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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

jeudi 30 avril 2026

Chronique de mai 2026.

 


Michel Mohrt, portrait d´un « catholique sauvage».

Lorsque Michel Mohrt fut élu à l´Académie Française en 1985 et reçu quelques mois plus tard sous la Coupole, Jean d´Ormesson a affirmé qu´il se réjouissait d´accueillir «ce Breton catholique et sauvage». Michel Mohrt était effectivement un académicien très particulier. Certes, le commun des mortels se fait normalement une image erronée des Immortels de l´Académie Française que d´aucuns tiennent pour des académiciens poussiéreux qui prônent l´usage d´une langue française ultra-classique, empesée et figée dans le temps. Non, les académiciens ne correspondent pas forcément à ce lieu commun trop répandu. Et Michel Mohrt non plus à fortiori. Son élection à l´Académie ne lui a d´ailleurs pas apporté la gloire. Sans faire de bruit, celui que l´on a d´ordinaire  considéré comme un anarchiste de droite suivait son chemin d´écrivain à l´écart des boulevards littéraires. Le bonheur et le mépris étaient, de son aveu même, les deux béquilles qui le soutenaient dans la vie : «J´ai compris que la  seule vengeance, c´est le bonheur».  François Nourrissier, un de ses pairs à l´Académie, avait résumé son style en disant qu´il traitait son sujet «en profondeur tout en s´offrant l´élégance de paraître n´y toucher que du bout de la plume». Comme l´a rappelé Astrid De Larminat dans Le Figaro –quotidien dont Michel Mohrt fut chroniqueur -lors de son décès le 17 août 2011 : «Longtemps pour ceux qui l´ont  lu et connu, son charme continuera de flotter autour de ses livres qui étaient trop subtils pour accrocher l´attention des jurys littéraires. Outre celui de l´Académie, il n´aura reçu aucun des grands prix que son œuvre méritait».

Michel Mohrt est né le 28 avril 1914 à Morlaix, en Bretagne, dans le nord-est du Finistère, au sein d´une famille de commerçants. Il a donc grandi entre le granit et la mer, la mer qui a inspiré nombre de ses romans. Profondément attaché à sa Bretagne natale, il fut séduit dès l´adolescence par le combat nationaliste et régionaliste breton. Il avait à peine 14 ans lorsque, doué en dessin, il a illustré de bois gravés un ouvrage de l´écrivain Jakez Riou, membre du mouvement Seiz Breur, C´est néanmoins vers le droit qu´il s´est orienté. Il a suivi ses études supérieures à l´université de Rennes où il s´est laissé griser par les idées réactionnaires de l´Action Française, matrice intellectuelle de l´extrême- droite de l´époque. En 1937, il s´est inscrit au barreau de Morlaix devenant ainsi avocat, mais avant il avait effectué son service militaire chez les chasseurs alpins. Pendant la seconde guerre mondiale, il a fait comme officier la campagne de 1940 sur le front des Alpes, contre les Italiens, notamment dans la vallée de la Vésubie. Cette expérience a inspiré plus tard son roman La campagne d´Italie (1965). Parmi ses amis, il comptait Jean Bassompierre, un militant d´extrême -droite qui pendant la guerre s´est engagé dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme puis dans la division SS Charlemagne. Il fut fusillé en 1948, et Michel Mohrt lui a rendu hommage dans son ouvrage Tombeau de la Rouërie (2000). Comme tant d´autres de sa génération, Michel Mohrt a vécu l´humiliation de la défaite de 40 sous l´uniforme…

Dans son livre de 2002, Le paradoxe de l´ordre (essai sur l´œuvre romanesque de Michel Mohrt, éditions Gallimard), Marie Ferranti explique en quelque sorte comment  cette défaite  est ressentie : «Cette rupture, engendrée par la défaite de 1940, est ressentie au-delà de la défaite, comme un désastre personnel par bon nombre de personnages masculins des romans de Michel Mohrt. Ils souffrent tous d´une nostalgie de l´ordre perdu –symbole d´un temps de la clarté des choses et du monde –et aussi du constat qui en découle: celui de l´opacité et parfois de l´absurdité du monde où ils vivent. Il leur faudra bien trouver un modus vivendi. Celui-ci passe par des signes de reconnaissance entre quelques-uns, qui les rendent à eux-mêmes et les apaisent».   

 Après la guerre, Michel Mohrt, inscrit au barreau de Marseille, s´est lié d´amitié avec Robert Laffont qui l´a introduit dans le milieu littéraire. Quoiqu´il n´eut pas été inquiété à la Libération, ses publications dans Je Suis Partout - hebdomadaire collaborationniste et antisémite pendant la guerre –n´ayant pas de portée politique (il a surtout écrit des articles sur Renan, Laclos, Flaubert, et Montherlant), il a choisi en 1946 l´exil en Amérique -au Canada et aux États-Unis -  où il a vécu jusqu´en 1952.

C´est en Amérique qu´il a écrit en 1949 Mon royaume pour un cheval où il a évoqué les années sombres de la guerre. Le livre est en effet une chronique de l´Occupation du côté de ceux qui se sont fourvoyés du côté de l´occupant avec parfois autant de pureté que de bravoure. En Amérique, il a enseigné à Yale et donné des conférences sur la littérature française dans un temps où en France l´existentialisme tenait le haut du pavé. Dans ses cours, il se réjouissait sans doute en faisant connaître à ses élèves des écrivains qu´il appréciait particulièrement mais qui étaient alors maudits en France comme Pierre Drieu La Rochelle –qui s´est suicidé en 1945-, Paul Morand, Marcel Jouhandeau ou Robert Brasillach, fusillé en 1945. Bien qu´il se plût en Amérique, il a décidé de rentrer en France en 1952.  Les connaissances acquises lors de son séjour Outre-Atlantique lui ont permis de diriger pendant une vingtaine d´années le rayon anglo-saxon –il fut notamment responsable pour l´édition en français des œuvres de William Styron, Robert Penn Warren, Jack Kerouac ou William Faulkner -chez Gallimard, l´éditeur qui a naturellement publié la plupart de ses livres. En quelque sorte, Michel Mohrt est parmi ceux qui ont fait pour les lettres anglo-saxonnes le même travail qu´a fait Roger Caillois pour les lettres sud-américaines.

La Bretagne, la mer, la guerre et l´Amérique sont les principaux thèmes de l´œuvre de Michel Mohrt. Il a surtout écrit des romans d´apprentissage qui mettaient en scène des hommes seuls face à l´histoire et des femmes qui donnent envie d´aimer. De facture classique, l´œuvre du «plus britannique des écrivains français», comme on l´a aussi surnommé, évoquait continuellement le temps de l´enfance et de la jeunesse. La guerre, un des thèmes, on l´a vu, de sa prédilection, servait fréquemment de prétexte à  l´interrogation sur ses conséquences et sur sa réelle portée. Pol Vandromme qui a retracé sa vie aventureuse et intellectuelle dans l´essai Michel Mohrt romancier (éditions de la Table Ronde, 2000) écrivait que Michel Mohrt préférait les cavaliers seuls aux mouvements d´idées. Il soulignait également la force d´une œuvre qui concilie le style du lieutenant et celui du libertin où se retrouvent les amoureux de Stendhal, de Flaubert ou de Hemingway. On pourrait ajouter aussi dans un autre registre des écrivains que Michel Mohrt tenait en haute estime comme Chateaubriand ou Balzac.

Son premier roman, Le Répit, paru en 1945 chez Albin Michel, laissait déjà entrevoir les thèmes autour desquels s´est bâtie son œuvre. L´action se déroule entre Nice et la frontière italienne pendant la drôle de guerre. Son héros (double romanesque de l´auteur) est un jeune officier qui, lors de ses permissions, se console d´un chagrin d´amour en enchaînant les conquêtes féminines. Il rêve de grandeur et espère se montrer digne de son rang quand viendra l´épreuve du feu… 

En 1961, est paru le roman que d´aucuns considèrent comme son chef d´œuvre, La Prison  Maritime, qui fut couronné du grand prix du roman de l´Académie Française.  Le livre est un témoignage sur l´aristocratie bretonne et sur le combat autonomiste breton et celtique. C´est également un hommage aux romans d´aventures. Jean d´Ormesson a écrit dans Odeur du temps (éditions Héloïse d´Ormesson, 2007) que La Prison Maritime était un grand et beau livre sur la jeunesse, la liberté et les grandes espérances qui se débattent contre le monde.

Le prestigieux cotre le Roi-Arthur mouille à Lesguivy. Son propriétaire, Olivier de Kersangar, cherche un matelot. Hervé propose ses services, et le voilà embarqué aux côtés du capitaine et de sa maîtresse, Lady Cécilia,  séductrice et nymphomane. Le Roi-Arthur doit récupérer en Irlande une marchandise inconnue du narrateur, avant de la livrer à il ne sait qui, en Bretagne. Le Grand Foc est de la combine, ainsi que deux militants bretons, Robert et Spagniol. La première sortie en mer est laborieuse: le mât casse, et l’équipage doit regagner Saint-Yvinec. Hervé y fait la connaissance du Président R…, du tribunal, et de ses trois filles, dont Iris, qui ne lui déplaît pas. La conversation, qu’animent les filles du Président, porte sur une affaire qui oppose de longue date l’Angleterre et la France, et concerne la propriété d’un archipel, nommé Beniget. De retour à bord, Hervé y rencontre Tugdual, cousin d’Olivier, qui fera désormais partie de l’équipage. Le président verrait bien en Hervé son futur gendre, qu’il pourrait nommer à un poste dans la magistrature locale. Cependant, à la croisée des voies, le jeune matelot opte pour l’aventure et renonce à ces perspectives bourgeoises.

On apprend, dans l’épilogue, qu’Hervé a vécu douze ans avec Cécilia, que Saint-Arthur est mort de froid, à Paris, pendant la deuxième guerre mondiale, que Spagniol et Bishop ont été exécutés à la Libération.

Quoique membre de l´Académie Française, Michel Mohrt était un éternel déraciné et un voyageur nostalgique en rupture de ban avec son époque, comme l´a rappelé Pierre Joannon, qui l´a côtoyé quarante années durant, dans un essai qu´il lui a consacré, intitulé à juste titre Michel Mohrt, réfractaire stendhalien (éditions La Thébaïde, 2017, suivi d´une pièce de théâtre inédite de Michel Mohrt, Siegfried 40). Réfractaire parce qu´il a su dire «non» aux dérives de son époque. Sous sa plume, le romantisme des causes perdues n´était pas un vain mot.

Dominique Bona, lors de son discours de réception à l´Académie Française en 2014, a  brossé un portrait très fiable de Michel Mohrt, son prédécesseur au fauteuil numéro 33 : «Dans son époque, Michel Mohrt fut à contre-pied : méfiant à l´égard de la littérature engagée, qui embrigadait bon nombre de ses contemporains, attentif, au contraire, à se tenir désengagé. Il ne fut ni de l´école du Nouveau Roman sur lequel il porte un regard amusé d´entomologiste, ni du clan des Hussards auxquels il ressemble à plus d´un trait et parmi lesquels il compte des amis. Il n´appartient à aucun des mouvements littéraires, pas plus que politiques, contemporains. Le voici tel qu´en lui-même : un écrivain seul, libre et seul, rebelle aux modes de son temps qu´il a pourtant su comprendre et analyser».

Michel Mohrt était en fait un aristocrate au caractère bien trempé qui avait toujours préféré l´air du large à l´air du temps.  

dimanche 29 mars 2026

Chronique d´avril 2026.

 


Martin Harnicek: cruauté et dystopie.

On oublie assez souvent le rôle des petits éditeurs dans la divulgation de la bonne littérature. Ceux qui ne jurent que par la suprématie du marché, prétendant que les vrais écrivains finiront un jour ou un autre par se faire remarquer, ne se font pas la moindre idée des échecs que ces écrivains ont essuyés, des heures de détresse qu´ils ont vécues jusqu´à ce qu´un éditeur, aussi modeste fut-il, eût flairé le chef d´œuvre inconnu.

Tout récemment, j´ai découvert  -grâce à l´ami Frédéric Strainchamps Duarte qui dirige de main de maître La Nouvelle Librairie Française à Lisbonne -une petite maison d´édition sise dans la ville de Broye en Saône-et-Loire, fondée en 2021 et au catalogue fort intéressant. Il s´agit de Monts Métallifères qui a emprunté son nom à une chaîne de moyennes montagnes en Allemagne et en Tchéquie. On compte parmi les auteurs déjà publiés par ce petit éditeur Malcolm Bradbury, Thomas Ligotti, Milorad Pavic (et son magnifique Exemplaire Unique) ou Griselda Gambaro autrice argentine du premier livre censuré en 1977 par la dictature sinistre de Videla, un roman intitulé Gagner sa mort qui traduit la violence politique dans la sphère domestique. Les titres de ces auteurs figurent dans une collection qui porte le nom de Pb82 qui renvoie au symbole chimique du plomb (pb) et au numéro atomique (82), d´après le tableau périodique de Mendeleev, ce qui veut dire que ces livres sont, selon les paroles du journaliste François Angelier, des romans de plomb, faisant partie d´une littérature opaque, dense, terrible et létale.   

Néanmoins, les deux livres éblouissants que j´ai pu lire de cet éditeur original sont Viande et Albin, écrits par Martin Harnicek, un écrivain tchèque quasiment méconnu, un écrivain insolite issu d´un pays qui a su enfanter, on le sait, des auteurs exceptionnels comme Franz Kafka ou Karel Capek, entre autres. 

Martin Harnicek est donc né en Tchécoslovaquie, sous le régime communiste, en 1952. Enfant et adolescent difficile, viré du lycée à 16 ans, il a vécu des périodes turbulentes. Naturellement provocateur et volontiers bagarreur, il a effectué quelques séjours en prison. Adulte, il était un tant soit peu extravagant. Dissident, il a publié divers courts romans dans une maison d´édition underground, ce qui l´a placé sur la liste noire d´un régime qui ne tolérait nullement ceux qui dérogeaient aux principes stricts du réalisme socialiste. Ses livres peuvent se lire d´ailleurs comme des critiques voilées au pouvoir. D´abord surveillé par la StB, la police politique, Martin Harnicek a fini expulsé par le régime et s´est installé en Bavière, en Allemagne, en 1983, avec sa femme et son chien. Il a alors quitté l´écriture et a travaillé pendant des décennies dans le domaine de la santé mentale. Comme il a récemment déclaré, « Aujourd´hui, je suis un retraité satisfait et je vis avec mes chiens et ma femme, parfois dans l´Oberland bavarois, parfois dans la patrie d´origine, la Bohême ». 

Les éditions Monts Métallifères nous ont donc fait découvrir Martin Harnicek à travers les deux livres essentiels de cet écrivain, Viande et Albin, qui, rédigés à la fin des années soixante-dix, ont vu le jour en un seul volume en 1981 aux éditions tchèques 68 Publishers, en exil à Toronto, sous l´orientation du grand écrivain tchèque Josef Svkorecky qui vivait au Canada. En effet, il n´était pas question que les œuvres fussent publiées en Tchécoslovaquie, étant donné les positions politiques de Martin Harnicek. En plus, il avait été signataire de la Charte 77, pétition promue par des dissidents  -dont Vaclav Havel, Jan Patocka, Pavel Kohout parmi beaucoup d´autres - qui s´opposaient au durcissement du régime communiste survenu après l´intervention des chars du pacte de Varsovie qui ont mis fin au printemps de Prague en 1968. Le texte a néanmoins circulé sous le manteau,  en samizdat, système clandestin d´autoédition et de circulation d´écrits dissidents en Urss et dans les autres pays du bloc de l´Est, dactylographiés par les membres de ce réseau informel.  

Les éditions Monts Métallifères ont publié Viande en 2024(aujourd´hui le roman est aussi disponible en poche chez le même éditeur) avec une traduction et une préface de Benoît Meunier. Viande est une dystopie qui, j´ose dire, laisse le lecteur délicieusement dérouté. Comme l´écrit Benoît Meunier dans sa préface, Viande est une litanie, un monologue qui sourd des profondeurs de la mort. D´une noirceur sans pareille, ce roman se singularise par la violence quasiment grotesque de son univers. Dans ce monde fantomatique et caricatural, le narrateur déambule dans une ville en ruine dans laquelle toute action se résume à deux possibilités : manger les autres ou être mangé par eux.  Il n´y a plus ni animaux, ni végétaux, et la seule nourriture disponible est la viande humaine pour laquelle il faut disposer d´un ticket. Ce qu´il reste de vie s´organise autour des halles, une immense boucherie sur laquelle une caste de policiers exerce son autorité cruelle, punissant le moindre faux pas d´abattage immédiat.

Habitant de ce monde cauchemardesque, le narrateur, un «tire –au-flanc», est certes un monstre, mais au fond il lutte pour sa survie dans un univers sans morale et sans la moindre décence. Affamé et obsédé par la viande, il se rend compte que le meilleur moyen d´en obtenir est de collaborer avec les forces de l´ordre et de devenir un délateur professionnel. Mais lui-même victime de délation, il se voit obligé de fuir la ville : «La ville tout entière était devenue mon ennemie ! Je n´osais même plus m´allonger dans la rue, je voyais partout des individus malintentionnés qui auraient tenté de m´ôter la vie. Autant ma blessure m´avait d´abord laissé abattu et indifférent, autant j´étais à présent empli de terreur». Après avoir fui la ville, il échoue sur une communauté où l´on panse ses blessures et on lui propose de vivre une nouvelle vie au sein même de cette communauté. Pourtant, est-il en mesure de s´intégrer ailleurs qu´en ville ? Ne sera-t-il pas obligé de quitter également cette communauté après avoir commis l´irréparable ? 

Si Viande n´a pas à proprement parler atteint le grand public, il connaît indiscutablement un succès critique et d´estime. François Angelier, cité plus haut, a beaucoup aimé ce roman et il a partagé son enthousiasme avec les auditeurs de France Culture qui en 2024 a consacré une émission au roman: «On est vraiment dans la dystopie radicale, c´est une forme de cauchemar où les hommes se rongent (…)C´est un texte effrayant, narré avec une clarté qui le rend encore plus effrayant (…)S´il y a bien un texte qui peut vous rendre végan, c´est celui-ci, c´est une apologie de la frugalité, du végétarisme».  Romain de Becdelièvre, un autre collaborateur de France Culture, a été lui aussi très impressionné par ce livre qui dépeint un univers effroyable et nous renvoie à une obsession qui nous met face à un aspect non négligeable de notre condition : «c´est un roman qui nous rappelle en permanence qu´on est de la viande, qu´on est consommable, c´est l´idée que l´humain est un prédateur qui finit par se prédater lui-même dans un cycle infini». Un autre avis intéressant concernant ce roman, on le trouve sous la plume de Yann Fastier dans Le Matricule des Anges : «Rarement la dystopie n´avait ménagé si peu d´échappatoires et, si les scènes d´équarrissage nous sont globalement épargnées, on n´en est pas moins plongés dans l´horreur pure. D´autant plus pure, justement, qu´elle se refuse au spectaculaire : Viande ne choque pas par sa démesure mais au contraire par une banalité allant jusqu´au plausible».    

En janvier 2026, est paru un autre livre de Martin Harnicek, intitulé Albin, toujours traduit et préfacé par Benoît Meunier, Si le protagoniste de Viande est tout en bas de l´échelle humaine, celui d´Albin aspire au sommet. Quoi qu´il en soit, ils sont les deux visages d´une même brutalité : des hommes violents, hyper-égoïstes et dénués d´empathie, préoccupés seulement par la satisfaction de leurs désirs et instincts.

Albin nous décrit une société totalitaire, menacée par la surpopulation. La mort est donc devenue un problème d´État. L´âge de la mort (la dévitalisation) ou les rapports sexuels  -comme l´homosexualité –sont imposés par décret. Le Parti Mondial décrète la dévitalisation systématique des hommes à 50 ans et celle des femmes à 45 ans. Dans cette société ultra-répressive où il faut savoir tuer, la violence et l´absence d´empathie deviennent les valeurs essentielles et le Parti recrute ses membres parmi les jeunes garçons les plus brutaux. C´est un univers où la méchanceté est érigée en qualité première, le seul objectif d´Albin est de grimper dans l´échelle sociale et d´acquérir le pouvoir absolu pour laisser libre cours à son sadisme.

Le personnage principal, donc Albin, que ses parents - un prédicateur et sa femme Isabela –destinaient à libérer le monde de la tyrannie, se révèle au contraire particulièrement doué pour la torture et la manipulation. À l´âge de 7 ans, il a tué un chat d´une manière fort cruelle. Vite repéré par les autorités, il met son génie et son ambition démesurée à leur service dans l´espoir de devenir un jour Président du Parti Mondial. À l´âge de 13 ans, il est convoqué au Comité local pour être éventuellement sélectionné et il est sidéré par le discours du président, un certain Alfred Dauer, qui n´a point caché que les places disponibles dans le Comité local n´étaient pas destinées au premier venu : «Tout le monde n´est pas fait pour diriger. S´il y en a parmi vous qui donnent des ordres, il faut bien qu´il y en ait aussi qui obéissent. Tout le monde ne peut pas être fort. Les faibles ont leur utilité. Et si vous êtes ici aujourd´hui, jeunes gens, c´est justement pour déterminer lesquels, parmi vous, sont forts et lesquels sont faibles».

Albin va suivre une ascension fulgurante, mais, trop obsédé par sa réussite, il ne voit pas venir l´inévitable chute…

Dans sa préface, le traducteur Benoît Meunier met l´accent sur la structure verticale, concentrique et ultra –rigide de l´Etat totalitaire décrit dans Albin, avec, outre les comités locaux, un moteur idéologique (le Parti Mondial) et sa police (les commissaires), ce qui ne va pas sans rappeler, toutes proportions gardées et d´une façon déguisée, la société tchécoslovaque, surtout après la «Normalisation», la grande période de mise au pas idéologique qui a suivi la répression du Printemps de Prague. Néanmoins, des traces de cette société étaient présentes dès les années cinquante sous la forme de phrases que l´on pouvait entendre dans la bouche du premier président communiste Klement Gottwald et qui sont presque pareilles à celles que l´on retrouve dans ce roman comme «Quiconque est avec eux  est contre la société nouvelle» (page 154) qui ressemble on ne peut mieux à une phrase proférée par le président : «Qui ne marche pas avec nous marche contre nous !». Il fallait d´autre part être constamment sur ses gardes, c´est –à-dire contrôler, ordonner, surveiller et punir.

Malheureusement, nous vivons des temps assez inquiétants dans un monde de plus en plus déroutant et instable. C´est une perspective effrayante, mais au train où vont les choses, peut-être vivrons-nous un jour dans une société qui aura au moins des traces pareilles à celles dépeintes dans ces deux livres de Martin Harnicek. L´auteur en est d´ailleurs plus au moins conscient, lui qui, à une question qu´on lui a posée là-dessus dans une interview que l´on peut lire sur le site de Monts Métallifères, a répondu de la sorte:« J´espère ne pas avoir écrit des livres prophétiques, à la Nostradamus»…

 

Martin Harnicek, Viande, traduit du tchèque et préfacé par Benoît Meunier, éditions Monts Métallifères, Broye, mai 2024 (édition de poche disponible chez le même éditeur depuis janvier 2026).

Martin Harnicek, Albin, traduit du tchèque et préfacé par Benoît Meunier, éditions Monts Métallifères, Broye, janvier 2026.

        

 


 


mardi 10 mars 2026

La mort d´Alfredo Bryce Echenique.

 


Nous avons appris aujourd´hui la mort, à l´âge de 87 ans, de l´écrivain péruvien Alfredo Bryce Echenique. Né à Lima le 19 février 1939, il était issu d'une famille de banquiers et fut éduqué au sein de la vieille oligarchie de la capitale péruvienne.

La prose de Bryce Echenique, à cheval entre le délire, la nostalgie et le grotesque, est peuplée de personnages sympathiques qui errent dans un monde labyrinthique, décrits avec humour et ironie créative. Composée de romans, contes et mémoires, l´œuvre de Bryce Echenique fut couronnée de nombreux prix littéraires dans son pays et à l´étranger dont le Prix Médicis Étranger en France, en 1974, pour le roman Julius(en espagnol, Un mundo para Julius). Il a enseigné dans des universités en Europe dont Nanterre, Montpellier et Vincennes, en France - et aux États-Unis. La vie exagérée de Martín Romana(La vida exagerada de Martin Romana)fut considéré par le quotidien madrilène El Mundo comme un des cent meilleurs romans de langue espagnole du vingtième siècle.   

jeudi 5 mars 2026

La mort d´António Lobo Antunes.

 




Le romancier portugais António Lobo Antunes est décédé ce jeudi à Lisbonne –la ville où il était né le 1er septembre 1942- à l'âge de 83 ans. Il était un des écrivains lusophones les plus lus dans le monde, auteur d'une œuvre  exigeante qui dévoile avec ironie les conflits intérieurs de la société portugaise.

Le gouvernement portugais a décrété une journée de deuil national qui sera observée samedi. Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, Lobo Antunes est l'auteur d'une œuvre mêlant roman, poésie et autobiographie dans un style baroque et métaphorique. 

Auteur d'une trentaine de romans et plusieurs recueils de chroniques de presse, il avait reçu en 2007 le Prix Camões la plus importante distinction littéraire de langue portugaise. 

En apprenant que son œuvre devait entrer dans le catalogue de la Pléiade, il déclarait en 2018 qu'il s'agissait de 'la plus grande reconnaissance que l'on puisse avoir en tant qu'écrivain, bien plus grande que le Nobel'.


mercredi 4 mars 2026

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez lire sur le site du Petit Journal Lisbonne ma chronique sur le  roman La disparition des choses, d´Olivia Elkaim, publié aux éditions Stock.

https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/la-disparition-des-choses-un-roman-dolivia-elkaim-qui-fait-revivre-georges-perec-436671 




vendredi 27 février 2026

Chronique de mars 2026.

 


Victor  Segalen, une passion orientale.

   Quand on entend prononcer le nom de l´écrivain français Victor Segalen, on l´associe aussitôt, sans l´ombre d´un doute, à l´Orient et à fortiori à la Chine. Pourtant, pour les esprits les plus insouciants, qui ne sont pas à même de saisir les subtilités de la vie et de la culture orientales, la Chine a toujours été un lieu étrange. De nos jours, elle  n´est que le nouveau géant qui fascine certes, mais qui fait peur à la fois. Jadis, elle représentait l´inconnue. Au mieux, un endroit où une cohorte de gens aimables vous faisait constamment des courbettes, s´échinant à vous rendre la vie fort agréable. Or, pour Segalen, la Chine était le raffinement d´une civilisation millénaire qui n´aurait pas à rougir devant des Européens bêtement convaincus le plus souvent de leur supériorité culturelle et morale.

  Né le 14 janvier 1878 à Brest, Victor Segalen était un être frêle, myope, nerveux, doué d´une sensibilité vive et d´une énorme curiosité intellectuelle. Rêveur et homme d´action, esthète et aventurier, il fut tour à tour- ou en concomitance –marin, romancier, poète, médecin, ethnographe, sinologue et archéologue. Sa vocation s´est affirmée dès sa prime jeunesse: la musique, la poésie, les voyages. Cet esprit pétillant, qui a étudié chez les Jésuites et qui au début n´aimait pas trop la mer, a fini par s´inscrire à l´Ecole de Santé navale de Bordeaux et il est ainsi devenu  médecin de la marine. La médecine allait lui permettre de s´adonner à ses autres passions, notamment à la poésie et aux voyages. En 1902 partait du Havre l´aviso La Durance. C´était son «baptême naval» et ce premier voyage l´a mené jusqu´à Tahiti et à l´archipel des Tuamotou où il  a fait la découverte du peuple maori qui devait lui inspirer son premier roman Les immémoriaux.

Le diagnostic s´est imposé à Victor Segalen dès son arrivée à Tahiti : confrontée à la puissance de destruction dont l´Europe était porteuse, la culture polynésienne se mourait. Il s´est donc employé à recueillir les derniers témoignages de cette civilisation.  Les immémoriaux est donc une sorte de roman ethnographique qui relate l´agonie de la culture polynésienne au début du dix-neuvième siècle, provoquée par l´arrivée des Européens et des missionnaires. L´intrigue tourne autour de Térii, jeune récitant de la communauté maorie qui est victime d´un trou de mémoire lors d´une récitation rituelle des beaux parlers rituels où s´enferment, assurent les maîtres, l´éclosion des mondes, la naissance des étoiles, le façonnage des vivants. Dans ce trou de mémoire sacrilège, Térii a un mauvais présage : la disparition de la civilisation indigène. On va suivre tout le long du roman le déclin de cette civilisation, depuis l´arrivée des premiers britanniques jusqu´à l´évangélisation du peuple maori. Térii, après des années d´exil dans les îles de l´archipel polynésien à la recherche de la Terre Originelle, finit par s´en retourner dans son île natale et par adopter le nom de Iakoba avant de devenir diacre enfouissant ainsi son passé.        

Pendant le voyage qui lui a inspiré ce premier roman, Victor Segalen a voulu se rendre aux Îles Marquises où vivait Paul Gauguin. La Durance y a fait escale en août 2003, mais le peintre était mort le 8 mai. En 1909 il a effectué son premier voyage au pays du Soleil Levant dont il s´est épris dès les premiers jours. On peut dire que, dès cet instant, ce sont ses trois séjours un Chine dont un assez prolongé-le deuxième- qui ont nourri son œuvre : un roman René Leys et des livres de poésie.

René Leys est une sorte de roman culte qui a inspiré à l´écrivain belge Pierre Ryckmans son nom de plume, Simon Leys (1935-2014). Ce roman, Victor Segalen l´a écrit à partir de 1913, mais il n´a paru qu´à titre posthume, d´abord dans La Revue de Paris en 1921, puis en volume chez Crès, en 1922, avec une belle couverture, ornée d´un dragon dessiné par Georges-Daniel de Monfreid, ami peintre, lié à Gauguin. Roman policier, roman exotique ou roman d´apprentissage, René Leys est souvent tenu aussi pour un roman initiatique. Il se présente comme le journal d´une relation entre le narrateur, nommé Victor Segalen, et son professeur de chinois René Leys. L´élève se montre rapidement subjugué par les connaissances que son professeur possède sur la Cité Interdite, à Pekin. Dés lors, se noue une intrigue complexe entre les deux personnages, l´un questionnant avidement, l´autre répondant. René Leys affirme pénétrer à sa guise dans le Palais Impérial, puis, il dit faire partie de la police secrète, avoir déjoué des attentats, être devenu l´amant de l´impératrice, autant de confidences dont le narrateur ne peut vérifier l´authenticité. Dès les premières lignes, le lecteur est dérouté par le procédé employé par l´auteur. On l´informe de sa méprise : le livre qu´avait souhaité l´auteur n´existe pas, il y a renoncé. Dans un projet d´article datant de 1910, Victor Segalen bafoue l´auteur, le personnage le plus odieux qui soit : «Celui-là qui sait invraisemblablement tant de choses et les étale avec impudeur. Celui-là qu´on sent partout sans qu´il ait souvent le courage de paraître». Il dénonce également les faux-semblants du récit.

Dans une lettre à Hélène Hilper, en avril 1919, quelques semaines avant sa mort, Victor Segalen explique un peu, en quelque sorte, la genèse de son roman : «René Leys vous donne le ton exact de certains Moments chinois qui durèrent parfois des mois entiers ; ces journées qui s´ouvraient dans le lever de la paupière de l´aube…de bons chevaux attendant dans la cour où crevaient tous les matins les fleurs de Lotus de la grande vasque…Retour vers dix heures, après la conquête toujours nouvelle de la plaine impériale. Puis, l´après-midi studieuse sur les caractères et les textes ; le crépuscule sur la Muraille qui possède la ville. Je me souviens d´un Certain Ciel qui entra tout entier dans mon cœur. Et l´arrière-soir, une partie de la nuit, se passait bien véridiquement à Ts´ien-men-waï, dans le tohu-bohu des couleurs de lumière, le turbulent mystérieux des cours compliquées, des théâtres, de la scène et de ce qui se passe derrière toute la scène du monde…Le lendemain était pur, renouvelé ; un goût de jour neuf dans la bouche».                 

   Côté poésie, un des titres les plus représentatifs de son talent est l´œuvre Stèles. Quand Victor Segalen a conçu le projet d´écrire Stèles dès 1909, il cherchait en Chine, comme il l´a affirmé dans une lettre de 1913 à Jules de Gaultier « non pas des idées, non pas des sujets, mais des formes qui sont peu connues, variées et hautaines».

   Les poèmes de Stèles  sont inspirés par des rectangles de pierre qui se dressent dans les campagnes ou dans les temples, portant, gravés au burin, de petits textes de commémoration, de louange ou d´épitaphe. Ils s´inspirent certes de la tradition et des caractères chinois, et l´on y peut trouver, en surface, le jade et le bambou, le lac et les nuages, les jeux de l´eau et de la poussière. Mais, au fond, plutôt qu´à une Chine réelle, où abondent d´ordinaire les clichés, c´est à une Chine rêvée, transfigurée par l´imagination, le regard et la lecture de Segalen que nous avons affaire dans Stèles.  Ce livre traduit l´aventure d´un homme qui a voué à ce pays et à sa culture un labeur chaleureux et enthousiaste, un peu à l´instar, toutes proportions gardées, de ces intellectuels qui consacrent leur vie à l´étude de cultures séculaires mais d´expression minoritaire. La culture chinoise n´a jamais été, bien entendu, une culture minoritaire, mais elle était, nul n´en doute, du temps de Segalen, tout à fait étrangère aux yeux des Occidentaux.

  En fin de compte, ce qui sous-tend Stèles, ouvrage que Segalen dédie à Paul Claudel, c´est la langue, comme nous le rappelle Pierre-Jean Rémy (1937-2010), un autre grand connaisseur de la Chine, dans la belle préface de l´édition de 2004 de la collection Poésie chez Gallimard : «Hiératique (la langue), on l´a dit, comme issue d´un dire divin sans commune mesure avec ces religions inventées pour les secours des hommes : un dire qui est celui du Poète unique, Empereur, architecte, devin, qui dessine les villes, ordonnance les paysages, sépare d´un trait de son pinceau la montagne de l´eau».

  Je vous laisse ici un extrait, intitulé  Pierre Musicale, de cette œuvre lumineuse : Voici le lieu où ils se reconnurent, les amants amoureux de la flûte inégale ; Voici la table où ils se réjouirent l´époux habile et la fille enivrée (…) ; Voici le faîte du palais sonnant que Muo-Koung, le père, dressa pour eux comme un socle ; Et voilà,- d´un envol plus suave que phénix, oiselles et paons,-voilà l´espace où ils ont pris essor. Qu´on me touche : toutes ces voix vivent dans ma pierre musicale».

Victor Segalen est mort à Huelgoat, en Bretagne, le 21 mai 1919 des suites d´une mystérieuse maladie. D´aucuns ont prétendu que c´était la Chine qui lui manquait. Vraiment ? Simon Leys, éminent sinologue, n´était pas aussi sûr que cela de ce lieu commun. Dans son texte de 1987 «L´exotisme de Segalen», il écrit que, contrairement à ce que suggère un cliché «un peu niais», Segalen ne fut pas exactement un «amoureux de la Chine», malgré l´intérêt qu´il a manifesté pour la culture chinoise. Si l´on excepte quelques moments d´exaltante aventure pendant ses équipées archéologiques, on ne peut même pas dire qu´il s´y soit particulièrement plu par comparaison avec l´expérience polynésienne. Le présent de la Chine l´indifférait. La République elle-même n´était qu´une lamentable faute de goût. La révolution qui l´avait établie, et dont il avait été personnellement le témoin en 1911, ne lui avait paru qu´«une de ces émeutes que la Chine absorbe, digère et éructe de temps à autre comme un immense intestin ses borborygmes et ses vents». Segalen a néanmoins vécu, ajoute Simon Leys, avec un exceptionnel mélange d´intelligence et de sensibilité, la classique attraction que la Chine exerce sur tous ceux qui l´approchent : «Ce que la Chine lui a apporté, c´est la confirmation d´une attitude éthique et esthétique dont il avait eu une première intuition à son retour d´Océanie, et que, par une sorte de défi, il avait choisi d´appeler «exotisme»-détournant ainsi à son profit et rechargeant d´un sens neuf un terme qu´avaient tristement dévoyé les Loti, Farrère et Cie».

Une des meilleures expressions pour caractériser Victor Segalen c´est peut-être celle qu´a choisie Marie Dollé pour l´œuvre qu´elle lui a consacrée en 2006 (parue aux éditions Aden) : Le voyageur incertain.

 

vendredi 13 février 2026

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez lire sur le site du Petit Journal Lisbonne ma chronique sur le roman Nous n´avons rien à envier au reste du monde, de Nicolas Gaudemet, publié aux Éditions de l´Observatoire.

https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/nous-navons-rien-envier-au-reste-du-monde-un-roman-de-nicolas-gaudemet-435027