
Qui êtes-vous ?
- Fernando Couto e Santos
- Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.
samedi 15 octobre 2011
Centenaire de la naissance de Manuel da Fonseca

jeudi 6 octobre 2011
Thomas Tranströmer-Prix Nobel de Littérature 2011

L´histoire, la mémoire et la nature sont les thèmes majeurs de sa poésie. Il est traduit dans près d´une soixantaine de langues.
Frappé en 1990 par une attaque d´apoplexie, il est partiellement paralysé et aphasique.
En France, ses oeuvres sont disponibles chez Gallimard et Le Castor Astral.
dimanche 2 octobre 2011
La mort de Hella Haasse

mardi 27 septembre 2011
Chronique d´octobre 2011

George Orwell ou la conscience d´un intellectuel progressiste.
dimanche 18 septembre 2011
Souvenir de Gil Courtemanche

La littérature canadienne d´expression française est, en France, on le sait, tout à fait inconnue. À part Nancy Huston et, éventuellement, Michel Tremblay ou Antonine Maillet, on ignore tout de ce que l´on écrit, l´on pense ou l´on débat chez nos sympathiques, mais lointains frères ou cousins canadiens. Cette situation se produit non seulement avec la littérature, mais aussi avec toute la culture canadienne francophone, à quelques exceptions près. Pourtant, si les artistes canadiens ont du mal à s´imposer en France, les Français pourraient quand même faire un petit effort et commencer, avec l´aide miraculeuse d´Internet, à consulter de temps à autre des sites canadiens pour prendre connaissance de leur actualité littéraire. Si l´on se donnait la peine, par exemple, de jeter un petit coup d´oeil sur les sites de quelques journaux canadiens, comme, entre autres, La Presse et Le Devoir , on aurait droit parfois à la lecture de quelques articles fort intéressants.
En 2004, alors que les Américains et leurs alliés s´enlisaient déjà dans le bourbier irakien, Gil Courtemanche écrivait dans l´édition du 27 mars du quotidien Le Devoir un des articles les plus lucides sur la politique de Georges W.Bush et les raisons du soutien de ses compatriotes, intitulé «Bush, vicaire de Dieu» et que l´on peut encore retrouver dans les archives du journal (le devoir.com). Mais Gil Courtemanche n´est pas qu´un brillant journaliste, il est aussi un écrivain assez réputé.
Né en 1943 à Montréal, Gil Courtemanche est journaliste depuis plus de quarante ans. Il a notamment travaillé à Radio Canada, écrit pour La Presse , participé à la conception et à la fondation du quotidien Le Jour , collaboré à Alternatives, Le Libraire, Le Soleil, Le Droit et tient une chronique hebdomadaire au Devoir . Son dernier livre paru en France (octobre 2005, éditions Denöel) s´intitule Une belle mort, mais son livre précédent Un dimanche à la piscine à Kigali, publié une première fois en 2003, vient de reparaître, en édition de poche dans la collection Folio chez Gallimard. Ce roman a suscité un bon accueil partout où il a été traduit et pour cause puisqu´il s´agit d´une oeuvre qui vaut bien la peine d´être lue.
Bernard Valcourt, journaliste chevronné, ayant témoigné la famine en Éthiopie ou la guerre au Liban, se rend au Rwanda pour une mission des plus banales et un brin utopique : mettre sur pied un service de télévision libre. Il y découvre un pays détruit où sévissent la misère, la corruption et le sida. En toile de fond, il y a - vous l´aurez sûrement deviné - le tribalisme, la rivalité ancestrale et éternelle entre Hutus et Tutsis et la folie génocidaire qui s´est emparée de cette ancienne colonie belge et ce devant l´indifférence, dans un premier temps, de la petite colonie occidentale qui, aimait se prélasser au bord de la piscine à Kigali, la capitale. Le narrateur nous raconte le quotidien de tous les coopérants et autres qui prétendument voudraient aider au développement du pays, mais on est en droit de s´interroger s´ils s´inquiétaient vraiment, pour la plupart, du sort de la population autochtone («Autour de la piscine, des coopérants québécois rivalisent de rires bruyants avec des coopérants belges. Ce ne sont pas des amis ni des collègues, même s´ils poursuivent le même but : le développement, mot magique qui habille noblement les meilleures ou les plus inutiles intentions. Ce sont des rivaux qui expliquent à leurs interlocuteurs locaux que leur forme de développement est meilleure que celle des autres. Ils ne s´entendent finalement que sur le vacarme qu´ils créent...). Bernard Valcourt, quant à lui, est un des rares à se prendre d´affection pour ce pays et son peuple, au point de tomber amoureux de Gentille, une Hutue aux trains fins de Tutsie. Grâce à son amour pour cette belle fille, il va connaître le paradis, mais également, cela va sans dire, l´enfer, à travers les préjugés entre Tutsis et Hutus et la folie exterminatrice de leurs dirigeants.
Ce livre est, bien entendu, une oeuvre de fiction, mais Gil Courtemanche n´a pas voulu, en l´écrivant, que l´on prenne certaines scènes plus violentes pour le seul fruit de son imagination, il y a aussi là-dessus un devoir de mémoire contre l´oubli. Il en avertit d´ailleurs ses lecteurs en préambule «...Quant aux dirigeants et responsables du génocide, ils ont conservé dans ce livre leur véritable identité. Certains lecteurs mettront sur le compte d´une imagination débordante quelques scènes de violence et de cruauté. Ils se tromperont lourdement. Pour en avoir la preuve ils n´auront qu´à lire les sept cents pages de témoignages recueillis par l´organisme African Rights et publiés en anglais sous le titre de Rwanda :Death, Despair and Defiance , African Rights, Londres 1995).
Grâce à Gil Courtemanche et à d'autres comme, par exemple, Jean Hatzfeld, la mémoire du génocide rwandais ne tombera pas dans l´oubli.
Le centenaire de la naissance de William Golding

dimanche 28 août 2011
Chronique de septembre 2011
Tahar Ben Jelloun et l´étincelle arabe.
Dans son livre Fatti diversi di storia letteraria e civile (éditions Adelphi), le grand écrivain italien Leonardo Sciascia (1922-1989*), évoquant Montesquieu et ses Lettres Persanes (et la célèbre phrase : Comment peut-on être Persan ?) s´interrogeait dans le tout premier chapitre, intitulé «Come si può essere Siciliani ?»(«Comment peut-on être Sicilien ?»), à l´instar justement de Montesquieu deux siècles plus tôt, sur les préjugés ethniques et raciaux et toutes sortes de lieux communs autour des petits peuples vus comme un tant soit peu excentriques ou atypiques(pour employer un mot très à la mode par les temps qui courent)et dont on a du mal à concevoir le modus vivendi, qui plus est s´il s´agit, comme c´est le cas des Siciliens, d´un peuple issu d´une île. Moi qui suis originaire d´un petit pays comme le Portugal, je sais bien de quoi il retourne. Je connais bien des histoires, d´ordinaire assez cocasses, sur la façon dont jadis les Portugais étaient vus ailleurs. Je n´ai jamais oublié, par exemple, ce que m´a raconté une collègue de la Faculté des Lettres de Lisbonne, quand nous y étions étudiants dans les années quatre-vingt, qui lors d´un voyage aux Pays-Bas s´était vu demander si au Portugal les jeunes avaient l´habitude de s´habiller en jeans.
Les Européens, on le sait, ont récemment été pris de court par les révoltes dans les pays arabes. Habitués- par les poncifs qui fusent régulièrement dans tout discours primaire concernant les musulmans- à voir dans chaque arabe un intégriste islamique, les seuls à même de perpétrer une attaque terroriste(comme l´ont tristement démontré les premières réactions aux crimes monstrueux à Oslo et à Otaya, quand on ignorait encore que le criminel était un fasciste norvégien), ils ne pouvaient pas, pour la plupart, concevoir que, dans les pays arabes, il pût exister non seulement une population capable de revendiquer le droit à une vie plus digne et équitable, mais également une génération de jeunes instruits, cultivés, souvent universitaires, qui, faute de perspectives et aidés par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux sur internet, portent le flambeau de la démocratie et de la liberté. Leur révolte est porteuse d´avenir. À l´inverse, les derniers événements en Angleterre ne sont que des signes d´une Europe déboussolée, en manque de repères et repliée sur elle-même.
Les révoltes dans les pays arabes ont inspiré une réflexion(L´étincelle) et un récit (Par le feu) à un des intellectuels les plus prestigieux du monde arabe, le marocain Tahar Ben Jelloun.
Né en 1944 à Fès, poète et romancier d´expression française, auteur de Les enfants de sable, La nuit Sacrée (Prix Goncourt 1987), Jour de silence à Tanger ou L´aveuglante absence de lumière, entre autres titres, membre de l´Académie Goncourt, Tahar Ben Jelloun a pris sa plume pour livrer ses impressions sur le printemps arabe dont l´une des promesses est –comme il l´a confié dans une interview à Pierre Assouline pour le dernier numéro du Magazine Littéraire-l´émergence de l´individu, «un bouleversement pour une société habituée à se réfugier dans l´esprit du clan et de la tribu».
Dans L´étincelle, tout en se concentrant sur l´Egypte et la Tunisie, il se penche aussi sur d´autres pays dont le Maroc, où la révolution n´a pas eu lieu, mais où des réformes sont introduites sous la baguette du roi Mohamed VI, ou la Lybie où la guerre sévissait toujours à l´heure où l´auteur développait ses réflexions.
Malgré les caractéristiques spécifiques de chaque pays, l´Égypte et la Tunisie se ressemblaient en ce sens que les régimes en place se servaient de force complicités et tiraient bénéfice de certains clichés nourris par les démocraties occidentales pour tenir les rênes du pouvoir. La corruption y était une tradition enracinée, acceptée et vue comme une fatalité par la plupart de la population. Certes, Hosni Moubarak et Ben Ali s´éternisaient au pouvoir, mais leur gouvernement respectif était une sorte de rempart, selon des diplomates européens et américains, contre la propagation de l´intégrisme islamique. Des adversaires politiques étaient souvent tabassés dans les commissariats de police, la presse muselée si jamais elle devenait encombrante, c´était là le prix à payer pour conserver la paix sociale et contrer la poussée fondamentalisme qui se répandait comme une hydre dans d´autres pays arabes, de l´aveu même – en catimini, bien entendu-de certaines chancelleries occidentales. Aussi les premières réactions à ces révoltes ont-elles été d´abord méfiantes ou à tout le moins assez prudentes de la part des hommes politiques européens et américains qui ont parfois tirer profit de certaines faveurs accordées par les deux dictateurs nord- africains. Le moins que l´on puisse dire c´est que les Européens et les Américains avaient des connaissances très rudimentaires de la vie culturelle, sociale et politique de ces deux pays.
Tahar Ben Jelloun, de sa plume alerte et avisée, énonce certaines tares de Moubarak et Ben Ali, un peu d´histoire et les efforts de certains opposants politiques qui ont souvent payé de leur vie leur combat pour l´émancipation réelle de ces peuples. On sait que les indéfinitions persistent à l´heure où j´écris ces lignes, le chemin vers une véritable démocratie est semé d´embûches et dans le cas de l ´Égypte le pouvoir des militaires est encore assez important. Quoi qu´il en soit, le printemps arabe aura redonné à ces peuples un sentiment qu´ils croyaient perdu(ou du moins égaré) : l´espoir.
De tous les pays où il y a eu des manifestations réclamant plus de démocratie, l´Algérie compte sans doute parmi ceux où le pouvoir aura le plus de mal à faire des concessions. La mainmise des militaires sur la vie civile et la mémoire de la violence des années quatre-vingt-dix y seront pour beaucoup. Selon Tahar Ben Jelloun, l´espoir en Algérie pourra renaître si jamais il y a des voix réformatrices au sein de l´armée elle- même.
Puisque Tahar Ben Jelloun est marocain, qu´en est-il du Maroc ? L´intellectuel de Fès fait un petit tour d´horizon sur les réformes entreprises par le roi après qu´il eut accédé au trône en 1999, en concluant que le monarque jouit encore d´un énorme prestige auprès de ses concitoyens, contrairement à certains leaders politiques. Parmi les principaux changements, on peut citer la mise en place d´infrastructures essentielles (ports, autoroutes, habitat social), l´évolution au niveau des libertés individuelles et d´expression- quoiqu´encore surveillées- et l´amélioration de la condition de la femme. Certes, d´énormes progrès restent à faire et de grands problèmes subsistent comme la corruption, la pauvreté, le chômage et l´analphabétisme, mais ces réformes par petites touches, à la manière de sa Majesté Mohamed VI semblent la voie la plus efficace pour l´introduction pas à pas d´une culture démocratique au Maroc.
Un des paris du monarque marocain est le développement du tourisme dans le pays, surtout par le biais de l´inauguration en 2008 de la station balnéaire de Saïdia, dans la province de Berkane, à une cinquantaine de kilomètres d´Oujda, dans le nord-est du Maroc, près de la frontière avec l´Algérie. J´y ai passé une semaine très paisible et agréable au mois d´août. Les marocains sont très accueillants et chaleureux et les trois hôtels –resorts – l´iberostar où je suis descendu, le Barceló et le Be Live- font tout ce qui est à leur portée pour plaire aux touristes. Certes, au niveau commercial il y a encore des progrès considérables à faire, on y trouve encore peu de boutiques, y compris à la marina. Pourtant, les lacunes qui existent seront petit à petit colmatées et Saïdia aura tous les atouts pour réussir, d´autant plus que les Marocains – j´en suis sûr- auront la sagesse de développer le tourisme tout en évitant certains excès commis en d´autres parages.
Pour en revenir à Tahar Ben Jelloun, après qu´il eut écrit L´étincelle, un référendum a déjà eu lieu le 1er juillet portant sur le texte de la nouvelle Constitution. À propos de l´évolution démocratique au Maroc, un grand écrivain espagnol, Juan Goytisolo (voir chroniques de 2007), qui vit depuis des années à Marrakech (où une attaque terroriste a été perpétrée en avril dernier) a récemment accordé une interview au Nouvel Observateur où il a exprimé certains doutes concernant ces avancées marocaines. Pour lui, le texte de la Constitution soumis à référendum ne correspond pas intégralement aux attentes suscitées par le discours du roi le 9 mars. De toute façon, il reconnaît que les signes positifs se multiplient et que la jeunesse marocaine est de plus en plus attachée aux principes de la démocratie et de la liberté. La phrase la plus emblématique de cet entretien avec Juan Goytisolo est celle où l´écrivain évoque l´importance des événements survenus ces derniers temps dans le monde arabe : «Le printemps arabe est l´événement le plus important depuis Ibn Khaldoun». Donc, depuis le quatorzième siècle…
Tahar Ben Jelloun a publié simultanément le récit Par le feu, inspiré par les derniers jours du jeune tunisien Mohamed Bouazizi qui le 17 décembre s´est immolé par le feu, un geste qui a déclenché la révolution de Jasmin en Tunisie.
Après la disparition de son père, Mohamed, jeune diplômé au chômage, doit s´occuper de sa mère et de ses frères et sœurs, en tant que l´aîné de la famille. Ses projets d´avenir, dont le mariage, doivent être reportés aux calendes grecques. Sa fiancée, la douce Zineb, l´attendra. Il décide alors de reprendre la charrette de son père et de devenir vendeur ambulant. En proie à l´arbitraire de policiers corrompus et d´usuriers sans scrupules, il est poussé vers l´immolation par l´indifférence que son calvaire suscite, un calvaire pareil à celui de tant d´autres citoyens tunisiens.
C´est un récit émouvant, poétique et qui traduit on ne peut mieux le martyre des citoyens arabes sous les coups de boutoir de la dure réalité économique et sociale. Seule la verve d´un écrivain comme Tahar Ben Jelloun pourrait créer une fiction aussi proche de la réalité.
Un long chemin reste à parcourir, nous ne l´ignorons pas, jusqu´à ce qu´une véritable démocratie puisse se consolider dans les pays arabes, d´autant qu´elle ne semble jamais acquise même dans les pays où elle est très enracinée. Puisse l´exemple de tolérance d´Ibn Khaldoun, rappelé par Juan Goytisolo, illuminer le chemin des démocrates arabes.
Tahar Ben Jelloun :
L´étincelle, éditions Gallimard, Paris 2011
Par le feu, éditions Gallimard, Paris 2011
*J´ai consacré un article à Leonardo Sciascia en 2008(voir dans les archives du blog la chronique de mai 2008) et la traduction française du livre cité (Faits divers d´histoire littéraire et civile) est disponible chez Fayard.