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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

vendredi 14 mai 2010

Le nouveau livre de Deana Barroqueiro


Jeudi prochain,20 mai, aura lieu au Centre National de Culture à Lisbonne, vers 18h30, la présentation du nouveau livre de Deana Barroqueiro O Romance da Bíblia (Le Roman de la Bible), un regard féminin sur l´Ancien Testament, chez Ésquilo.

Les lecteurs assidus de ce blog n´ignorent pas l´estime que je porte à cet admirable écrivain qui a été mon professeur au Lycée Passos Manuel. C´est peu dire avec quel enthousiasme j´attends cette présentation. Or, cette fois-ci il y aura une raison supplémentaire qui ne fera qu´accentuer ma réjouissance. C´est que la présentation sera faite par une grande spécialiste de Littérature Portugaise et Française, Mme Maria Manuela Gamboa,qui a été elle aussi, tout comme Mme Deana Barroqueiro, mon professeur au même lycée.

Ne manquez donc pas cette soirée du 20 mai.

mardi 27 avril 2010

Chronique de mai 2010





Enrique Vila-Matas ou l´invention de l´auteur.


Je ne voudrais nullement commencer cet article en évoquant la vieille querelle de l´imitation de la vie par l´art ou de l´art par la vie. Toujours est-il que la réalité et la fiction sont souvent tellement imbriquées que l´on est sûrement en droit de s´interroger sur les liens secrets voire surnaturels qui les unissent dans l´ombre. Quand vous lisez, par exemple, un livre de l´écrivain espagnol Enrique Vila- Matas, il risque toujours de vous arriver des impondérables qui vous font ironiquement réfléchir sur ces liens secrets et surnaturels que je viens d´évoquer. Ainsi, en septembre 2008, alors que j´étais en train de commencer la lecture du livre précédent de cet écrivain – indiscutablement, un de mes auteurs-culte- Dietario voluble, que j´avais commandé sur Internet et que j´avais reçu la veille, une chose on ne peut plus bizarre s´est produite. Vila-Matas, dans cet espèce de journal plutôt littéraire qu´intime(ou peut-être les deux à la fois), dissertait un peu sur l´importance des mouches et soudain le vrombissement d´une mouche est venu déranger ma lecture. La mouche qui venait d´entrer dans ma chambre eut-elle l´intuition que je lisais des lignes sur son espèce ? Je ne saurais le dire. Pourtant, plus aucune mouche n´est venue me harceler pendant la lecture du livre les jours suivants(le sujet n´était plus les mouches, il est vrai). Le 11 mars, donc il y a moins de deux mois, j´ai commandé deux livres espagnols sur Internet. Néanmoins, avant de le faire, j´ai visité plusieurs sites pour savoir s´il y avait par hasard un autre livre qui pourrait m´intéresser. Une fois terminées mes recherches (pendant lesquelles, le nom de Vila- Matas m´est venu à l´esprit), un doute m´a assailli : fallait-il procéder tout de suite à la commande ou valait-il mieux attendre le samedi et l´indispensable Babelia, supplément littéraire de El País, dans l´espoir que l´on y annonce la parution d´un livre intéressant ? J´ai opté pour la première solution. Samedi, 13 mars, en ouvrant Babelia, je suis tombé sur une interview avec Vila-Matas, à propos de son dernier livre Dublinesca qui devait paraître trois jours plus tard ! Il m´a fallu faire une deuxième commande, le problème n´est pas là, mais il semble bien qu´une voix quelconque voulait m´annoncer qu´un livre intéressant m´attendait. Pendant mes recherches, j´avais pourtant oublié de consulter un site essentiel : le site de Vila-Matas lui-même, que j´avais d´ailleurs récemment découvert, un site en avance sur celui de l´éditeur Seix Barral. Je dis bien Seix Barral et non pas Anagrama, l´éditeur précédent de Vila-Matas auquel il est resté fidèle pendant de longues années. Ce changement d´éditeur –que j´avais déjà appris- a d´ailleurs fait jaser et ce parce que le nouveau roman de Vila-Matas (dont la traduction française est parue quelques jours plus tard, toujours chez Christian Bourgois, à l´occasion du Salon du Livre) dépeint le quotidien d´un éditeur et d´aucuns y ont vu(avant la parution du livre)un pied de nez à son ancien éditeur Jorge Herralde. Or, il n´en est rien.
Ce roman évoque en fait la vie d´un éditeur, Samuel Riba, qui se tient pour le dernier éditeur littéraire, dans un monde où les best- sellers et les livres de moindre qualité prennent le pas sur la vraie littérature, celle qui ressemble de plus en plus à une sorte de société secrète d´initiés, un peu fous, regardés de travers par les enthousiastes de la loi du marché. Samuel Riba semble un homme triste depuis qu´il a pris sa retraite et mène une vie plutôt banale- avec des intermèdes éthyliques, au grand désespoir de sa femme Célia-, rendant visite à ses vieux parents tous les mercredis et nourrissant auprès d´eux la fiction qu´il est toujours un homme respecté, dont on ne peut pas se passer et que l´on invite d´ordinaire à donner des conférences partout dans le monde. Un jour, Samuel Riba fait un rêve prémonitoire qui lui indique que sa vie passerait par Dublin. Ce voyage dans la capitale irlandaise, une des villes les plus« littéraires» qui soient, Riba ne veut pas l´entreprendre tout seul. Aussi parvient-il à convaincre quelques amis – dont certains se réjouissent que lui, un francophile invétéré, soit en train de «faire le saut anglais»- de le suivre et de parcourir en groupe l´itinéraire du roman Ulysse de James Joyce. Pourtant, ce voyage cache deux obsessions que Riba a du mal à avouer à ses potes : celle de savoir s´il existe bien l´écrivain idéal qu´il n´a jamais pu dénicher alors qu´il était éditeur, et celle de vouloir célébrer les funérailles de l´ère Gutenberg et de l´édition telle qu´elle a été conçue jusqu´à présent, dans un monde de plus en plus submergé par la folie digitale. L´ironie du sort a néanmoins voulu que l´ homme qui éprouve une sorte de mélancolie pour la fin d´une ère, est également le même homme qui de son propre aveu ressemble de plus en plus à un «hikikomori», ces jeunes qui au Japon passent la vie devant l´ordinateur de peur d´envisager la réalité.
Dans ce roman, on tombe aussi souvent sur la fascination de Riba pour la ville de New- York (une fascination partagée par l´auteur lui-même) et sur sa passion pour la littérature irlandaise, étant donné que ce n´est pas seulement l´ombre de Joyce que l´on croise mais aussi celle de Samuel Beckett et, à un moindre degré, celle d´autres auteurs irlandais. Ceci dit, on pourrait en déduire que l´idée du «saut anglais» finit par s´amenuiser au fur et à mesure du déroulement de la fiction, tant il est vrai que la littérature irlandaise quoiqu´écrite dans la langue de l´empire, nourrit d´ordinaire des obsessions et réclame des filiations qui n´épousent pas toujours forcément la tradition anglaise et que dans le cas particulier de Beckett (est-ce un hasard si le personnage du roman porte le même prénom ?),on assiste même à un changement de langue, la plupart de ses livres ayant été écrits directement en français, comme chacun le sait. Peu importe. Pour Vila- Matas, cette histoire du saut anglais était un épisode de moindre importance. Il s´agissait surtout de célébrer deux noms représentant, d´après lui-même, l´épiphanie (James Joyce) et l´aphonie (Samuel Beckett) de l´ère Gutenberg. En plus, Vila Matas a prouvé avec ce magnifique roman que l´on peut toujours innover tout en restant fidèle aux principes essentiels qui ont bâti une œuvre. La mélancolie et la solitude des personnages sont toujours à l´ordre du jour dans les fictions de Vila-Matas, mais l´humour et l´ironie n´y sont jamais absents non plus.
Certains parlent souvent de Vila- Matas, comme d´un écrivain d´écrivains, voire même pour écrivains. Dans ce genre d´affirmations, on croit déceler d´ordinaire un ton parfois réprobateur. Mais la suprême ironie, que certains esprits n´ont jamais su saisir, c´est que les écrits de Vila- Matas comptent parmi les plus beaux éloges que l´on puisse faire à la littérature. Comme si tous les esprits étaient convoqués à une célébration permanente de la littérature, où selon la très belle formule du poète portugais Herberto Helder, des portes s´ouvrent sur d´autres portes. Les fictions de Vila- Matas nous invitent elles aussi à la redécouverte d´autres livres et d´autres auteurs.
Il y a en outre un alliage entre l´humour et la mélancolie, que j´avais déjà laissé entrevoir, qui le place, indépendamment des caractéristiques particulières de chaque auteur, dans une lignée d´écrivains où l´on peut retrouver, entre autres, deux auteurs de langue espagnole prématurément disparus : le Chilien Roberto Bolaño et l´Uruguayen Mario Levrero.
Pour en revenir à l´essence de ce nouveau roman, Dublinesca, y aurait-il un autre moyen plus clair et plus succinct de l´expliquer ? La réponse nous a été donnée par Vila-Matas lui-même dans l´interview citée plus haut, accordée au grand critique littéraire Juan Cruz, pour Babelia.
Alors que Juan Cruz lui a demandé de s´imaginer dans un train et d´essayer d´expliquer au passager qui l´accompagne quel est à vrai dire le sujet du roman, Vila- Matas a répondu : «Je lui dirais qu´il met en scène quelqu´un très mal en point qui veut célébrer des funérailles pour le monde et découvre que cela, paradoxalement, c´est ce qui lui permet d´avoir un avenir dans la vie.» Plus «vilamatien» que ça…

Enrique Vila-Matas, Dublinesca, Seix Barral, Barcelone, 2010 (édition française :Dublinesque, Christian Bourgois, Paris, 2010)

Deux pièces de Ionesco

À Lisbonne, deux pièces de théâtre de Eugène Ionesco seront jouées dès cette semaine. À l´Institut Franco-Portugais, du 30 avril au 2 mai, on aura la possibilité d´assister à la pièce Les chaises, mise en scène par Pablo Fernando.

À partir du 1er mai(mais avec une avant-première le 30 avril), au théâtre «A Comuna», on aura la pièce Le roi se meurt, mise en scène par João Mota.

C´est toujours un plaisir de pouvoir assister à des pièces de théâtre d´auteurs aussi importants que le Franco-Roumain Eugène Ionesco.

samedi 24 avril 2010

«La religieuse portugaise»-Eugène Green


À partir du 6 mai, on pourra voir dans les salles de cinéma portugaises le film La religieuse portugaise du cinéaste et écrivain Eugène Green, produit par O Som e Fúria, avec, entre autres, Leonor Baldaque, Ana Moreira, Adrien Michaux,Beatriz Batarda,Diogo Dória et Eugène Green lui-même.Invité à l´avant-première,je fais partie de ceux qui pourront le voir dès mardi prochain,27 avril(22h), à Culturgest, dans le cadre du Festival IndieLisboa.
J´attends impatiemment cette avant-première...

samedi 27 mars 2010

Chronique d´avril 2010






Le temps et la mémoire selon Antonio Tabucchi.




Il est déjà bien lointain ce jour des années soixante où, attendant le train pour regagner l´Italie à la gare de Lyon à Paris, un jeune italien découvre chez un bouquiniste la traduction de Pierre Hourcade du poème «Tabacaria» de Álvaro de Campos, un des hétéronymes du poète portugais Fernando Pessoa. La lecture des poésies de Álvaro de Campos pendant le voyage l´a tellement ébloui que l´on peut dire sans l´ombre d´un doute qu´elle aura changé sa vie. Il s´est mis en tête séance tenante d´en savoir davantage et sur l´œuvre du génie des lettres lusitaniennes et sur la littérature portugaise en général. Une littérature qu´il a fini par enseigner en des universités italiennes. Ce jeune italien n´était autre- vous l´aurez déjà sûrement deviné- qu´Antonio Tabucchi qui a porté à une telle incandescence sa passion pour la littérature portugaise qu´il s´est même permis d´écrire en 1993 un roman –Requiem- directement en portugais. L ´histoire de Tabucchi se confond tellement avec l´évocation de l´œuvre de Pessoa que d´aucuns pourraient aller jusqu´à penser, ignorant tout de lui y compris sa date et lieu de naissance et s´il est vivant ou mort, qu´Antonio Tabucchi serait tout compte fait un hétéronyme de Pessoa(en écrivant ceci, il me vient à l´esprit une phrase aux accents provocateurs de António Lobo Antunes dans une interview au magazine Ler, à la fin des années quatre-vingt, selon laquelle Fernando Pessoa était peut-être un hétéronyme de João Gaspar Simões, un critique portugais, précurseur dans l´étude de l´oeuvre du génie portugais). Bien sûr, je pousse l´ironie jusqu´à introduire ici une boutade, peut-être une sorte de jeu à l´envers comme Tabucchi en a d´ailleurs le secret. Dans ses romans, ses personnages sont toujours soit à la recherche d´autrui soit en quête de leur propre personnalité, ou les deux à la fois. L´écrivain mexicain Sergio Pitol(prix Cervantès 2005), grand admirateur de Tabucchi, écrit dans son livre El arte de la fuga* ce qui suit :« Les malentendus, les équivoques, les zones d´ombre, les fausses évidences, les réalités rêvées, les rêves maculés par une réalité terrible, la recherche de ce que l´on sait au départ perdu, les jeux à l´envers, les voix issues de lieux se trouvant près de l´enfer sont des éléments que l´on côtoie d´ordinaire dans le monde de Antonio Tabucchi. Et encore, une élégance, parfaite parce qu´elle ne fait jamais étalage d´elle-même. L´élégance chez Tabucchi va de pair en général avec la mélancolie, toujours à l´ombre du récit ou cachée derrière le langage».Mais Tabucchi est également, on le sait, un intellectuel engagé («impegnato», comme on dit en Italie) et si une grande partie de ses livres(dont certains ont fait l´objet d´adaptations cinématographiques) gravite autour de la recherche de soi ou d´autrui comme Notturno Indiano, quand il ne s´agit pas de donner un nom à un corps inconnu(il filo dell´orizonte)ou d´ enquêter sur une tête déplacée d´un corps( La testa perduta di Damasceno Monteiro), Antonio Tabucchi s´immisce de temps à autre en des univers plus politisés et ainsi a-t-il enfanté des romans tout aussi intéressants tels Piazza d´Italia, (où l´on regarde l´histoire du côté des perdants, en l´occurrence les anarchistes toscans), Sostiene Pereira( une fiction sur un journaliste dans le Portugal salazariste des années trente du vingtième siècle) ou Tristano muore(où l´on entend un vieux résistant raconter, à l´article de la mort, sa vie passée). Contrairement à Umberto Eco qui tient l´intellectuel pour quelqu´un qui organise et oriente les connaissances, pour Tabucchi, il a le droit de prendre position et de sonner le tocsin quand les libertés publiques sont en danger. Tabucchi ne s´est jamais privé de dénoncer le marasme berlusconien où l´Italie se trouve plongée depuis des années devant l´indifférence, l´inertie, l´ineptie, oserait-on dire, de la majorité du peuple italien. Son courage lui a d´ailleurs coûté assez cher, les sbires de Berlusconi l´ont traîné dans la boue et lui ont intenté des procès, parfois en soulevant les insinuations les plus sordides.
Je n´ai jamais fait à vrai dire la connaissance de Tabucchi. D´aucuns mettent en exergue sa gentillesse et sa courtoisie contrairement à d´autres qui ne le supportent pas et parlent de lui comme d´un homme hautain ou à tout le moins indifférent. Si je ne l´ai jamais vraiment connu, je l´ai déjà croisé à deux reprises dans ma vie. La première fois ce fut il y a plusieurs années (je ne pourrais même pas préciser la date) dans la Rua da Rosa dans le quartier de Bairro Alto à Lisbonne. Il semblait se promener dans un après-midi printanier, regardant autour de lui, en fin observateur, comme si le détail le plus infime pouvait déclencher un quelconque mécanisme de réflexion, voire l´idée d´une fiction. La deuxième c´était tout récemment le 18 septembre 2009, à la Fondation Mário Soares, lors de la présentation de la traduction portugaise du livre Avec Camus de Jean Daniel, avec la présence de l´auteur. On s´est croisés dans l´ascenseur et une fois arrivés au premier étage où avait lieu la conférence, je l´ai prié de passer devant moi et lui, courtoisement, m´a rendu la politesse, me priant à son tour de passer devant lui, avec un large sourire aux lèvres. Donc, c´est une image de courtoisie et de politesse que je garde d´Antonio Tabucchi…
Le dernier livre de Antonio Tabucchi, paru au printemps dernier en France chez Gallimard, avant même de paraître en Italie chez Feltrinelli au mois de septembre (et le mois dernier en Espagne chez Anagrama), s´intitule Il tempo invecchia in fretta(Le temps vieillit plus vite, en français) et il s´agit d´un livre de contes. Neuf histoires d´une rare finesse où le temps déroule le fil de la mémoire et les personnages semblent apparemment égarés ou impuissants devant le cours inexorable de la vie. Comme si leurs fantasmes se réveillaient soudain et venaient hanter leur existence. Pourtant ce n´est effectivement qu´une apparence, parce que les personnages sont d´ordinaire à même de donner un sens à leur vie.
Dans «Nuvole»(«Nuages»), peut-être le plus beau récit du livre (du moins est-ce l´avis de la plupart des membres du club de lecture de Libritalia**), on tombe sur un curieux dialogue entre un officier italien (d´ascendance étrangère) à la retraite et une jeune écolière d´origine péruvienne, adoptée par un couple italien dans un lieu de villégiature(une plage croate) pendant les grandes vacances. L´officier italien a été victime de radiations de l´uranium appauvri et explique à l´enfant comment on peut lire dans les nuages. Dans «Fra Generali» («Entre Généraux»), un des récits les plus émouvants à mon avis, il y est question de solidarité entre militaires. Deux militaires (un Hongrois et un Russe) qui s´étaient connus quelque temps auparavant, se retrouvent des deux côtés opposés de la barricade lors de l´insurrection hongroise de 1956. Le résistant hongrois finit emprisonné et purge naturellement une peine. Après la chute du mur de Berlin, il est décoré et réintégré dans l´armée magyare, mais la vie semble n´avoir plus aucun sens et en regardant les gratte- ciels de New York, où il habite, il se rend compte que la ville lui dit effectivement très peu. C´est alors qu´il décide de se déplacer à Moscou pour rencontrer l´officier russe, parce que, au bout du compte, il n´ y a pas de haine entre les militaires.
L´Europe de l´Est, à l´occasion du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, est d´ailleurs fort présente dans le livre, l´action d´autres récits s´y déroulant comme «Bucarest non è cambiata per niente»(«Bucarest n´a pas changé du tout») et «I morti a tavola»(«Les morts sur table»). Dans ce dernier récit, un ancien agent de la défunte République Démocratique Allemande qui avait espionné Bertold Brecht pendant des années, déambule dans la ville de Berlin et décide de visiter la tombe du dramaturge pour lui confier un secret.
Les autres récits, tous indépendants entre eux, semblent néanmoins des pièces du même puzzle, tout en donnant aussi contradictoirement l´impression d´être souvent de petites équivoques sans importance ou de rêves de rêves. Et ce, parce que, au fond, on ne saurait pas bien expliquer ce qu´est au juste l´écriture. Elle est peut-être une bête sauvage comme Tabucchi l´a affirmé lui-même dans un entretien récent accordé au Magazine Littéraire (numéro 486-mai 2009). Et les personnages font souvent naître en nous un sentiment étrange. Comme Tabucchi en témoigne dans le même entretien : « On leur donne la vie, ils sortent des limbes, et soudain ils existent, et puis vous les enfermez dans une cage, vous les obligez à vivre éternellement l´histoire que vous avez inventée. Raconter au lecteur comment un personnage est né, c´est un peu lui faire cadeau de ce personnage, lui dire : voilà je vous le donne, faites en ce que vous voulez, vous pouvez lui imaginer une autre histoire.»
Des histoires et des personnages, Tabucchi en enfantera sûrement beaucoup d´autres. On pourra donc continuer à se délecter de ses livres, ceux que l´on a déjà lus et ceux qu´on lira encore. Le temps vieillit peut-être vite, mais sûrement pas les livres de Antonio Tabucchi…

*Traduction française : L´art de la fugue, éditions Passage du Nord- Ouest. L´édition originale en langue espagnole a été publiée chez Anagrama.


**Le club de lecture de Libritalia(Librairie italienne de Lisbonne) dont je fais partie existe depuis quatre ou cinq mois et en février le livre choisi c´était bien Il tempo invecchia in fretta(Le temps vieillit vite).


P.S- Les livres cités dans l´article sont tous traduits en français avec les titres qui suivent : Le fil de l´horizon, Nocturne Indien, Pereira prétend, La tête perdue de Damasceno Monteiro, Tristano meurt. Requiem et Piazza d´Italia conservent en français le même titre de la version originale.

Antonio Tabucchi,Il tempo invecchia in fretta, Feltrinelli, Milano, 2009(traduction française : Le temps vieillit vite, Gallimard, Paris, 2009).

jeudi 18 mars 2010

Semaine de la francophonie


Dans le cadre de la semaine de la francophonie, on pourra assister aujourd´hui vers 18 heures à l´Institut franco-portugais à Lisbonne à une rencontre avec le cinéaste et écrivain français d´origine américaine, Eugène Green(voir photo), auteur notamment de La Reconstruction et La bataille de Roncevaux.

À 20h, à l´Institut Culturel Roumain, dans le même bâtiment, on pourra entendre des poèmes français et roumains par l´actrice Andreia Macedo.

Ne manquez pas!

samedi 13 mars 2010

Miguel Delibes(1920-2010)

Une des voix les plus respectées de la littérature espagnole contemporaine vient de s´éteindre dans sa ville natale- Valladolid-à l´âge de quatre-vingt neuf ans: Miguel Delibes. Auteur d´une oeuvre couronnée de prestigieux prix littéraires dont le prince des Asturies en 1982 et le Cervantès en 1993, Miguel Delibes a écrit des livres remarquables parmi lesquels on pourrait citer:La sombra del ciprés es alargada(L´ombre du cyprès est allongée), Cinco horas con Mario(Cinq heures avec Mario) et El hereje(L´hérétique). Un auteur immense et qu´au Portugal on connaît malheureusement très peu, en dehors des cercles littéraires. Un auteur à faire connaître du grand public amant des belles lettres.