Vous pouvez lire sur le site du Petit Journal Lisbonne ma chronique sur le livre Minuit à bord de Laura Alcoba, publié aux éditions Gallimard.
La plume dissidente
«L´enfer, c´est un endroit sans livre»-Elie Wiesel.
Qui êtes-vous ?
- Fernando Couto e Santos
- Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.
jeudi 25 juin 2026
samedi 30 mai 2026
Chronique de juin 2026.
Robert Walser, miniaturiste par excellence.
Comme Rosario
Girondo, ce personnage du roman Le mal de Montano d´Enrique Vila –Matas, qui
décide de se transmuer en la mémoire de la bibliothèque universelle, Robert
Walser, n´est-il pas en passe de devenir, soixante -dix
ans après sa mort, la quintessence de la littérature ? Cet écrivain suisse
d´expression allemande, disparu le 25 décembre 1956, ne hante-t-il pas la
mémoire de nombre d´écrivains contemporains ? Toujours est-il que la
légion d´admirateurs en vie de celui que Stefan Zweig appelait le «miniaturiste
par excellence» était bien longue et elle comprenait Franz Kafka, Robert Musil,
Hermann Hesse ou Walter Benjamin. Le prix Nobel de 1981, Elias Canetti, décédé
en 1994, a fait lui aussi des commentaires fort élogieux sur l´œuvre de cet
écrivain minimaliste avant la lettre. La légion d´admirateurs n´a d´ailleurs
cessé de croître au fil du temps : Enrique Vila-Matas, déjà cité, J.M.
Coetzee, Elfriede Jelinek ou le très regretté W.G. Sebald. Du côté des
écrivains de langue française, nous avons eu Henri Michaux, Louis René des
Forêts, André du Bouchet, Michel Schneider et bien d´autres. Et pourtant Robert
Walser a toujours mené une vie des plus simples, presque dans l´ombre, comme
s´il voulait être réduit au silence, à sa plus humble expression. On pourrait
dire de Robert Walser, surnommé «le vagabond de génie», qu´il aurait fait un
excellent personnage de roman. Lui qui a toujours vécu en marge de tout courant
littéraire. Qui était-il vraiment ?
Robert Walser
est né le 15 avril 1878 à Bienne, dans le canton de Berne, avant-dernier des
huit enfants du relieur et commerçant Adolf Walser et de sa femme Elisa. Dès
son enfance, il s´est découvert une vocation artistique, mais dans un premier
temps, cette vocation semblait s´orienter vers une carrière dans le théâtre,
comme comédien. Tôt il s´est néanmoins rendu compte que c´était à la
littérature qu´il tenait le plus. Professionnellement, sa vie n´a jamais été
une partie de plaisir. Il a toujours connu des emplois modestes, soit dans la
banque, soit dans les assurances. Il a vécu
un temps à Berlin, au début du siècle, d´abord chez son frère, le
peintre Karl Walser, puis dans son propre appartement et, petit à petit, il a
pu percer dans le monde littéraire en publiant de petits textes dans des
journaux et des revues. Dans les années vingt, des romans et de petites proses
ont vu le jour jusqu´à ce que, à la suite d´une crise psychique, le verdict
tombe : on lui pose le diagnostic de schizophrénie. Logeant, dans un
premier temps, à l´asile de Waldau, sous un régime plus ou moins libre, qui lui
permet de continuer à écrire et à publier, il est transféré de force à Herisau,
dans l´asile psychiatrique de son canton d´origine où il vit une existence
paisible, quasiment sans visites(une des rares exceptions fut Carl Seelig qui a
écrit plus tard le livre Promenades avec Robert Walser) jusqu´à sa mort, en
1956, le jour de Noël, victime d´une défaillance cardiaque, à l´âge de 78 ans,
pendant une promenade solitaire dans la neige.
L´enthousiasme
autour de l´œuvre de cet écrivain singulier est croissant, soixante-dix ans après sa disparition. Les lecteurs
français sont particulièrement choyés, eux qui comptent parmi les plus fidèles
et fervents admirateurs de l´œuvre de Walser. L´œuvre de Robert Walser est
abondamment traduite en français, surtout chez Gallimard, éditeur français de
référence, et chez Zoé, maison d´édition suisse élégante et au catalogue trié
sur le volet. L´œuvre de cet écrivain suisse allemand hors pair est composée de
romans (L´Institut Benjamenta ou Jakob von Gunten, Le brigand, Les enfants
Tanner, Le commis) de pièces de théâtre (L´Etang, Félix, Cendrillon) et de
plusieurs récits (La rose, La promenade) et de petites proses.
Son premier roman
fut Les enfants Tanner, publié en 1907. Roman aussi délicat quant au fond
qu´intransigeant dans sa forme et dans sa construction. Il se caractérise par
une succession d´épisodes, de longs monologues, de dialogues, de promenades,
décrivant une errance plus intérieure que géographique. Il est centré sur la
sensibilité poétique et la quête existentielle du protagoniste Simon Tanner,
un jeune homme inadapté au travail, qui
passe d´un emploi à l´autre et d´un lieu à l´autre, ponctué par les
retrouvailles avec ses frères et sa sœur (Hedwig, Kaspar, Klaus, Emil).
L´extrait de l´édition de poche (collection Folio-Gallimard) choisi pour
illustrer la quatrième de couverture traduit on ne peut mieux le désarroi du
protagoniste : «De tous les endroits où j´ai été, poursuivit le jeune
homme, je suis parti très vite, parce que je n´ai pas eu envie de croupir à mon
âge dans une étroite et stupide vie de bureau, même si les bureaux en question
étaient, de l´avis de tout le monde, ce qu´il y avait de plus relevé dans le
genre, des bureaux de banque, par exemple. Cela dit, on ne m´a jamais chassé de
nulle part, c´est toujours moi qui suis parti, par pur plaisir de partir, en
quittant des emplois et des postes où l´on pouvait faire carrière, et le diable
sait quoi, mais qui m´auraient tué si j´était resté. Partout où je suis passé,
on a toujours regretté mon départ, blâmé ma décision, on m´a aussi prédit un
sombre avenir, mais toujours on a eu le
geste de me souhaiter bonne chance pour le reste de ma carrière».
Néanmoins, le
roman le plus connu de Robert Walser est peut-être L´Institut Benjamenta ou
Jakob von Gunten, paru en 1909, en partie dû à l´adaptation cinématographique
des frères Quay en 1995. Ce roman
dépeint l´apprentissage de la soumission dans un étrange pensionnat. Le jeune
aristocrate Jakob von Gunten s´y inscrit volontairement pour devenir un homme
humble et subalterne, apprenant l´obéissance sous la direction du mystérieux
Johannes Benjamenta et de sa sœur Lisa. Dans un texte publié en 2018 dans En
Attendant Nadeau, intitulé «La magie Walser», Yves Peyré a rappelé comment il a
découvert L´Institut Benjamenta à
travers un exemplaire qui lui avait été offert en 1981 - lors de sa parution
dans la collection L´imaginaire chez Gallimard- par Louis René des Forêts. Le
roman l´a fasciné : «J´avançais dans le récit assez bref qui était absolument
magique avec son style étonnant, conciliant la tension et le floconneux, je
traversais le mystère qui ne cessait de s´exposer, la féerie était là, la
désillusion aussi, les confidences fusaient qu´il fallait entrevoir, il y avait
trace d´une espièglerie et d´une irrévérence foncière. On était dans la ville
et dans l´âme du narrateur, pourtant il semblait que l´on prît plaisir à
respirer l´air très doux de la campagne. J´étais totalement subjugué».
Il est trois
livres remarquables- disponibles aux éditions Zoé en format poche - de cet
auteur- culte qu´il serait on ne peut plus lamentable de mettre sous le
boisseau : Histoires d´images, Vie de poète, et Le Territoire du Crayon.
Histoires d´images est un livre né de la mémoire et de
l´expérience du dialogue intellectuel avec son frère Karl. Walser, à travers
des poèmes et des textes courts, souvent écrits au courant de la plume, mais
d´où la réflexion n´est pas absente, revisite les tableaux de Fragonard,
Delacroix, Titien, Van Gogh et autres Renoir. Parfois, le tableau n´est que le
point de départ qui suscite une histoire. Jean-Maurice de Montremy a d´ailleurs
écrit un jour à ce propos dans Livres
Hebdo que «Walser s´y refuse à commenter les œuvres d´art. Il les transpose dans
un monde analogue». En épigraphe de ce livre délicieux, il y une phrase du
poème qui clôture cet ensemble de textes :«Il joue avec l´esprit, enfin,
il peint, mais le peintre n´est-il pas également un joueur comme le
poète ?» Et l´on aurait envie d´ajouter : comme Walser lui-même…
Dans un autre
livre cité plus haut, Vie de poète, l´auteur évoque des figures qui ont
accompagné sa carrière, mais aussi les milieux artistiques, Hölderlin, la
grande route, la forêt, bref, ce qui lui tenait à cœur. Enfin, le livre Les territoires du crayon (2003) est
le résultat d´un minutieux et admirable travail de recherche à partir des
annotations contenues dans de petits carnets et des bouts de papier et que l´on
a eu du mal à déchiffrer, tant la calligraphie de Walser était souvent
minuscule.
Pierre Pichet a
écrit un jour dans La Quinzaine littéraire que« le charme des textes de Walser
et la perplexité qu´ils engendrent, tient aussi à une forme de naïveté, d´une
grâce qui peut aller jusqu´à la mièvrerie…»
Dans son livre
cité plus haut Promenades avec Robert Walser (éditions Zoé, 2023, traduit de
l´allemand par Marion Graf), le journaliste littéraire et écrivain suisse Carl
Seelig (1894-1962) raconte ses rencontres avec son compatriote pendant le
séjour de celui-ci à l´asile psychiatrique de Herisau, un asile qui a duré
vingt ans, de 1936 jusqu´à la mort de Robert Walser, le 25 décembre 1956. Ces
conversations ont permis de découvrir un écrivain qui portait un regard aigu
sur le milieu culturel, sur les évolutions politiques et sur les étapes de sa
carrière littéraire, interrompue en 1933. Le 28 janvier 1943, par exemple, il a
confié à Carl Seelig : «Savez-vous pourquoi je n´ai pas réussi comme
écrivain ? Je vais vous le dire : je n´avais pas assez d´instinct
social. Je n´ai pas assez joué la comédie sociale. C´est sûr et certain !
J´en suis parfaitement conscient aujourd´hui. Je me suis trop laissé aller à
mon plaisir personnel. Oui, c´est vrai, j´avais des dispositions pour devenir
une sorte de vagabond et je me suis à peine défendu contre cette tendance. Ce
côté subjectif a irrité les lecteurs des Enfants Tanner. À leur avis,
l´écrivain n´a pas le droit de se perdre dans le subjectif. Ils voient de la
prétention dans le fait de prendre son propre «moi» tellement au sérieux. Comme
il se trompe, le poète qui croit que ses contemporains s´intéressent à ses
affaires privées !»
Dans son
Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature (éditions Plon, 2016),
Pierre Assouline donne une définition exacte de Robert Walser et de sa
prose : «Toute une littérature de l´effacement, de l´ennui, du silence, et
pourtant, il ne fait pas sombre à l´intérieur. Un fou, peut-être, mais un fou
de la digression, ainsi que l´on nomme les bavards de génie. Ses armes :
un humour et une ironie au service de la plus légère acuité littéraire, celle
qui se reconnaît à son absence totale de cuistrerie. Ses proses minuscules
disent presque rien sur presque tout, et réciproquement, mais nul ne sait les
dire comme lui. Son style tient tellement bien par sa seule force interne qu´il
n´a pas besoin de s´appuyer sur des objets, des sujets, voire horresco referens
des idées. Le feuilletoniste connaît la gloire journalistique de son vivant et
une sorte de gloire littéraire à titre posthume.
Enfin, si vous
n´avez pas encore goûté aux joies de l´univers «walsérien», n´hésitez pas. En y
plongeant, vous épouserez la
civilisation du détail et des parfums invisibles…
La mort d´Edgar Morin.
Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, né le 8 juillet
1921, est mort hier à l´âge de 104 ans à Paris. Pendant la Seconde Guerre
mondiale, il s'engage dans la Résistance comme combattant volontaire puis
devient lieutenant des Forces françaises combattantes en 1942. Le nom
"Morin", qu'il gardera pour le reste de sa vie, est d'ailleurs un
dérivé d'une de ses couvertures lors de l'Occupation.
Il était membre du Parti communiste, mais s'en éloigne dès
1951, "écœuré" (écrit-il dans ses mémoires) par le
jdanovisme, soit la bipolarisation radicale de la guerre froide. Vif critique
du totalitarisme stalinien, il est définitivement exclu du parti cette
année-là, une mésaventure qu'il racontera dans son Autocritique en 1959.
Éclectique dans l'approche, il l'était aussi dans ses sujets
d'étude. Mondialisation, politique, société, démocratie… Rien n'échappe à
l'analyse de ce globe-trotteur, docteur honoris causa de plus d'une vingtaine d'universités étrangères.
Juif, il était défenseur de la cause palestinienne. Edgar
Morin était considéré comme un des grands penseurs de ces dernières décennies.
vendredi 22 mai 2026
Article pour Le Petit Journal Lisbonne.
Vous pouvez lire sur le site du Petit Journal Lisbonne ma chronique sur le roman Je suis Romane Monnier de Delphine de Vigan, publié aux éditions Gallimard.
jeudi 30 avril 2026
Chronique de mai 2026.
Michel Mohrt,
portrait d´un « catholique sauvage».
Lorsque Michel Mohrt fut élu à l´Académie Française en 1985 et reçu
quelques mois plus tard sous la Coupole, Jean d´Ormesson a affirmé qu´il se
réjouissait d´accueillir «ce Breton catholique et sauvage». Michel Mohrt était
effectivement un académicien très particulier. Certes, le commun des mortels se
fait normalement une image erronée des Immortels de l´Académie Française que
d´aucuns tiennent pour des académiciens poussiéreux qui prônent l´usage d´une
langue française ultra-classique, empesée et figée dans le temps. Non, les
académiciens ne correspondent pas forcément à ce lieu commun trop répandu. Et
Michel Mohrt non plus à fortiori. Son élection à l´Académie ne lui a d´ailleurs
pas apporté la gloire. Sans faire de bruit, celui que l´on a d´ordinaire considéré comme un anarchiste de droite
suivait son chemin d´écrivain à l´écart des boulevards littéraires. Le bonheur
et le mépris étaient, de son aveu même, les deux béquilles qui le soutenaient
dans la vie : «J´ai compris que la
seule vengeance, c´est le bonheur».
François Nourrissier, un de ses pairs à l´Académie, avait résumé son
style en disant qu´il traitait son sujet «en profondeur tout en s´offrant
l´élégance de paraître n´y toucher que du bout de la plume». Comme l´a rappelé
Astrid De Larminat dans Le Figaro –quotidien dont Michel Mohrt fut chroniqueur
-lors de son décès le 17 août 2011 : «Longtemps pour ceux qui l´ont lu et connu, son charme continuera de flotter
autour de ses livres qui étaient trop subtils pour accrocher l´attention des
jurys littéraires. Outre celui de l´Académie, il n´aura reçu aucun des grands
prix que son œuvre méritait».
Michel Mohrt est né le 28 avril 1914 à Morlaix, en Bretagne, dans le
nord-est du Finistère, au sein d´une famille de commerçants. Il a donc grandi
entre le granit et la mer, la mer qui a inspiré nombre de ses romans.
Profondément attaché à sa Bretagne natale, il fut séduit dès l´adolescence par
le combat nationaliste et régionaliste breton. Il avait à peine 14 ans lorsque,
doué en dessin, il a illustré de bois gravés un ouvrage de l´écrivain Jakez
Riou, membre du mouvement Seiz Breur, C´est néanmoins vers le droit qu´il s´est
orienté. Il a suivi ses études supérieures à l´université de Rennes où il s´est
laissé griser par les idées réactionnaires de l´Action Française, matrice intellectuelle
de l´extrême- droite de l´époque. En 1937, il s´est inscrit au barreau de
Morlaix devenant ainsi avocat, mais avant il avait effectué son service
militaire chez les chasseurs alpins. Pendant la seconde guerre mondiale, il a
fait comme officier la campagne de 1940 sur le front des Alpes, contre les
Italiens, notamment dans la vallée de la Vésubie. Cette expérience a inspiré
plus tard son roman La campagne d´Italie (1965). Parmi ses amis, il comptait
Jean Bassompierre, un militant d´extrême -droite qui pendant la guerre s´est
engagé dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme puis dans
la division SS Charlemagne. Il fut fusillé en 1948, et Michel Mohrt lui a rendu
hommage dans son ouvrage Tombeau de la Rouërie (2000). Comme tant d´autres de
sa génération, Michel Mohrt a vécu l´humiliation de la défaite de 40 sous
l´uniforme…
Dans son livre de 2002, Le paradoxe de l´ordre (essai sur l´œuvre
romanesque de Michel Mohrt, éditions Gallimard), Marie Ferranti explique en
quelque sorte comment cette défaite est ressentie : «Cette rupture,
engendrée par la défaite de 1940, est ressentie au-delà de la défaite, comme un
désastre personnel par bon nombre de personnages masculins des romans de Michel
Mohrt. Ils souffrent tous d´une nostalgie de l´ordre perdu –symbole d´un temps
de la clarté des choses et du monde –et aussi du constat qui en découle: celui
de l´opacité et parfois de l´absurdité du monde où ils vivent. Il leur faudra
bien trouver un modus vivendi. Celui-ci passe par des signes de reconnaissance
entre quelques-uns, qui les rendent à eux-mêmes et les apaisent».
Après la guerre, Michel Mohrt,
inscrit au barreau de Marseille, s´est lié d´amitié avec Robert Laffont qui l´a
introduit dans le milieu littéraire. Quoiqu´il n´eut pas été inquiété à la
Libération, ses publications dans Je Suis Partout - hebdomadaire
collaborationniste et antisémite pendant la guerre –n´ayant pas de portée
politique (il a surtout écrit des articles sur Renan, Laclos, Flaubert, et
Montherlant), il a choisi en 1946 l´exil en Amérique -au Canada et aux
États-Unis - où il a vécu jusqu´en 1952.
C´est en Amérique qu´il a écrit en 1949 Mon royaume pour un cheval où il a évoqué les années sombres de la guerre. Le livre est en effet une
chronique de l´Occupation du côté de ceux qui se sont fourvoyés du côté de
l´occupant avec parfois autant de pureté que de bravoure. En Amérique, il a
enseigné à Yale et donné des conférences sur la littérature française dans un
temps où en France l´existentialisme tenait le haut du pavé. Dans ses cours, il
se réjouissait sans doute en faisant connaître à ses élèves des écrivains qu´il
appréciait particulièrement mais qui étaient alors maudits en France comme
Pierre Drieu La Rochelle –qui s´est suicidé en 1945-, Paul Morand, Marcel
Jouhandeau ou Robert Brasillach, fusillé en 1945. Bien qu´il se plût en
Amérique, il a décidé de rentrer en France en 1952. Les connaissances acquises lors de son séjour
Outre-Atlantique lui ont permis de diriger pendant une vingtaine d´années le rayon
anglo-saxon –il fut notamment responsable pour l´édition en français des œuvres
de William Styron, Robert Penn Warren, Jack Kerouac ou William Faulkner -chez
Gallimard, l´éditeur qui a naturellement publié la plupart de ses livres. En
quelque sorte, Michel Mohrt est parmi ceux qui ont fait pour les lettres
anglo-saxonnes le même travail qu´a fait Roger Caillois pour les lettres
sud-américaines.
La Bretagne, la mer, la guerre et l´Amérique sont les principaux thèmes de
l´œuvre de Michel Mohrt. Il a surtout écrit des romans d´apprentissage qui
mettaient en scène des hommes seuls face à l´histoire et des femmes qui donnent
envie d´aimer. De facture classique, l´œuvre du «plus britannique des écrivains
français», comme on l´a aussi surnommé, évoquait continuellement le temps de
l´enfance et de la jeunesse. La guerre, un des thèmes, on l´a vu, de sa
prédilection, servait fréquemment de prétexte à
l´interrogation sur ses conséquences et sur sa réelle portée. Pol
Vandromme qui a retracé sa vie aventureuse et intellectuelle dans l´essai
Michel Mohrt romancier (éditions de la Table Ronde, 2000) écrivait que Michel
Mohrt préférait les cavaliers seuls aux mouvements d´idées. Il soulignait
également la force d´une œuvre qui concilie le style du lieutenant et celui du
libertin où se retrouvent les amoureux de Stendhal, de Flaubert ou de
Hemingway. On pourrait ajouter aussi dans un autre registre des écrivains que
Michel Mohrt tenait en haute estime comme Chateaubriand ou Balzac.
Son premier roman, Le Répit, paru en 1945 chez Albin Michel, laissait déjà
entrevoir les thèmes autour desquels s´est bâtie son œuvre. L´action se déroule
entre Nice et la frontière italienne pendant la drôle de guerre. Son héros
(double romanesque de l´auteur) est un jeune officier qui, lors de ses
permissions, se console d´un chagrin d´amour en enchaînant les conquêtes
féminines. Il rêve de grandeur et espère se montrer digne de son rang quand
viendra l´épreuve du feu…
En 1961, est paru le roman que d´aucuns considèrent comme son chef d´œuvre,
La Prison Maritime, qui fut couronné du
grand prix du roman de l´Académie Française.
Le livre est un témoignage sur l´aristocratie bretonne et sur le combat
autonomiste breton et celtique. C´est également un hommage aux romans
d´aventures. Jean d´Ormesson a écrit dans Odeur du temps (éditions Héloïse
d´Ormesson, 2007) que La Prison Maritime était un grand et beau livre sur la
jeunesse, la liberté et les grandes espérances qui se débattent contre le
monde.
Le prestigieux cotre le Roi-Arthur mouille
à Lesguivy. Son propriétaire, Olivier de Kersangar, cherche un matelot. Hervé
propose ses services, et le voilà embarqué aux côtés du capitaine et de sa
maîtresse, Lady Cécilia, séductrice et
nymphomane. Le Roi-Arthur doit récupérer en Irlande une
marchandise inconnue du narrateur, avant de la livrer à il ne sait qui, en
Bretagne. Le Grand Foc est de la combine, ainsi que deux militants bretons,
Robert et Spagniol. La première sortie en mer est laborieuse: le mât casse, et
l’équipage doit regagner Saint-Yvinec. Hervé y fait la connaissance du
Président R…, du tribunal, et de ses trois filles, dont Iris, qui ne lui
déplaît pas. La conversation, qu’animent les filles du Président, porte sur une
affaire qui oppose de longue date l’Angleterre et la France, et concerne la
propriété d’un archipel, nommé Beniget. De retour à bord, Hervé y rencontre
Tugdual, cousin d’Olivier, qui fera désormais partie de l’équipage. Le
président verrait bien en Hervé son futur gendre, qu’il pourrait nommer à un
poste dans la magistrature locale. Cependant, à la croisée des voies, le jeune
matelot opte pour l’aventure et renonce à ces perspectives bourgeoises.
On apprend, dans l’épilogue, qu’Hervé a vécu douze ans
avec Cécilia, que Saint-Arthur est mort de froid, à Paris, pendant la deuxième
guerre mondiale, que Spagniol et Bishop ont été exécutés à la Libération.
Quoique membre de l´Académie Française, Michel Mohrt était un éternel
déraciné et un voyageur nostalgique en rupture de ban avec son époque, comme
l´a rappelé Pierre Joannon, qui l´a côtoyé quarante années durant, dans un
essai qu´il lui a consacré, intitulé à juste titre Michel Mohrt, réfractaire
stendhalien (éditions La Thébaïde, 2017, suivi d´une pièce de théâtre inédite
de Michel Mohrt, Siegfried 40). Réfractaire parce qu´il a su dire «non» aux
dérives de son époque. Sous sa plume, le romantisme des causes perdues n´était
pas un vain mot.
Dominique Bona, lors de son discours de réception à l´Académie Française en
2014, a brossé un portrait très fiable
de Michel Mohrt, son prédécesseur au fauteuil numéro 33 : «Dans son
époque, Michel Mohrt fut à contre-pied : méfiant à l´égard de la
littérature engagée, qui embrigadait bon nombre de ses contemporains, attentif,
au contraire, à se tenir désengagé. Il ne fut ni de l´école du Nouveau Roman
sur lequel il porte un regard amusé d´entomologiste, ni du clan des Hussards
auxquels il ressemble à plus d´un trait et parmi lesquels il compte des amis.
Il n´appartient à aucun des mouvements littéraires, pas plus que politiques,
contemporains. Le voici tel qu´en lui-même : un écrivain seul, libre et
seul, rebelle aux modes de son temps qu´il a pourtant su comprendre et
analyser».
Michel Mohrt était en fait un aristocrate au caractère bien trempé qui avait
toujours préféré l´air du large à l´air du temps.
dimanche 29 mars 2026
Chronique d´avril 2026.
Martin Harnicek:
cruauté et dystopie.
On oublie assez souvent le rôle des petits éditeurs dans la divulgation de
la bonne littérature. Ceux qui ne jurent que par la suprématie du marché,
prétendant que les vrais écrivains finiront un jour ou un autre par se faire
remarquer, ne se font pas la moindre idée des échecs que ces écrivains ont
essuyés, des heures de détresse qu´ils ont vécues jusqu´à ce qu´un éditeur,
aussi modeste fut-il, eût flairé le chef d´œuvre inconnu.
Tout récemment, j´ai découvert -grâce
à l´ami Frédéric Strainchamps Duarte qui dirige de main de maître La Nouvelle
Librairie Française à Lisbonne -une petite maison d´édition sise dans la ville
de Broye en Saône-et-Loire, fondée en 2021 et au catalogue fort intéressant. Il
s´agit de Monts Métallifères qui a emprunté son nom à une chaîne de moyennes
montagnes en Allemagne et en Tchéquie. On compte parmi les auteurs déjà publiés
par ce petit éditeur Malcolm Bradbury, Thomas Ligotti, Milorad Pavic (et son
magnifique Exemplaire Unique) ou Griselda Gambaro autrice argentine du premier
livre censuré en 1977 par la dictature sinistre de Videla, un roman intitulé
Gagner sa mort qui traduit la violence politique dans la sphère domestique. Les
titres de ces auteurs figurent dans une collection qui porte le nom de Pb82 qui
renvoie au symbole chimique du plomb (pb) et au numéro atomique (82), d´après
le tableau périodique de Mendeleev, ce qui veut dire que ces livres sont, selon
les paroles du journaliste François Angelier, des romans de plomb, faisant
partie d´une littérature opaque, dense, terrible et létale.
Néanmoins, les deux livres éblouissants que j´ai pu lire de cet éditeur
original sont Viande et Albin, écrits par Martin Harnicek, un écrivain tchèque
quasiment méconnu, un écrivain insolite issu d´un pays qui a su enfanter, on le
sait, des auteurs exceptionnels comme Franz Kafka ou Karel Capek, entre
autres.
Martin Harnicek est donc né en Tchécoslovaquie, sous le régime communiste, en
1952. Enfant et adolescent difficile, viré du lycée à 16 ans, il a vécu des
périodes turbulentes. Naturellement provocateur et volontiers bagarreur, il a
effectué quelques séjours en prison. Adulte, il était un tant soit peu
extravagant. Dissident, il a publié divers courts romans dans une maison
d´édition underground, ce qui l´a placé sur la liste noire d´un régime qui ne
tolérait nullement ceux qui dérogeaient aux principes stricts du réalisme
socialiste. Ses livres peuvent se lire d´ailleurs comme des critiques voilées
au pouvoir. D´abord surveillé par la StB, la police politique, Martin Harnicek
a fini expulsé par le régime et s´est installé en Bavière, en Allemagne, en
1983, avec sa femme et son chien. Il a alors quitté l´écriture et a travaillé
pendant des décennies dans le domaine de la santé mentale. Comme il a récemment
déclaré, « Aujourd´hui, je suis un retraité satisfait et je vis avec mes chiens
et ma femme, parfois dans l´Oberland bavarois, parfois dans la patrie
d´origine, la Bohême ».
Les éditions Monts Métallifères nous ont donc fait découvrir Martin
Harnicek à travers les deux livres essentiels de cet écrivain, Viande et Albin,
qui, rédigés à la fin des années soixante-dix, ont vu le jour en un seul volume
en 1981 aux éditions tchèques 68 Publishers, en exil à Toronto, sous
l´orientation du grand écrivain tchèque Josef Svkorecky qui vivait au Canada.
En effet, il n´était pas question que les œuvres fussent publiées en
Tchécoslovaquie, étant donné les positions politiques de Martin Harnicek. En
plus, il avait été signataire de la Charte 77, pétition promue par des
dissidents -dont Vaclav Havel, Jan
Patocka, Pavel Kohout parmi beaucoup d´autres - qui s´opposaient au
durcissement du régime communiste survenu après l´intervention des chars du
pacte de Varsovie qui ont mis fin au printemps de Prague en 1968. Le texte a
néanmoins circulé sous le manteau, en
samizdat, système clandestin d´autoédition et de circulation d´écrits
dissidents en Urss et dans les autres pays du bloc de l´Est, dactylographiés
par les membres de ce réseau informel.
Les éditions Monts Métallifères ont publié Viande en 2024(aujourd´hui le
roman est aussi disponible en poche chez le même éditeur) avec une traduction
et une préface de Benoît Meunier. Viande est une dystopie qui, j´ose dire,
laisse le lecteur délicieusement dérouté. Comme l´écrit Benoît Meunier dans sa
préface, Viande est une litanie, un monologue qui sourd des profondeurs de la
mort. D´une noirceur sans pareille, ce roman se singularise par la violence
quasiment grotesque de son univers. Dans ce monde fantomatique et caricatural,
le narrateur déambule dans une ville en ruine dans laquelle toute action se
résume à deux possibilités : manger les autres ou être mangé par eux. Il n´y a plus ni animaux, ni végétaux, et la
seule nourriture disponible est la viande humaine pour laquelle il faut
disposer d´un ticket. Ce qu´il reste de vie s´organise autour des halles, une
immense boucherie sur laquelle une caste de policiers exerce son autorité
cruelle, punissant le moindre faux pas d´abattage immédiat.
Habitant de ce monde cauchemardesque, le narrateur, un «tire –au-flanc»,
est certes un monstre, mais au fond il lutte pour sa survie dans un univers
sans morale et sans la moindre décence. Affamé et obsédé par la viande, il se
rend compte que le meilleur moyen d´en obtenir est de collaborer avec les
forces de l´ordre et de devenir un délateur professionnel. Mais lui-même
victime de délation, il se voit obligé de fuir la ville : «La ville tout
entière était devenue mon ennemie ! Je n´osais même plus m´allonger dans
la rue, je voyais partout des individus malintentionnés qui auraient tenté de
m´ôter la vie. Autant ma blessure m´avait d´abord laissé abattu et indifférent,
autant j´étais à présent empli de terreur». Après avoir fui la ville, il échoue
sur une communauté où l´on panse ses blessures et on lui propose de vivre une
nouvelle vie au sein même de cette communauté. Pourtant, est-il en mesure de
s´intégrer ailleurs qu´en ville ? Ne sera-t-il pas obligé de quitter
également cette communauté après avoir commis l´irréparable ?
Si Viande n´a pas à proprement parler atteint le grand public, il connaît
indiscutablement un succès critique et d´estime. François Angelier, cité plus
haut, a beaucoup aimé ce roman et il a partagé son enthousiasme avec les
auditeurs de France Culture qui en 2024 a consacré une émission au roman:
«On est vraiment dans la dystopie radicale, c´est une forme de cauchemar où les
hommes se rongent (…)C´est un texte effrayant, narré avec une clarté qui le
rend encore plus effrayant (…)S´il y a bien un texte qui peut vous rendre
végan, c´est celui-ci, c´est une apologie de la frugalité, du
végétarisme». Romain de Becdelièvre, un
autre collaborateur de France Culture, a été lui aussi très impressionné par ce
livre qui dépeint un univers effroyable et nous renvoie à une obsession qui
nous met face à un aspect non négligeable de notre condition : «c´est un
roman qui nous rappelle en permanence qu´on est de la viande, qu´on est
consommable, c´est l´idée que l´humain est un prédateur qui finit par se
prédater lui-même dans un cycle infini». Un autre avis intéressant concernant
ce roman, on le trouve sous la plume de Yann Fastier dans Le Matricule des
Anges : «Rarement la dystopie n´avait ménagé si peu d´échappatoires et, si
les scènes d´équarrissage nous sont globalement épargnées, on n´en est pas
moins plongés dans l´horreur pure. D´autant plus pure, justement, qu´elle se
refuse au spectaculaire : Viande ne choque pas par sa démesure mais au contraire
par une banalité allant jusqu´au plausible».
En janvier 2026, est paru un autre livre de Martin Harnicek, intitulé
Albin, toujours traduit et préfacé par Benoît Meunier, Si le protagoniste de
Viande est tout en bas de l´échelle humaine, celui d´Albin aspire au sommet.
Quoi qu´il en soit, ils sont les deux visages d´une même brutalité : des
hommes violents, hyper-égoïstes et dénués d´empathie, préoccupés seulement par
la satisfaction de leurs désirs et instincts.
Albin nous décrit une société totalitaire, menacée par la surpopulation. La
mort est donc devenue un problème d´État. L´âge de la mort (la dévitalisation) ou
les rapports sexuels -comme l´homosexualité
–sont imposés par décret. Le Parti Mondial décrète la dévitalisation
systématique des hommes à 50 ans et celle des femmes à 45 ans. Dans cette
société ultra-répressive où il faut savoir tuer, la violence et l´absence
d´empathie deviennent les valeurs essentielles et le Parti recrute ses membres
parmi les jeunes garçons les plus brutaux. C´est un univers où la méchanceté
est érigée en qualité première, le seul objectif d´Albin est de grimper dans
l´échelle sociale et d´acquérir le pouvoir absolu pour laisser libre cours à
son sadisme.
Le personnage principal, donc Albin, que ses parents - un prédicateur et sa
femme Isabela –destinaient à libérer le monde de la tyrannie, se révèle au
contraire particulièrement doué pour la torture et la manipulation. À l´âge de
7 ans, il a tué un chat d´une manière fort cruelle. Vite repéré par les autorités,
il met son génie et son ambition démesurée à leur service dans l´espoir de
devenir un jour Président du Parti Mondial. À l´âge de 13 ans, il est convoqué
au Comité local pour être éventuellement sélectionné et il est sidéré par le
discours du président, un certain Alfred Dauer, qui n´a point caché que les
places disponibles dans le Comité local n´étaient pas destinées au premier
venu : «Tout le monde n´est pas fait pour diriger. S´il y en a parmi vous
qui donnent des ordres, il faut bien qu´il y en ait aussi qui obéissent. Tout
le monde ne peut pas être fort. Les faibles ont leur utilité. Et si vous êtes
ici aujourd´hui, jeunes gens, c´est justement pour déterminer lesquels, parmi
vous, sont forts et lesquels sont faibles».
Albin va suivre une ascension fulgurante, mais, trop obsédé par sa
réussite, il ne voit pas venir l´inévitable chute…
Dans sa préface, le traducteur Benoît Meunier met l´accent sur la structure
verticale, concentrique et ultra –rigide de l´Etat totalitaire décrit dans
Albin, avec, outre les comités locaux, un moteur idéologique (le Parti Mondial)
et sa police (les commissaires), ce qui ne va pas sans rappeler, toutes
proportions gardées et d´une façon déguisée, la société tchécoslovaque, surtout
après la «Normalisation», la grande période de mise au pas idéologique qui a
suivi la répression du Printemps de Prague. Néanmoins, des traces de cette
société étaient présentes dès les années cinquante sous la forme de phrases que
l´on pouvait entendre dans la bouche du premier président communiste Klement
Gottwald et qui sont presque pareilles à celles que l´on retrouve dans ce roman
comme «Quiconque est avec eux est
contre la société nouvelle» (page 154) qui ressemble on ne peut mieux à une
phrase proférée par le président : «Qui ne marche pas avec nous marche
contre nous !». Il fallait d´autre part être constamment sur ses gardes,
c´est –à-dire contrôler, ordonner, surveiller et punir.
Malheureusement, nous vivons des temps assez inquiétants dans un monde de
plus en plus déroutant et instable. C´est une perspective effrayante, mais au
train où vont les choses, peut-être vivrons-nous un jour dans une société qui
aura au moins des traces pareilles à celles dépeintes dans ces deux livres de
Martin Harnicek. L´auteur en est d´ailleurs plus au moins conscient, lui qui, à
une question qu´on lui a posée là-dessus dans une interview que l´on peut lire
sur le site de Monts Métallifères, a répondu de la sorte:« J´espère ne pas
avoir écrit des livres prophétiques, à la Nostradamus»…
Martin Harnicek, Viande, traduit du tchèque et préfacé par Benoît Meunier, éditions
Monts Métallifères, Broye, mai 2024 (édition de poche disponible chez le même
éditeur depuis janvier 2026).
Martin Harnicek, Albin, traduit du tchèque et préfacé par Benoît Meunier,
éditions Monts Métallifères, Broye, janvier 2026.
mardi 10 mars 2026
La mort d´Alfredo Bryce Echenique.
Nous avons appris aujourd´hui la mort, à l´âge de 87 ans, de l´écrivain
péruvien Alfredo Bryce Echenique. Né à Lima le 19 février 1939, il était issu d'une famille de
banquiers et fut éduqué au sein de la vieille oligarchie de la capitale
péruvienne.
La prose de Bryce Echenique, à cheval
entre le délire, la nostalgie et le grotesque, est peuplée de personnages
sympathiques qui errent dans un monde labyrinthique, décrits avec humour et
ironie créative. Composée de romans, contes et mémoires, l´œuvre de
Bryce Echenique fut couronnée de nombreux prix littéraires dans son pays et à l´étranger
dont le Prix Médicis Étranger en France, en 1974, pour le roman Julius(en
espagnol, Un mundo para Julius). Il a enseigné dans des universités en Europe
dont Nanterre, Montpellier et Vincennes, en France - et aux États-Unis. La vie
exagérée de Martín Romana(La vida exagerada de Martin Romana)fut considéré par
le quotidien madrilène El Mundo comme un des cent meilleurs romans de langue
espagnole du vingtième siècle.








