlaw le 10 juillet 1931 à Wingham, Ontario, et morte le 14 mai 2024 en Ontario était une écrivaine canadienne de langue anglaise.

Elle a principalement écrit des nouvelles, parfois liées entre elles et centrées autour de personnages féminins. Elle a reçu le Prix Nobel de Littérature en 2013 pour être « la souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine », comme l'a alors expliqué l'Académie Suédoise.

lundi 6 mai 2024

Bernard Pivot (1935-2024).

 


C´est avec une énorme tristesse que nous venons d´apprendre la mort, à l´âge de 89 ans, de Bernard Pivot, journaliste, écrivain, critique littéraire, animateur et producteur d'émissions culturelles télévisées en France. Né le  à Lyon, il est mort le , aujourd´hui donc, à Neuilly-sur-Seine.

 D'abord journaliste au Figaro Littéraire, qu'il a quitté en 1974 rédacteur en chef, il a fondé le magazine Lire et a lancé à la télévision l'émission littéraire Apostrophes, qu'il a présentée de 1975 à 1990 et qui reste la référence en matière de culture à la télévision. Il a animé aussi l'émission Bouillon de Culture (de 1991 à 2001), des championnats d'orthographe et a créé des dictées qui ont remporté un immense succès populaire.

Bernard Pivot fut aussi président de l'Académie Goncourt de 2014 à 2019.

 

mercredi 1 mai 2024

La mort de Paul Auster.

 


Paul Auster, né le 3 février 1947 à Newark, est mort le 30 avril 2024 á Brooklyn des suites d´un cancer du poumon. Il était un romancier, scénariste et réalisateur américain de renommée mondiale.

Une partie de son œuvre évoque la ville de New York, notamment le quartier de Brooklyn où il a vécu. D'abord traducteur de poètes français, il a écrit des poèmes avant de se tourner vers le roman et, à partir des années quatre-vingt-dix, de réaliser aussi quelques films.

Leviathan, Mr Vertigo, Tombouctou, The Book of Illusions, The Brooklyn Follies, The Invention of Solitude ou Baumgartner comptent parmi ses œuvres les plus emblématiques.

Sa mort a plongé un peu partout les milieux littéraires et une foule de lecteurs dans une énorme consternation.

 


lundi 29 avril 2024

Chronique de mai 2024.

 


Kafka: héritage, modernité et originalité.

Dans l´entrée qu´il a consacrée à Kafka dans son Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature (1), Pierre Assouline regrette que la postérité n´ait réservé  à son ami Max Brod que le rôle de celui qui, en tant qu´exécuteur testamentaire, a sauvé de l´oubli les écrits du génie tchèque de langue allemande alors qu´il était lui aussi un écrivain qui, mort en 1968 à l´âge de 84 ans, a publié plus d´une vingtaine de livres. Sauver de l´oubli les écrits de Franz Kafka –bravant, à ce qu´il paraît, les dernières volontés de celui-ci - n´est pas, bien entendu, la moindre des choses. Peut-on imaginer le monde aujourd´hui sans que l´on eût connu des œuvres aussi décisives dans l´histoire la littérature universelle que Le Procès, Le Château, La Métamorphose, Amerika ou À la colonie pénitentiaire ? Ceci dit, une question taraude l´esprit des amants de l´œuvre de Kafka –qui en France fut divulguée en premier lieu par l´admirable Alexandre Vialatte- ces dernières décennies et Assouline se la pose dans l´ouvrage cité plus haut : Kafka voulait-il vraiment que son ami Max Brod brûle ses écrits après sa mort, comme il le lui a demandé dans une première lettre fin 1921, puis une deuxième datée du 29 novembre 1922 ? Pourquoi Kafka ne s´en est-il pas occupé lui –même ? On pourrait dire en effet que l´histoire est pleine de non-dits, de sous-entendus, d´insinuations comme nous le rappelle Pierre Assouline pour qui la question de la trahison a toujours paru vaine.  

Franz Kafka et Max Brod qui avaient pratiquement le même âge (un an de différence à peine, Kafka étant né à Prague le 3 juillet 1883) s´étaient connus un soir d´octobre 1902 à l´issue d´une conférence à Prague. Ils sont devenus des amis inséparables. Selon encore Pierre Assouline, à travers tout ce que Kafka dit de Brod, on perçoit l´aveu de ses propres faiblesses, notamment dans l´admiration qu´il professe pour l´énergie et l´activisme que son ami déploie dans son travail littéraire : «Il aimerait tant lui aussi élever les murailles d´une citadelle afin d´y protéger sa solitude et de la mettre à l´abri des miasmes du grand dehors. On (re) découvre un Kafka moins casanier qu´on ne l´a dit, les échos de ses voyages en Europe en témoignent : son goût des chambres d´hôtel « où (il se sent) tout de suite chez (lui), plus qu´à la maison vraiment» ; ses lectures de Knut Hamsun et de Joseph Roth, de Faim et de La Marche de Radetzsky ; le calvaire de son écriture».

C´est chez Max Brod que Kafka a fait connaissance de Felice qu´il a voulu épouser. Felice Bauer (1887-1960) est une des quatre femmes avec Julie Wohryzek (1891-1944), Milena Jesenska (1896-1944) et Dora Diamant (1898-1952), que Kafka aurait aimées. Pour ce qui regarde Felice, une jeune femme issue de la petite bourgeoisie juive, indépendante, qu´il a rencontrée pour la première fois en 1912,  d´aucuns affirment que c´est grâce à elle que Kafka est devenu écrivain et avancent comme argument la foisonnante correspondance composée par plus de cinq mille lettres qu´il lui a envoyées pendant cinq ans où ses tergiversations interminables –deux fiançailles avortées –ont rendu quasiment folle la pauvre Felice. Kafka était néanmoins partagé entre l´envie d´une vie familiale et la solitude dont a besoin l´écrivain pour pouvoir écrire. Quant à Milena Jesenska, les choses commencent également par une volumineuse correspondance, mais toujours est-il que Milena, figure flamboyante et anticonformiste, était encore moins incline que l´écrivain à un compromis durable. Concernant Julie Wohryzek, la liaison fut brève en raison de la forte opposition du père de Kafka qui a toujours eu une relation conflictuelle avec son fils. Enfin, Dora Diamant, Berlinoise d´adoption, était l´incarnation d´un judaïsme authentique, celui des ostjuden qui ont tellement fasciné Kafka, juif lui aussi. Elle représentait également la possibilité de rompre avec Prague et le cercle familial et s´installer à Berlin, mais la tuberculose l´a emporté le 3 juin 1924, raison pour laquelle on fête cette année le centenaire de sa disparition. À ces quatre femmes importantes dans la vie de Kafka, on pourrait ajouter dans un autre registre sa sœur Ottla (1892-1943), la plus jeune de ses trois sœurs et celle qui lui ressemble le plus, notamment dans sa tentative de s´émanciper de la tutelle du père Hermann auquel Kafka a écrit une lettre fameuse qu´il n´a jamais envoyée. Curieusement, ces femmes avaient presque toutes en commun le fait d´avoir été en rébellion avec leur père et d´avoir réussi à le surmonter, comme nous le rappelait Ruth Zylbelman dans l´excellente série documentaire –Felice, Milena, Dora et Ottla, quatre femmes avec Kafka -qu´elle a réalisée pour France-Culture, retransmise en 2022.      

Kafka est un auteur qui a toujours suscité des essais, des études académiques, des conférences. Il a même inspiré deux fictions uchroniques fort intéressantes : la nouvelle «La fuite de Kafka» (1965) (2) de l´écrivain de langue allemande Johannes Urzidil qui a été proche de Kafka, et qui met en scène Kafka réfugié à Long Island à plus de quatre-vingts ans, et le roman de Bernard Pingaud, Adieu Kafka ou l´imitation (1990) (3)où Kafka ne serait pas mort en 1924, mais pendant la seconde guerre mondiale à Dachau.  On dirait même qu´à chacun son Kafka. C´est ce que disait déjà l´écrivain belge Pierre Mertens en 1996 dans sa communication «Kafka écrivain «engagé» lors de la séance mensuelle du 9 mars de l´Académie royale de langue et de littératures françaises de Belgique. Il y lançait une interrogation qui est toujours d´actualité trois décennies plus tard : «Quel mouvement philosophico-esthétique n´a, au vingtième siècle, revendiqué Franz Kafka pour l´un des siens, sinon pour pionnier ou pour modèle ?». Ceci dit, paradoxalement, la question «Faut-il brûler Kafka ?» fut parfois posée. Et l´on ne parle pas de l´autodafé promu par les nazis en 1933. On évoque la polémique suscitée par un groupe d´intellectuels communistes en 1946 dans la revue Action. Sous la plume de Daniel Biégel, ce groupe se demandait –un an à peine après que l´on eut ouvert les portes du camp d´Auschwitz –quel sort il convenait de réserver à une œuvre noire, moralement nocive, politiquement réactionnaire, qui ne s´alimente qu´aux mamelles stériles d´un intimisme petit-bourgeois et à l´absence de toute critique sociale (pour un communiste, on le sait, tout se mesure à l´aune du social, tout doit être au service de la révolution).  Dans sa communication de 1996, Pierre Mertens rappelait encore que, jusque dans les années soixante, des voix se sont élevées, en Tchécoslovaquie ou en Union Soviétique, pour mettre en garde les lecteurs contre une œuvre «décadente», «cosmopolite» (un autre mot abhorré par les communistes), et pernicieuse, et pour déplorer bien haut que les intellectuels bourgeois d´Occident se soient détournés, au profit d´un lamentable héros métamorphosé en insecte, du noble Faust de Goethe, «symbole de la classe ouvrière» !

On sait que Kafka n´attendait pas de la Révolution d´Octobre l´instauration d´un avenir radieux, mais comme le souligne encore une fois Pierre Mertens, on connaît aujourd´hui combien et de quelle manière le progressisme de Kafka s´est néanmoins formulé et illustré surtout grâce aux recherches de quelques académiciens, notamment de Klaus Wagenbach, des recherches qui ont mis en exergue l´intérêt qu´il a de tout temps manifesté pour les questions sociales. Pourtant, il est on ne peut plus intéressant de constater combien Kafka était clairvoyant et lucide pour ce qui est des promesses révolutionnaires que les bolcheviques ont formulées lors de l´avènement du communisme en Union Soviétique. Dans un entretien avec Gustav Janouch (5), il dit apercevoir déjà «les sultans modernes» qui ne tarderaient pas à relayer les militants révolutionnaires : «Je la vois cette puissance des masses, informe, en apparence indomptable et qui aspire à être domptée et formée. À la fin de toute évolution révolutionnaire apparaît un Napoléon Bonaparte (…) Plus une inondation se répand, plus superficielle et plus trouble en devient son eau. La révolution s´évapore, seule reste alors la vase d´une nouvelle bureaucratie. Les chaînes de l´humanité torturée sont en papiers de ministères».

Concernant l´utilité –que, je pense, nul ne questionne de nos jours –de l´œuvre de Kafka, un des essais les plus emblématiques a vu le jour en 1951 sous la plume de Günther Anders : Kafka, pour et contre (4) qui curieusement ne fut publié en France qu´en 1990 et que Pierre Mertens-qui l´a découvert comme la plupart du public francophone  cette année-là- n´a pas à proprement parler apprécié. Par contre, Léa Veinstein qui vient de publier aux éditions Flammarion J´irai chercher Kafka-une enquête littéraire, s´est livrée avec d´autres contributeurs à une analyse en profondeur de l´ouvrage dans le cadre de son essai Les philosophes lisent Kafka (Benjamin, Arendt,  Anders, Adorno), paru, en dernière édition en date, en 2021 chez Les éditions de la Maison des Sciences et de l´Homme. Selon Léa Veinstein, Gunther Anders met l´accent sur ce qu´il dénomme «l´ambiguïté radicale de Kafka». Kafka pose la question du rapport entre l´homme et le monde sous l´angle de l´alternative entre appartenance et exclusion. Günther Anders et Hannah Arendt –son épouse à l´époque - abordent Kafka sous le même prisme philosophique, mais Anders adopte une perspective différente comme nous le rappelle Léa Veinstein : «Anders, lui, semble toutefois poser cette question en inscrivant davantage sa réflexion à l’intérieur de la tradition philosophique occidentale et dans un dialogue plus marqué avec Heidegger. La problématique qu’il dégage de sa lecture de Kafka concerne en effet plus précisément les liens entre deux grandes notions philosophiques : le monde et l’Être (cette dernière étant absente des textes d’Arendt). C’est ainsi qu’Anders prend soin de définir la « notion kafkaïenne de monde » à partir de la non-appartenance (« c’est l’ambiguïté de la non-appartenance qui contamine la notion kafkaïenne de monde […] [qu’il entend le plus souvent comme] la totalité de ce dont il est exclu »), mais aussi, en un sens plus métaphysique que socio -politique, à partir de la « notion kafkaïenne de l’être », sans la compréhension de laquelle, selon lui, l’ensemble de l’œuvre ne peut que rester obscur».   Léa Veinstein reproduit donc un extrait de l´œuvre de Günther Anders pour étayer ses arguments : «« Le mot sein a, comme l’écrit Kafka, “une signification double en allemand” : en tant que verbe, il signifie “être-là” [Da-sein], et en tant que pronom, “son”, il a le sens de la possession, de l’appartenance [ihm gehören] […] Ce que décrit Kafka n’est pas tellement l’Étant du monde avec lequel est l’individu [das “Seiende”], mais bien le fait de la non-appartenance, donc le non-être [das Nichtsein] ». Léa Veinstein ajoute : «Si le point de départ de l’interprétation est commun à Anders et Arendt (qui posent la question du monde et de la non-appartenance), l’interprétation d’Anders, elle, glisse vers une interrogation métaphysique sur le double renversement kafkaïen du monde (dorénavant défini comme ce dont on est originairement exclu) et de l’être, qui, à cause de cette exclusion, se transforme en non-être. L’idée de Weltfremdheit, qu’Arendt aura reprise dans un sens existentiel et politique, est ici investie d’une forte connotation métaphysique». Plus loin, Léa Veinstein écrit au sujet de l´«ambiguïté radicale» : «Anders veut donc mettre en avant l’ambiguïté radicale de Kafka, quelque chose comme une tension indécidable et en elle-même problématique qui surgit à la lecture de son œuvre. Son livre est à la fois une prise de partie très forte, voire virulente par endroits, contre Kafka et un éloge de son travail d’écrivain. Il y a du « pour » et du « contre ». C’est cette ambiguïté que son livre cherche à dévoiler, et, si difficile qu’en soit par conséquent la restitution, il convient de prendre le temps d’en analyser les procédés et les arguments. Il nous faut pour cela l’analyser dans son double mouvement – sans insister seulement sur sa critique d’un soi-disant « écrasement » kafkaïen. Il convient selon nous de ne pas aller trop vite en classant ce livre parmi les lectures critiques d’extrême-gauche des années 1950, car il constitue, au-delà de la grille de lecture politique, une véritable entrée dans l’œuvre de Kafka et met en œuvre des analyses philosophiques et littéraires fines».

Quoi qu´il en soit, la réception internationale de Kafka fut au fil des ans on ne peut plus enthousiaste via des auteurs tels Bruno Schulz, Walter Benjamin, André Gide, André Breton, Alexandre Vialatte, Maurice Blanchot, Felix Bertaux, Bernard Groethuysen, Elias Canetti, plus tard les italiens Claudio Magris, Roberto Calasso, Pietro Citati et maintenant Giorgio Fontana (6). Sans oublier, bien entendu, Milan Kundera -qui cite l´humour surréaliste de Kafka comme source d´inspiration d´écrivains comme Gabriel García Márquez, Carlos Fuentes ou Salman Rushdie- ou encore  Jorge Luis Borges. Ce dernier dans son essai Otras Inquisiciones (Enquêtes, en français) nous réserve un chapitre sur Kafka et ses précurseurs parmi lesquels il place étonnamment Léon Bloy, prenant surtout comme exemple un conte des Histoires désobligeantes où l´on a affaire au cas de certaines personnes qui collectionnent les globes, les atlas, les indicateurs de chemins de fer et les malles et qui meurent sans être sorties de leur village natal. Curieusement –et Philippe Muray l´a mentionné en note de bas de page de la «Statue du Quémandeur», texte sur Bloy dans son essai Exorcismes Spirituels I(7) -, Kafka lui-même parle au moins une fois de Bloy. À Gustav Janouch, qui venait de trouver Le Sang du pauvre chez le bouquiniste, il confie : «Je connais, de Léon Bloy, un livre contre l´antisémitisme : Le Salut par les Juifs. Un chrétien y défend les Juifs comme on défend des parents pauvres. C´est très intéressant. Et puis…Bloy sait manier l´invective. Ce n´est pas banal. Bloy possède une flamme qui rappelle l´ardeur des prophètes. Que dis-je, il invective beaucoup mieux. Cela s´explique facilement, car sa flamme est alimentée par tout le fumier de l´époque moderne»(7).      

Que reste-t-il aujourd´hui de l´héritage de Kafka ? Les écrits de Kafka reflètent les sentiments de la société du début du XXème siècle. Ses personnages évoluent dans un monde où les relations qui les régissent leur sont incompréhensibles, où ils sont livrés, impuissants, à des forces inconnues, comme dans un cauchemar. La vie est un mystère irrésolu, un labyrinthe dont on ne connaît pas la sortie et ce qui nous y attend. Kafka étudie la psychologie de ses personnages face à des situations extraordinaires. Kafka aborde les thèmes de la solitude, des rêves, des peurs et des complexes. Le personnage est perdu, déboussolé, il ne saisit pas tout ce qui l'entoure, le lecteur est le plus souvent dans la même situation. 

Le style et le symbolisme de Kafka (8) ont donc influencé la littérature du vingtième siècle et l´on a même créé en allemand l´adjectif «kafkaesh» qui donne en français «kafkaïen», un adjectif qui traduit une situation ou atmosphère absurde et oppressante.  Gabriel García Márquez n´a cessé de affirmer qu´il se sentait redevable à Franz Kafka, qui a montré une nouvelle voie à sa vie, surtout après qu´il eut lu La Métamorphose. Cette lecture lui a inspiré son premier conte La Tercera Resignación (La Troisième Résignation).

Franz Kafka est, cent ans après sa mort, l´auteur d´une œuvre résolument moderne.

 

(1)Pierre Assouline, Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature, éditions Plon, Paris, 2016.

(2) Johannes Urzidil, La fuite de Kafka et autres nouvelles, traduit de l´allemand par Jacques Legrand, éditions Desjonquères, Paris, 1992.

(3) Bernard Pingaud, Adieu Kafka ou l´imitation, éditions Gallimard, Paris, 1990.

(4)Günther Anders, Kafka : pour et contre, traduit de l´allemand par Henri Plard, éditions Circé, Belval, 1990.

(5) Gustav Janouch, Conversations avec Kafka, traduit de l´allemand par Bernard Lortholary, éditions Maurice Nadeau, Paris, 1998.

(6) Giorgio Fontana, Kafka. Un mondo di verità, Sellerio editore Palermo, mars 2024.

(7) in Philippe Muray, Essais, éditions Les Belles Lettres, Paris, 2015.

 (8) À lire aussi la biographie monumentale de Kafka par l´essayiste allemand Reiner Stach dont le tome 3 paraîtra en français le 30 mai chez Le Cherche –Midi (traduction de Régis Quatresous).

mercredi 10 avril 2024

Article pour le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez lire sur le site du Petit Journal Lisbonne ma chronique sur le roman La maîtresse italienne de Jean -Marie Rouart, publié aux éditions Gallimard.

https://lepetitjournal.com/lisbonne/la-maitresse-italienne-un-roman-de-jean-marie-rouart-382819




jeudi 4 avril 2024

La mort de John Barth.

 


 John Barth, né le 27 mai 1930 à Cambridge dans le Maryland et mort le 2 avril 2024 à Bonita Springs(Floride), était un romancier et nouvelliste américain réputé pour les caractéristiques postmodernes et métafictionnelles de ses oeuvres.

Son travail fictionnel est parfois rapproché des univers de Vladimir Nabokov ou John Fowles, par exemple.

En 1952, il a soutenu une thèse intitulée La Tunique de Nessos (The Shirt of Nessus), dont une des particularités fut d'être rédigée sous la forme d'un court roman (novella ou une longue nouvelle), forme que Barth a affectionné par la suite.

Il fut professeur dans diverses universités américaines, jusqu'à sa retraite en 1995. 

 

mardi 2 avril 2024

La mort de Maryse Condé.

 


Maryse Condé, née Marise Liliane Appoline Boucolon le  à Pointe-à-Pitre (Gaudeloupe), est décédée aujourd´hui, à l´âge de 90 ans, à Apt (Vaucluse), était une journaliste, professeure de littérature et écrivaine française d´origine guadeloupéenne  se réclamant de l´indépendantisme guadeloupéen.

Elle était l'autrice d'une œuvre importante de renommée mondiale. Elle était surtout connue pour Ségou, roman en deux tomes qui, à travers le destin de trois frères, retrace la chute du royaume bambara de Ségou. Elle était également connue pour son roman Moi Tituba sorcière…

En 2018, elle a remporté le Prix de la Nouvelle Académie de Littérature, une sorte de Nobel alternatif.


 

vendredi 29 mars 2024

Chronique d´avril 2024.

 


Ahmadou Kourouma,  portrait d´un «ogre malinké»

 

   Il y a plus de vingt ans, dans la soirée du 11 décembre 2003, je rentrais chez moi après avoir donné des cours. C´était le jour de mon anniversaire (le trente-huitième) et, en consultant Internet, j´apprenais la triste nouvelle : le décès à Lyon de Ahmadou Kourouma, un des auteurs francophones contemporains les plus originaux et inventifs. Pour quelqu´un qui aime la littérature et l´œuvre de cet écrivain africain en particulier, c´était, effectivement, un très mauvais cadeau d´anniversaire.

  Ahmadou Kourouma était un écrivain ivoirien d´origine malinké. Son nom signifie «guerrier» en langue malinké. Né officiellement près de Boundiali en Côte d´Ivoire, le 24 novembre 1927, il aurait effectivement vu le jour à Togobala, en Guinée.  Son père  était un marchand de noix de kola, mais c´est un oncle habitant Boundiali qui l´a recueilli alors que Ahmadou Kourouma n´avait que 7 ans, ce après que son père eut violenté puis répudié sa mère. Ce fut dans doute une expérience décisive pour le jeune garçon et qui l´a placé dès son enfance sous le sceau d´une rupture, d´une séparation et d´un déracinement comme l´a écrit à juste titre Jean-Michel Djian dans la biographie qu´il lui a consacrée, publiée en 2010 aux éditions du Seuil. 

Après avoir donc passé les premières années de sa vie auprès des siens au nord de la Côte d´Ivoire, il a poursuivi ses études à l´Ecole technique supérieure de Bamako, la capitale du Mali. Pourtant, à Bamako, il n´a pas hésité à manifester ses désaccords sur nombre de règles auxquelles lui et ses pairs devaient se plier. Ainsi, comme il a vigoureusement dénoncé la nourriture infecte et les conditions sanitaires déplorables de la grande école (il a même organisé une grève pour cela), il fut renvoyé quelques semaines avant de passer ses examens et n’a donc pas obtenu son diplôme. De ce fait, il fut enrôlé dans l’armée coloniale mais comme il a refusé l’idée d’avoir un jour à tirer sur les siens, il en fut rapidement exclu, ce qui l´a conduit à passer trois ans à Saigon, comme tirailleur en Indochine française,

 de 1951 à 1954. Ensuite, il a regagné la France métropolitaine où il est devenu étudiant en statistiques dans le domaine des assurances à Lyon –où il a connu une Française, Christiane, qui allait devenir sa femme -, ne retrouvant la Côte d´Ivoire qu´en 1960 au moment de l´indépendance. Pourtant, son séjour y fut de courte durée. En homme intelligent et insoumis, il s´est tôt aperçu que, pour réussir chez soi, il fallait flagorner ceux qui tenaient le haut du pavé, en particulier le grand chef, le manitou, Monsieur Félix Houphouët-Boigny. Poussé hors de ses frontières, il a successivement vécu en Algérie, au Cameroun et au Togo.

Jean –Michel Djian a plus ou moins insinué, à travers les photos qu´il a insérées dans la biographie citée plus haut, qu´Amadou Kourouma était une force de la nature : un homme grand, aux larges épaules, initié très jeune à la chasse aux grands fauves.  Sous l´influence de son oncle Foldio qui l´a élevé, il aura gardé toute sa vie une certaine confiance dans le fétichisme de sa jeunesse. C’est par ailleurs la croyance aux esprits qui a fait que Kourouma, à la fin de sa vie, alors qu’il était soigné à Paris pour le diabète, ait recouru à des guérisseurs impuissants à le guérir ; croyance qui, d´après Jean –Michel Debré ou encore Agnès Cousin de Ravel (dans un article publié en 2010 sur le site nonfiction)semble avoir davantage compté pour lui que la religion musulmane à laquelle il appartenait, qu’il a pratiquée moins par conviction que pour ne pas être exclu de sa communauté et dont il a dénoncé régulièrement la vanité des rites.

Amadou Kourouma a hérité de ses ancêtres le goût pour ces histoires colorées et traditionnelles, à la fois relayées et renouvelées d´une génération à l´autre. Des histoires du vécu africain où la réalité est enrichie et transfigurée par la fantaisie des conteurs, comme un des oncles de l´auteur qui était infirmier, chasseur, musulman et féticheur. De cette sève, Ahmadou Kourouma a développé un style vif, chatoyant et primesautier, où la langue française était d´ordinaire enjolivée par des termes de malinké, sa langue natale.

  En 1968, sort son premier roman, Les soleils des indépendances, mais devant l´indifférence des éditeurs français, Ahmadou Kourouma doit recourir aux Presses de l´Université de Montréal pour le faire publier. Méfiance du milieu littéraire français à l´égard d´une littérature africaine qui n´avait pas encore acquis ses lettres de noblesse ? On ne saurait le dire. Toujours est-il que, deux ans plus tard, il est repris par les éditions du Seuil et il connaît alors un immense succès se vendant à plus de 100.000 exemplaires. La réputation d´Ahmadou Kourouma repose d´ailleurs sur cinq ou six livres, l´auteur n´en ayant publié qu´une dizaine, y compris une pièce de théâtre et des livres pour enfants.

  Son premier roman que nous venons de citer, Les soleils des indépendances, retrace le parcours de Fama, prince malinké aux temps de l´indépendance et du parti unique, un livre où la réalité africaine avec son cortège de joies et de souffrances s´étale au grand jour. Une réalité africaine qui se retrouve aussi au cœur du livre suivant Monné, outrages et défis, mais ici sous une perspective différente : le roi déchu de Soba, Djigui Keïta, désobéissant à l´empereur de tout le pays mandingue et contre toute logique, s´enlise dans la collaboration avec les troupes d´occupation coloniales. Tous les livres de Kourouma d´ailleurs n´évoquent autre chose que les démons des sociétés africaines. Dans un roman paru en 1999 et couronné du prix du Livre Inter, En attendant le vote des bêtes sauvages, Ahmadou Kourouma propose une lecture personnelle et nuancée des événements et des dynamiques en vigueur dans les États africains qui, après la dissolution de l’Empire colonial français, ont progressivement accédé à l’indépendance, toute relative néanmoins à cause du néocolonialisme. L’auteur aborde de façon critique et ironique certaines traditions africaines, la colonisation, la tyrannie et la démesure des chefs d’États africains, ainsi que l’hypocrisie des Occidentaux. Comme l´écrivait Sélom K. Gbanou en 2006, dans un article publié dans la revue québécoise Études Françaises : « Sa démarche créatrice consiste à mettre les atouts de la fiction au service de la vérité historique, d’en faire une voie d’accès à la mémoire du présent, de traquer dans le merveilleux romanesque et l’invraisemblable du récit fictionnel la réalité du monde et des êtres ». En attendant le vote des bêtes sauvages est assurément un des meilleurs livres que l´on ait jamais écrits sur les dictatures et la corruption africaines. L´auteur nous raconte l´histoire du général Koyaga, «président» de la République du Golfe, dans une fable à l´humour ravageur où l´on mêle hommes et bêtes sauvages et où l´on n´a aucun mal à reconnaître sous les traits de Koyaga et d´autres personnages l´ombre des grands dictateurs africains comme Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Bokassa ou Mobutu.

  L´année suivante paraissait Allah n´est pas obligé qui a obtenu le prix Renaudot et où le héros est un gosse que, comme tant d´autres en Afrique, le malheur a fait devenir jeune soldat. Birahima, le héros, est un enfant des rues comme il le dit lui-même, « un enfant de la rue sans peur ni reproche ». Après la mort de sa mère, infirme, on lui conseille d’aller retrouver sa tante au Libéria. Personne n´est disponible pour accompagner le garnement, mis à part Yacouba « le bandit boiteux, le multiplicateur des billets de banque, le féticheur musulman ». Les voilà donc sur la route du Liberia. Très vite, ils se font enrôler dans différentes factions, où Birahima devient enfant soldat avec tout ce que cela entraîne : drogue, meurtres, viols… Yacouba arrive facilement à se faire une place de féticheur auprès des bandits, très croyants. D'aventures en aventures, Birahima et Yacouba vont traverser la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia et enfin la Côte d'Ivoire.

Selon la chercheuse Christiane Ndiaye, « Ahmadou Kourouma a écrit Allah n’est pas obligé à la demande d’enfants des écoles de Djibouti. Ahmadou Kourouma leur a délivré un message hautement politique : «Quand on dit qu’il y a guerre tribale dans un pays, ça signifie que des bandits de grand chemin se sont partagé le pays. Ils se sont partagé la richesse ; ils se sont partagé le territoire ; ils se sont partagé les hommes. Ils se sont partagé tout et tout et tout le monde entier les laisse faire. Tout le monde les laisse tuer librement les innocents, les enfants et les femmes».

Dans un entretien accordé au quotidien français L´Humanité en 2000, Ahmadou Kourouma a encore expliqué là-dessus: « En fait, c'est quelque chose qui m'a été imposé par des enfants. Quand je suis parti en Éthiopie, j'ai participé à une conférence sur les enfants soldats de la Corne de l'Afrique. J'en ai rencontré qui étaient originaires de la Somalie. Certains avaient perdu leurs parents et ils m'ont demandé d'écrire quelque chose sur ce qu'ils avaient vécu, sur la guerre tribale. Ils en ont fait tout un problème ! Comme je ne pouvais pas écrire sur les guerres tribales d'Afrique de l'Est que je connais mal, et que j'en avais juste à côté de chez moi, j'ai travaillé sur le Liberia et la Sierra Leone ».

On retrouve Birahima dans le dernier roman de Kourouma, Quand on refuse, on dit nom, auquel l´auteur travaillait au moment de sa mort. Maintenant démobilisé, il se débrouille à Daloa, une ville du sud de la Côte d´Ivoire où il exerce la fonction d´aboyeur pour une compagnie de gbagas, les taxi-brousse locaux. Cependant, il rêve toujours de richesse et de gloire. Surtout il n´a d´yeux que pour Fanta, belle comme un masque gouro. Lorsque la fille décide de fuir vers le nord, Birahima se propose comme garde du corps. Fanta entreprend alors de faire l´éducation de son jeune compagnon. Elle lui raconte l´histoire de leur pays, des origines à nos jours, que le garnement interprète à sa façon naïve et malicieuse.

Roman inachevé certes, mais où les qualités qui ont fait la réputation de Kourouma sont intactes. Le roman, dont le texte a été établi par Gilles Carpentier, est paru en septembre 2004.

Dans un article publié dans le quotidien Le Monde en septembre 2000, le critique Pierre Lepape considérait qu´Ahmadou Kourouma avait repris  le schéma du roman picaresque adapté à un autre univers : « Le roman européen des xvie et xviie siècles, de Lazarillo de Tormès aux Aventures de Simplex Simplicissimus, a inventé une manière de décrire le monde des humbles et des méprisés. Des enfants ou de très jeunes gens, jetés sur les routes par l’abandon, la misère et les horreurs de la guerre, découvraient, d’aventures en rencontres de hasard et de mauvaises fortunes en opérations de survie, le visage réel de la société, l’envers des apparences, de l’ordre, des hiérarchies, des raisons. Kourouma reprend le schéma picaresque de l’errance. »

Ahmadou Kourouma –que Jean –Michel Djian a dénommé dans sa biographie «l´ogre malinké» -s´est éteint il y a plus de vingt ans, mais ses livres sont là pour témoigner, sous le charme de la fiction et dans une veine satirique, des heurs et malheurs de la réalité africaine.

      

 

 

 

 

 

Le décès de Guy Goffette.

 


On vient d´apprendre la triste nouvelle du décès du poète et éditeur Guy Goffette, le 28 mars 2024. On reproduit la notice nécrologique du site des éditions Gallimard :

«Né en 1947 à Jamoigne, en Lorraine belge, « dans un milieu où l’on devait se cacher pour lire », Guy Goffette a consacré sa vie au livre et à l’écriture, tout en développant son goût pour les voyages. Poète et auteur de prose, il fut également animateur de revues (Triangle, L’Apprentypographe), compositeur-imprimeur à son compte, enseignant, bibliothécaire, libraire, critique, lecteur et éditeur. Après avoir publié un Éloge pour une cuisine de province en 1988 remarqué par La NRF, il fit paraître La Vie promise chez Gallimard en 1991, qui fut suivi par d’autres recueils poétiques (jusqu’à Paris à ma porte l’an passé), ainsi que par des romans et récits littéraires sur Verlaine, Bonnard, Auden ou Claudel.

Comme auteur, mais aussi comme membre du comité de lecture des Editions Gallimard à partir de 2000, il fut, avec Jean Grosjean et Jacques Réda, l’un des grands animateurs de la vie poétique.

Son œuvre fut saluée par le Grand Prix de Poésie de l’Académie française en 2001 et le Prix Goncourt de la Poésie en 2010.

Attachée à porter un regard émerveillé sur le monde, sa poésie est empreinte d’un lyrisme sans emphase, toujours juste et sincère, laissant entendre des notes d’amertume, de nostalgie et d’humour. Elle est toujours un acte de conviction : « La poésie est une manière différente, plus riche, plus libre et plus intime est d’habiter la langue. Ne raisonnant pas, la poésie résonne. »