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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

mardi 27 juillet 2010

Chronique d´août 2010



Julien Gracq, l´aristocrate de la plume(hommage à l´occasion du centenaire de sa naissance).


Il était tellement silencieux et secret que d´aucuns le prenaient pour une figure hautaine et distante d´autant plus qu´il ne se prêtait pas facilement au jeu de l´interview. À cet agrégé d´histoire –géo austère et discipliné ne pouvaient que rebuter les ragots et les polémiques stériles du Tout –Paris littéraire, comme s´il fallait tenir tête à ce que représentent les confréries parisianistes, à l´instar de ses ancêtres de la Vendée qui ont repoussé jadis les armées de la Convention. Non qu´il eût rechigné à se frotter à la critique. Toujours est-il que pour le professeur Louis Poirier(qui a enseigné des générations d´élèves au lycée Claude Bernard à Paris), connu en pays littéraire sous le nom de Julien Gracq, la littérature n´était pas affaire à prendre à la légère et quand il s´agissait d´écrire, il le faisait avec le souci de la précision, du mot juste, empruntant aux sources les plus diverses pour parer sa langue des atours les plus lumineux, et la langue de Gracq était indiscutablement une des plus belles que la littérature française ait connues au vingtième siècle.
La mort de Julien Gracq, à l´âge de 97 ans, le 22 décembre 2007 à Angers, nous a plongés dans la tristesse. Certes, nous savions, nous autres les amants de la littérature écrite avec classe et raffinement, qui vouions une admiration sans bornes à un écrivain qui était déjà assez âgé, qu´un jour nous deviendrions orphelins. Mais quoiqu´il n´écrivît plus, l´écho de sa voix silencieuse nous parvenait toujours de son «exil volontaire» à Saint-Florent-le-Vieil, sur les bords de la Loire. Très peu l´ont approché les dernières années avant son trépas, parmi lesquels Philippe Le Guillou et Jérôme Garcin. De leurs récits on retient cette fascination pour l´homme à qui il fallait arracher quelques mots à ce silence si particulier qui faisait sa réputation.
Né le 27 juillet 1910, Julien Gracq a publié son premier livre Au château d´Argol en 1939 chez José Corti, le petit éditeur et libraire de la rue Médicis moyennant une participation aux frais, ceci pour un roman qui, l´année précédente, avait été refusé par Gallimard*. Julien Gracq, n´oubliant pas le geste du libraire, allait toujours rester fidèle à celui qui avait cru en lui dès la première heure. Cette année fut d´ailleurs décisive pour Julien Gracq dans bien des domaines : il s´est lié d´amitié avec André Breton (à qui il consacrera en 1948, un très bel essai, André Breton- quelques aspects de l´écrivain) qui a accueilli son roman avec un fervent enthousiasme et il a rompu avec le parti communiste à la suite de la signature du pacte germano – soviétique. Julien Gracq avait adhéré au parti communiste en 1936 la même année où il avait commencé à étudier le russe à l´École des langues orientales et où il s´était vu refuser un visa pour un voyage d´études en Crimée, tout ceci se produisant curieusement la même année où André Gide publie son Retour d´Urss où il dénonce les fragilités et la supercherie de la patrie du socialisme. Mais pour en revenir au Château d´Argol, on peut dire que ce livre était une véritable réussite, rarement aura-t-on vu un premier roman aussi fort. Tenant du roman noir, de Balzac, de Baudelaire, de Lautréamont ou d´Edgar Poe, Gracq brasse toutes ses influences dans une histoire dont l´action gravite autour d´un des trios amoureux les plus passionnants de la littérature du vingtième siècle : Albert, son ami et son double Herminien et Heide la femme qui l´accompagne. Malgré un succès d´estime et les commentaires dithyrambiques qu´il a suscités, il lui a fallu plusieurs années à ce livre pour épuiser les 1200 exemplaires du premier tirage. Néanmoins, les doutes s´étaient dissipés : Julien Gracq pourrait bel et bien suivre une carrière d´écrivain. En 1940, la guerre est venue toutefois interrompre les projets du nouvel écrivain. Mobilisé comme lieutenant de l´armée française, il participe aux combats près de Dunkerque. Fait prisonnier, il vit jusqu´en février 1941, date de son rapatriement, au camp d´Elsterhorst en Silésie. C´est là qu´a germé l´idée de son deuxième roman Un beau ténébreux qui ne voit le jour qu´en 1945 et obtient trois voix au prix Renaudot .En 1950 le pamphlet La littérature à l´estomac s´attaque aux confréries et coteries littéraires parisianistes, bousculant pas mal d´idées reçues. En fait, ce qu´il tient en horreur c´est une certaine conception de la littérature et une certaine façon d´exercer le métier de critique, plutôt que les écrivains. Quoi qu´il en soit, les critiques peu favorables de sa pièce de théâtre Le roi pêcheur n´auront pas plu, naturellement, à Julien Gracq et elles y sont peut-être pour beaucoup dans sa décision d´écrire ce pamphlet. Mais le grand coup d´éclat surgit en 1951 avec la parution du Rivage des Syrtes, un des plus grands romans français du vingtième siècle. Ce roman inouï, d´un souffle rare, raconte une histoire se déroulant dans une principauté féerique- Orsenna** -où couve un conflit l´opposant au Farghestan, une de ses provinces lointaines. Ce roman a été récompensé par le prix Goncourt, mais l´auteur le refuse le jour même où le prix a été décerné, une attitude qui aura peut-être choqué nombre d´observateurs, mais qui traduit l´indiscutable cohérence d´un écrivain qui avait déjà annoncé la couleur en publiant l´année précédente La littérature à l´estomac, cité plus haut.
Après Le Rivage des Syrtes en 1951 et Un balcon en forêt en 1958(dont on a tiré un film réalisé par Michel Mitrani en 1977), Julien Gracq n´a cessé de publier jusqu´en 2002, l´année où paraissait toujours chez José Corti, Entretiens, des interviews accordées le long de sa carrière, mais la fiction, il l´avait délaissée- petit à petit d´abord et définitivement ensuite- dès la parution en 1970 (curieusement l´année de sa retraite de l´enseignement) de La Presqu´île. Pendant ce temps, son talent d´écrivain s´est surtout exercé dans le domaine de la critique littéraire, de l´essai, et des impressions surtout géographiques sous forme de carnets : Préférences (1961), Lettrines I et II (1967 et 1974), En lisant, en écrivant (1980), Carnets du Grand Chemin (1992) et deux livres consacrés à des villes comme La forme d´une ville (1985) sur Nantes et Autour des sept collines (1988) sur Rome, un portrait sans complaisance de la ville éternelle. À noter aussi, dans sa production littéraire, les titres Liberté Grande (1947) et Les eaux étroites (1976) et les deux pièces de théâtre Le roi pêcheur (1948), à laquelle j´ai déjà fait référence, et Penthésilée (1954) ; traduction d´une œuvre de Kleist).
Se fixant définitivement à Saint—Florent –le –Vieil en 1992, aux côtés de sa sœur Suzanne (décédée en 1996), Julien Gracq dans sa vieille demeure n´aura jamais quitté l´univers littéraire, mais la conduite frugale et sobre de sa vie l´aura empêché de succomber à toute tentation de jouer le rôle, souvent pervers, de donneur de leçons. Julien Gracq était le grand aristocrate de la littérature française. Pas un aristocrate de condition, mais un aristocrate de la pensée et de la plume.

*Le sort a voulu que Julien Gracq eût été un des rarissimes écrivains à voir ses œuvres publiés de son vivant dans la célèbre collection La Pléiade, chez…Gallimard.

**C´est après avoir lu Le Rivage des Syrtes, que Erik Arnoult aura eu l´idée de prendre comme pseudonyme le nom d´Erik Orsenna.


P.S- On peut trouver de belles images de Julien Gracq sur le beau site de Gérard Bertrand(http://www.gerard-bertrand.net).

samedi 26 juin 2010

Chronique de juillet 2010





L´uchronie révolutionnaire selon Christian Kracht.



Tout récemment, à l´occasion du trente-sixième anniversaire de la révolution des œillets au Portugal(survenue le 25 avril 1974), un ami a lancé une question aux accents provocateurs : «Et si le coup des capitaines d´avril avait échoué ?». Ce serait d´ailleurs un bon sujet de roman, une fiction que l´on pourrait ranger du côté d´une nouvelle uchronie. Le mot est d´ailleurs peu utilisé à tel point qu´il ne figure pas dans nombre de dictionnaires et l´ordinateur sur lequel j´écris ce texte ne le reconnaît pas non plus. Le mot aura été inventé par Charles Renouvier en 1857 qui s´en est servi pour son livre Uchronie, l´utopie dans l´histoire. L´Uchronie est donc selon la plupart des dictionnaires qui en font état, notamment le Larousse du XIXème siècle, une «utopie appliquée à l´histoire ; histoire refaite logiquement telle qu´elle aurait pu être» (source :Wikipédia). Le mot désigne donc étymologiquement un «non-temps» (un « u» privatif associé à chronos, temps en langue grecque), un temps qui au bout du compte n´existe pas. La parenté avec la science-fiction est le plus souvent assez évidente. Le mot ne fait pourtant pas l´unanimité, les anglo-américains lui préférant «alternate history»(histoire alternative) ou «alternate world»(monde alternatif). Quoi qu´il en soit, le mot est définitivement entré dans l´histoire littéraire:en 1986, l´écrivain français Emmanuel Carrère s´est livré à une très intéressante étude d´introduction à l´uchronie, intitulée Le détroit de Behring (éditions P.O.L) et récemment(en 2009) Éric B.Henriet a publié aux éditions Klincksieck l´essai L´uchronie où il répond à cinquante questions que l´on peut se poser sur le sujet. Les exemples d´uchronie sont légion et au risque d´oublier plusieurs auteurs importants, je cite quand même de mémoire des exemples plus ou moins récents d´auteurs qui ont choisi comme intrigue de leurs romans des sujets si j´ose dire «uchroniques» à savoir Ray Bradbury, Philip K. Dick, J.G.Ballard, Philip Roth (dans son roman Complot contre l´Amérique, la réécriture de l´histoire américaine à partir d´une hypothétique victoire aux élections du pro -nazi Lindbergh), Simon Leys(qui dans La mort de Napoléon évoque le retour de l´empereur français, qui ne serait donc pas mort et aurait laissé un sosie à Sainte-Hélène)et José Saramago(qui dans L´Histoire du siège de Lisbonne raconte l´histoire d´un correcteur qui change le cours de l´histoire du Portugal au treizième siècle en remplaçant un oui par un non).
Les éditions Jacqueline Chambon viennent de faire paraître en français(en mars) une des toutes dernières uchronies en date, le roman Je serai alors au soleil et à l´ombre, écrit par le suisse d´expression allemande Christian Kracht.
Né en 1966, écrivain et journaliste, Christian Kracht en est à son troisième roman après Faserland et 1979(traduit en français sous le titre Fin de party, éditions Denoël, 2003). Il a passé son enfance aux Etats-Unis, au Canada et au sud de la France, il a beaucoup voyagé de par le monde et il est considéré comme un des représentants les plus emblématiques de la «popliteratur» allemande. Dans une interview récente, Christian Kracht a affirmé que ses trois romans constitueraient un triptyque : Faserland décrirait l´état présent, 1979 le passé direct et Je serai alors au soleil et à l´ombre le futur, quoique rétrograde.
Ce dernier roman de Christian Kracht est ce que l´on pourrait appeler une uchronie révolutionnaire. L´auteur invente un futur où l´Europe vit dans un état de guerre permanent et ce parce que Lénine au lieu de partir en Russie serait resté en Suisse en 1917 et y aurait fondé La République Soviétique Suisse. L´Angleterre se serait entre-temps alliée à l´ Allemagne fasciste et les deux pays auraient mené une guerre sans répit contre la jeune république qui élargit un peu ses domaines et fait du prosélytisme en Afrique où des académies militaires forment des jeunes combattants révolutionnaires (comme il s´est produit dans l´histoire réelle avec les vrais soviétiques russophones et à un moindre degré avec les Cubains). La Suisse conquiert d´ailleurs toute l´ Afrique de l´Est et toute l´Italie du Nord est placée sous tutelle africaine. Les Alpes, devenus un gigantesque bunker, servent de forteresse contre les fascistes allemands et anglais.
Dans ce décor féerique, le héros du roman est un pur produit d´une idéologie internationaliste où les nationalismes auraient été abolis au profit d´un communisme sans frontières. Officier d´origine africaine, se faisant traiter de «camarade confédéré», il œuvre à la gloire du socialisme et des lendemains qui chantent. Né dans un petit village de Nyasaland(l´actuel Malawi) près de la frontière mozambicaine où l´on parle le chichewa, il fut envoyé en tant que dernier-né à l´Académie militaire de la ville de Blantyre : «Depuis plusieurs décennies, des divisionnaires suisses provenant pour la plupart d´Afrique noire avaient non seulement construit des écoles militaires mais les dirigeaient également. On avait besoin de bons soldats et de bons officiers pour la guerre de Suisse, et où pouvait-on les trouver sinon dans le vivier intarissable des alliés africains.»(page 54).
Pendant sa période de formation militaire, notre héros- tout comme ses camarades- écoutait gravé dans la cire les enregistrements de Karl Marx et du grand camarade confédéré Lénine. On inculquait aux jeunes recrues l´idée que les Anglais avec l´aide des Allemands projetaient de créer un grand royaume décadent dans lequel les Africains seraient des esclaves. Une fois devenus officiers, les jeunes recrues, afin de se familiariser avec la métaphysique de leur nouvelle patrie et les conditions météorologiques de la Suisse, devaient partir pour un temps au Kilimandjaro, «une montagne située à plusieurs centaines de verstes au nord-est de Blantyre» (page 61).
Les souvenirs de l´enfance et de la jeunesse de notre héros nous sont racontés par lui-même alors qu´il est déjà un adulte vivant en Suisse où il est commissaire du parti à Neu-Bern qui avait été occupée par les Allemands pendant huit ans. On y parle un dialecte suisse, la langue parlée ayant d´ailleurs pris plus d´importance que la langue écrite. C´est oralement que le savoir y est transmis de telle sorte que la propagande allemande appelle les révolutionnaires suisses des «sous-hommes» et des «analphabètes des montagnes».
Le héros d´origine africaine se voit confier une mission secrète. Il est aux trousses d´un certain Brazhinsky qui se trouve être caché avec une poignée d´autres révolutionnaires dans un certain« Réduit» organisé sous forme d´étrange communauté…
Christian Kracht -qui a publié ce roman en Allemagne en 2008- a ourdi une intrigue assez intéressante sur un sujet-l´utopie communiste- qui suscite toujours une vive polémique quelle qu´en soit la perspective sous laquelle on l´aborde. Alors que la crise économique et financière sévit sur le monde entier et en particulier sur le vieux continent, où nombre d´économies sont la proie du capitalisme spéculatif, on constate un regain d´intérêt dans certains milieux pour les livres de deux philosophes qui ont réfléchi sur l´hypothèse communiste, le Français Alain Badiou et le Slovène Slavoj Zizek. Certes, en réfléchissant sur l´hypothèse communiste, peut-on faire l´impasse sur son héritage totalitaire ? Bien sûr que non, et les deux philosophes qui ne suivent pas la même méthode d´analyse et de réflexion n´ont pas là-dessus, bien entendu, la même perspective. Si Slavoj Zizek veut requinquer certaines idées marxistes et renouveler l´utopie,Alain Badiou, autrefois très proche du maoïsme, est toujours particulièrement critique à l´égard des démocratiques libérales et affirme à propos du goulag et de la révolution culturelle que cet héritage ne doit pas conduire, concernant le communisme, à jeter le bébé avec l´eau du bain. De toute façon, le grand problème de l´hypothèse communiste est celui de la rigidité idéologique et, partant, de l´ incompatibilité apparente entre pluralisme (et donc liberté d´expression) et société étatique, où la vie de chaque individu est surveillée dans ses moindres détails, ouvrant ainsi la voie à la dérive policière.
Quoi qu´il en soit, ce n´est pourtant pas que la question utopique que Christian Kracht a voulu mettre à mal en nous offrant cette sorte de fable. Derrière cette uchronie révolutionnaire, il y a le repli sur soi, le côté frileux et la paranoïa isolationniste du peuple suisse. Un petit peuple au coeur de l´Europe, puritain, fier de sa neutralité et ayant toujours peur d´une éventuelle menace extérieure.
Au bout du compte, Christian Kracht a vu juste : l´ambiance cosmopolite de certaines villes comme Zurich ou Genève tranche d´ordinaire avec le provincialisme de la mentalité suisse, tout comme les communistes, un temps internationalistes, sont souvent devenus nationalistes après la chute du mur de Berlin…

Je serai alors au soleil et à l´ombre, Christian Kracht, éditions Jacqueline Chambon, 2010

vendredi 18 juin 2010

José Saramago(1922-2010)



La mort de José Saramago,survenue aujourd´hui, plonge le Portugal dans la tristesse. Le seul Portugais qui ait eu, jusqu´à présent, l´honneur de se voir décerner le prix Nobel de Littérature a été l´ auteur de certains romans mémorables comme Le Dieu manchot, L´année de la mort de Ricardo Reis, L´Évangile selon Jésus-Christ ou L´aveuglement, entre autres, qui ont assis la réputation d´un écrivain hors pair, à l´imagination pétillante, et anticonformiste.

Habitant depuis plusieurs années l´île de Lanzarote, en Espagne, José Saramago ne faisait pourtant pas l´unanimité au Portugal- on se rappelle le vieil adage selon lequel nul n´est prophète chez soi- où d´aucuns ne lui ont jamais pardonné entre autres choses sa liberté de ton et d´esprit, son appartenance au Parti Communiste Portugais(dont il n´a pas forcément épousé l´orthodoxie) et ses origines modestes. Néanmoins, le souvenir de ses détracteurs se diluera un jour, alors que José Saramago fera toujours parti du patrimoine littéraire portugais et universel, et cela personne ne pourra jamais l´effacer...

jeudi 10 juin 2010

Festival Silêncio 2010


Du 16 au 26 juin, on pourra assister à Lisbonne sur les scènes du Music Box,de l´Institut Franco-Portugais, du Goethe Institut, du Théâtre Maria Matos et du cinéma Nimas à la deuxième édition du Festival Silêncio avec des spectacles et des conférences.

Côté littérature, on comptera sur la présence de Stéphane Audeguy, Philippe Besson, Mathias Enard, Pedro Tamen, Francisco José Viegas, Alberto Manguel, Saul Williams(sur la photo), Kalaf,José Luis Peixoto, François Vallejo et José Mário Silva.

Vous pouvez consulter le programme sur le site du festival, à savoir : www.festivalsilencio.com

Souvenir de Don Gonzalo



Il aurait eu cent ans le 13 juin et c´était un sacré personnage! C´est tout à fait juste de rappeler ici, à l´occasion du centenaire de sa naissance, le grand écrivain espagnol Gonzalo Torrente Ballester, né à Serantes, près de Ferrol(ville natale de Francisco Franco, «el caudillo»), en Galice, et mort à Salamanque le 27 janvier 1999. Ses livres et son style burlesque et ironique m´ont enchanté alors que j´étais étudiant universitaire(c´était plus ou moins à cette époque que j´ai découvert son oeuvre). Saga/Fuga de J.B, Fragmentos de apocalipsis, Off-Side, Filomeno a mi pesar, Crónica del rey pasmado et la trilogie Los gozos y las sombras comptent parmi ses oeuvres les plus emblématiques.Ces dernières années je l´ai moins lu, mais je garde un souvenir indélébile du bonheur de lecture que ses livres m´ont procuré à maintes reprises. À l´occasion des commémorations du centenaire de sa naissance, je ne puis qu´exprimer un très sincère:«Gracias, Don Gonzalo!»

vendredi 28 mai 2010

Chronique de juin 2010




La seconde guerre mondiale vue par d´autres yeux (à propos du livre HHhH de Laurent Binet).


Dans un livre d´essais publié tout récemment intitulé Une tombe au creux des nuages(collection Climats, Flammarion),l´écrivain espagnol d´expression française Jorge Semprún qui, membre de la Résistance française, a été interné à Buchenwald pendant la seconde guerre mondiale, rappelait encore une fois-il l´avait déjà fait il y a quelques années dans un livre d´entretiens, Se taire est impossible, avec un autre rescapé des camps, Élie Wiesel- une perspective sombre mais inéluctable. Dans quelques années, suivant l´ordre naturel de la vie, tous les survivants des camps nazis seront morts. Comment évoquer alors la Shoah ? Ce sera sûrement d´une façon différente où la fiction et la recherche historique côtoieront les témoignages des survivants. Ceci se produit déjà de nos jours, à la différence près que les survivants peuvent invoquer leur témoignage personnel pour s´opposer par exemple aux thèses révisionnistes ou aux manquements à la vérité historique.
Ces derniers temps, une nouvelle génération d´écrivains, nés dans les années soixante, voire soixante-dix du vingtième siècle, ont osé écrire sur la seconde guerre mondiale d´une perspective différente, suscitant une vive polémique chez les milieux littéraires et historiques. En 2006, Jonathan Littell, un jeune écrivain américain habitant Barcelone et écrivant en français, a défrayé la chronique d´abord en France, puis dans les autres pays, avec un livre total, Les Bienveillantes, où il était question des mémoires de Max Aue, un officier nazi. C´était rarissime que dans un livre sur la deuxième guerre l´intrigue tourne autour d´un nazi, de l´ennemi, du bourreau.
Le livre n´a laissé personne indifférent. Il s´est bien vendu (alors que c´était quand même un pavé de plus de mille pages), il a été couronné du prix Goncourt, mais il s´est attiré les foudres entre autres de Claude Lanzmann auteur du célèbre et magnifique documentaire sur la Shoah.
Claude Lanzmann a récidivé trois ans plus tard, donc en septembre dernier, lors de la parution d´un autre livre sur la seconde guerre : Jan Karski, signé Yannick Haenel (voir la chronique de novembre 2009). Cette fois-ci nombre d´historiens ont mis en cause certains épisodes relatés par Yannick Haenel sur la vie du résistant polonais Jan Karski qui avait d´ailleurs autrefois témoigné alors qu´il était encore vivant (il est mort en 2000) dans le documentaire de Claude Lanzmann.
La question pose problème. Un écrivain a-t-il le droit, lorsqu´il aborde un tel sujet, de mêler histoire et fiction au risque de manquer un peu à la vérité historique ? La question est complexe, mais je pense que l´on ne peut nullement clouer au pilori Yannick Haenel. L´écrivain est d´abord un créateur, un artiste, et nombre de vérités historiques que l´on tient aujourd´hui pour irréfutables nous sont parvenues à travers la fiction. Jorge Semprún, par exemple, a trouvé très méritoire le livre de Yannick Haenel sur Jan Karski.
Quant à Claude Lanzmann, un homme digne de notre respect voire notre révérence, ne serait-ce que par son magnifique documentaire sur la Shoah, pourquoi tire-t-il à boulets rouges sur tous ceux qui écrivent des fictions sur cette période sombre de notre histoire ? On a un peu l´impression à l´entendre –et je ne suis pas le seul à le penser- qu´il croit tenir une sorte de monopole sur la Shoah.
Pourtant, tout récemment, il y eut un livre sur lequel Claude Lanzmann n´a pas émis la moindre réserve. Certes, ce livre prête moins à polémique que ceux que j´ai précedemment cités. Quoi qu´il en soit, le sujet n´est toujours pas facile à aborder. Le livre est un premier roman d´un agrégé de lettres et professeur de français à Seine-Saint-Denis, chargé de cours à l´université, répondant au nom de Laurent Binet, 37 ans, qui s´est vu justement couronner du Goncourt du Premier Roman. Le roman aura étonné les lecteurs qui se seront mis à déchiffrer le titre bizarre : HHhH. Or, il représente les initiales d´une phrase allemande, à savoir, Himmlers Hirn heibt Heydrich-le cerveau d´Himmler s´appelle Heydrich. Ce Reinhard Heydrich dont le livre fait état est bel et bien celui qui a exercé les fonctions de chef de la Gestapo et des services secrets nazis et planificateur de la solution finale. Il était le chef d´Eichmann (dont le procès a inspiré le célèbre livre de Hanna Arendt, Eichmann à Jérusalem) et le bras droit d´Himmler. Il a officié à Prague où on l´a surnommé «le bourreau de Prague», «la bête blonde» ou «l´homme le plus dangereux du Troisième Reich». Il a joué un rôle important dans la mise en place de la philosophie totalitaire nazie, de la nuit des longs couteaux à l´organisation de la Shoah. De lui, Albert Speer, l´architecte emblématique du Reich avait dit qu´il était un homme froid qui se contrôlait toujours et formulait ses idées avec une rigueur d´intellectuel et d´après l´historien Joachim Fest(1926-2006) «c´était un homme comme un coup de fouet, dans sa froideur de sentiments lucifériennes, son amoralité tranquille et son inextinguible soif de pouvoir».
Au début des années trente, Heydrich a dû faire face à des rumeurs selon lesquelles il aurait une ascendance juive. Ces rumeurs découlaient du fait que sa grand-mère paternelle avait épousé en secondes noces, après le décès de son premier mari, un monsieur au patronyme d´origine juive : Süss. Une commission d´évaluation de l´origine raciale a néanmoins dissipé tous les doutes. Quoi qu´il en soit, pour d´aucuns, ces rumeurs auraient poussé Heydrich à redoubler d´acharnement contre les juifs.
Laurent Binet- on nous l´annonce d´ailleurs dans la quatrième de couverture-aura livré un combat dans ce livre entre la fiction romanesque et la vérité historique, sans que l´on sache véritablement, une fois le livre refermé, laquelle l´aura emporté et, contrairement à ce que l´on pourrait penser, c´est tout à l´honneur de l´auteur.
Laurent Binet a effectué son service militaire en Slovaquie et a vécu à Prague. Aussi, sa passion pour l´ancienne Tchécoslovaquie l´a-t-elle porté à se servir d´un narrateur dont les caractéristiques se confondent un peu avec celles de l´auteur et à rendre aux patriotes tchèques et slovaques (à ceux d´entre les Slovaques qui n´ont pas pactisé avec le gouvernement soi-disant autonome, créé par le Reich), dans un récit divisé en de courts chapitres nous tenant toujours en haleine, l´hommage qu´ils méritaient bien. Ces patriotes tchécoslovaques, indignés de la capitulation de leur pays- une capitulation à laquelle a contribué, il faut le dire tout crûment la naïveté ou plutôt la lâcheté de la France et de l´Angleterre devant Hitler- ont décidé de renforcer les rangs de la résistance et d´aider à préparer, à partir de Londres, où siégeait le gouvernement tchécoslovaque en exil, une riposte à la barbarie nazie. Tout comme en France, ou dans tous les autres pays occupés, de même en Tchécoslovaquie, une poignée de patriotes, d´insoumis et d´anticonformistes-des citoyens anonymes pour la plupart-tout en sachant que cette fois-ci on ne pourrait pas dire non quand on refusait, ont fait usage de subterfuges, de ruses, de leur imagination, souvent au péril de leur vie, pour éluder la grisaille quotidienne et combattre dans l´ombre la bête nazie.
Ces patriotes à qui le livre rend hommage sont entre autres ceux qui ont participé à l´opération «Anthropoïde». Kubis, un Tchèque, et Gabcik, un Slovaque, sont deux parachutistes envoyés par Londres en 1942 pour occire à Prague Reinhard Heydrich. Ils sont aidés sur place par Valcik, parachutiste lui aussi, et par d´ autres patriotes et leur but est atteint puisque, à la suite de l´attentat perpétré contre lui, le 27 mai, Heydrich finit par mourir quelques jours plus tard, le 4 juin, à l´hôpital. Et pourtant les choses ne se déroulent pas exactement comme prévu, et comme dans toutes les histoires, il y eut aussi un traître, Curda, un autre parachutiste. Mais, l´incapacité des autorités allemandes du soi-disant protectorat de Bohême-Moravie à démêler, dans un premier temps, l´écheveau de l´attentat a mené le Reich à se défouler, pour l´exemple, contre un petit village Lidice, pillé, saccagé, littéralement brûlé et où des gens ont été tués ou déportés.
Les parachutistes parviennent à se cacher dans une église pragoise avec d´autres résistants, mais suite à la traîtrise de Curda, ils sont découverts par les autorités et, une fois assiégés, ils finissent par périr dans les combats ou par se donner la mort.
L´attentat contre Heydrich avait déjà inspiré des films, dès 1943. Les bourreaux meurent aussi de Fritz Lang met surtout l´accent sur les représailles déclenchées après l´attentat et le rôle de Heydrich y est joué par Heinrich von Twardowski. Un autre film, Hitler´s Madam, de Douglas Sirk tourne davantage autour du personnage de Heydrich interprété par David Carradine.
HHhH de Laurent Binet, on l´a vu, quoiqu´accordant une place assez importante à la figure de Heydrich, se fait fort de rendre hommage aux patriotes tchécoslovaques qui comme tant d´autres résistants de par l´Europe ont sauvé l´honneur de leur pays et ont risqué leur vie au nom de la liberté.
Aujourd´hui, soixante-sept ans plus tard, l´Europe, qui peine à s´imposer sur la scène internationale, devrait surmonter les particularismes, les nationalismes et le repli identitaire qui la tenaille et s´affirmer comme un espace de liberté et de solidarité. Cela pourrait peut-être vous paraître étrange, mais ce serait le meilleur moyen de rendre hommage, aujourd´hui encore, à tous les patriotes qui ont donné leur vie lors de la seconde guerre mondiale.
Quant à l´avenir… pourvu qu´il y ait toujours des livres, comme celui de Laurent Binet, pour préserver la mémoire.

HHhH, de Laurent Binet, éditions Grasset, Paris, 2010

vendredi 14 mai 2010

Le nouveau livre de Deana Barroqueiro


Jeudi prochain,20 mai, aura lieu au Centre National de Culture à Lisbonne, vers 18h30, la présentation du nouveau livre de Deana Barroqueiro O Romance da Bíblia (Le Roman de la Bible), un regard féminin sur l´Ancien Testament, chez Ésquilo.

Les lecteurs assidus de ce blog n´ignorent pas l´estime que je porte à cet admirable écrivain qui a été mon professeur au Lycée Passos Manuel. C´est peu dire avec quel enthousiasme j´attends cette présentation. Or, cette fois-ci il y aura une raison supplémentaire qui ne fera qu´accentuer ma réjouissance. C´est que la présentation sera faite par une grande spécialiste de Littérature Portugaise et Française, Mme Maria Manuela Gamboa,qui a été elle aussi, tout comme Mme Deana Barroqueiro, mon professeur au même lycée.

Ne manquez donc pas cette soirée du 20 mai.