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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

jeudi 10 juin 2010

Festival Silêncio 2010


Du 16 au 26 juin, on pourra assister à Lisbonne sur les scènes du Music Box,de l´Institut Franco-Portugais, du Goethe Institut, du Théâtre Maria Matos et du cinéma Nimas à la deuxième édition du Festival Silêncio avec des spectacles et des conférences.

Côté littérature, on comptera sur la présence de Stéphane Audeguy, Philippe Besson, Mathias Enard, Pedro Tamen, Francisco José Viegas, Alberto Manguel, Saul Williams(sur la photo), Kalaf,José Luis Peixoto, François Vallejo et José Mário Silva.

Vous pouvez consulter le programme sur le site du festival, à savoir : www.festivalsilencio.com

Souvenir de Don Gonzalo



Il aurait eu cent ans le 13 juin et c´était un sacré personnage! C´est tout à fait juste de rappeler ici, à l´occasion du centenaire de sa naissance, le grand écrivain espagnol Gonzalo Torrente Ballester, né à Serantes, près de Ferrol(ville natale de Francisco Franco, «el caudillo»), en Galice, et mort à Salamanque le 27 janvier 1999. Ses livres et son style burlesque et ironique m´ont enchanté alors que j´étais étudiant universitaire(c´était plus ou moins à cette époque que j´ai découvert son oeuvre). Saga/Fuga de J.B, Fragmentos de apocalipsis, Off-Side, Filomeno a mi pesar, Crónica del rey pasmado et la trilogie Los gozos y las sombras comptent parmi ses oeuvres les plus emblématiques.Ces dernières années je l´ai moins lu, mais je garde un souvenir indélébile du bonheur de lecture que ses livres m´ont procuré à maintes reprises. À l´occasion des commémorations du centenaire de sa naissance, je ne puis qu´exprimer un très sincère:«Gracias, Don Gonzalo!»

vendredi 28 mai 2010

Chronique de juin 2010




La seconde guerre mondiale vue par d´autres yeux (à propos du livre HHhH de Laurent Binet).


Dans un livre d´essais publié tout récemment intitulé Une tombe au creux des nuages(collection Climats, Flammarion),l´écrivain espagnol d´expression française Jorge Semprún qui, membre de la Résistance française, a été interné à Buchenwald pendant la seconde guerre mondiale, rappelait encore une fois-il l´avait déjà fait il y a quelques années dans un livre d´entretiens, Se taire est impossible, avec un autre rescapé des camps, Élie Wiesel- une perspective sombre mais inéluctable. Dans quelques années, suivant l´ordre naturel de la vie, tous les survivants des camps nazis seront morts. Comment évoquer alors la Shoah ? Ce sera sûrement d´une façon différente où la fiction et la recherche historique côtoieront les témoignages des survivants. Ceci se produit déjà de nos jours, à la différence près que les survivants peuvent invoquer leur témoignage personnel pour s´opposer par exemple aux thèses révisionnistes ou aux manquements à la vérité historique.
Ces derniers temps, une nouvelle génération d´écrivains, nés dans les années soixante, voire soixante-dix du vingtième siècle, ont osé écrire sur la seconde guerre mondiale d´une perspective différente, suscitant une vive polémique chez les milieux littéraires et historiques. En 2006, Jonathan Littell, un jeune écrivain américain habitant Barcelone et écrivant en français, a défrayé la chronique d´abord en France, puis dans les autres pays, avec un livre total, Les Bienveillantes, où il était question des mémoires de Max Aue, un officier nazi. C´était rarissime que dans un livre sur la deuxième guerre l´intrigue tourne autour d´un nazi, de l´ennemi, du bourreau.
Le livre n´a laissé personne indifférent. Il s´est bien vendu (alors que c´était quand même un pavé de plus de mille pages), il a été couronné du prix Goncourt, mais il s´est attiré les foudres entre autres de Claude Lanzmann auteur du célèbre et magnifique documentaire sur la Shoah.
Claude Lanzmann a récidivé trois ans plus tard, donc en septembre dernier, lors de la parution d´un autre livre sur la seconde guerre : Jan Karski, signé Yannick Haenel (voir la chronique de novembre 2009). Cette fois-ci nombre d´historiens ont mis en cause certains épisodes relatés par Yannick Haenel sur la vie du résistant polonais Jan Karski qui avait d´ailleurs autrefois témoigné alors qu´il était encore vivant (il est mort en 2000) dans le documentaire de Claude Lanzmann.
La question pose problème. Un écrivain a-t-il le droit, lorsqu´il aborde un tel sujet, de mêler histoire et fiction au risque de manquer un peu à la vérité historique ? La question est complexe, mais je pense que l´on ne peut nullement clouer au pilori Yannick Haenel. L´écrivain est d´abord un créateur, un artiste, et nombre de vérités historiques que l´on tient aujourd´hui pour irréfutables nous sont parvenues à travers la fiction. Jorge Semprún, par exemple, a trouvé très méritoire le livre de Yannick Haenel sur Jan Karski.
Quant à Claude Lanzmann, un homme digne de notre respect voire notre révérence, ne serait-ce que par son magnifique documentaire sur la Shoah, pourquoi tire-t-il à boulets rouges sur tous ceux qui écrivent des fictions sur cette période sombre de notre histoire ? On a un peu l´impression à l´entendre –et je ne suis pas le seul à le penser- qu´il croit tenir une sorte de monopole sur la Shoah.
Pourtant, tout récemment, il y eut un livre sur lequel Claude Lanzmann n´a pas émis la moindre réserve. Certes, ce livre prête moins à polémique que ceux que j´ai précedemment cités. Quoi qu´il en soit, le sujet n´est toujours pas facile à aborder. Le livre est un premier roman d´un agrégé de lettres et professeur de français à Seine-Saint-Denis, chargé de cours à l´université, répondant au nom de Laurent Binet, 37 ans, qui s´est vu justement couronner du Goncourt du Premier Roman. Le roman aura étonné les lecteurs qui se seront mis à déchiffrer le titre bizarre : HHhH. Or, il représente les initiales d´une phrase allemande, à savoir, Himmlers Hirn heibt Heydrich-le cerveau d´Himmler s´appelle Heydrich. Ce Reinhard Heydrich dont le livre fait état est bel et bien celui qui a exercé les fonctions de chef de la Gestapo et des services secrets nazis et planificateur de la solution finale. Il était le chef d´Eichmann (dont le procès a inspiré le célèbre livre de Hanna Arendt, Eichmann à Jérusalem) et le bras droit d´Himmler. Il a officié à Prague où on l´a surnommé «le bourreau de Prague», «la bête blonde» ou «l´homme le plus dangereux du Troisième Reich». Il a joué un rôle important dans la mise en place de la philosophie totalitaire nazie, de la nuit des longs couteaux à l´organisation de la Shoah. De lui, Albert Speer, l´architecte emblématique du Reich avait dit qu´il était un homme froid qui se contrôlait toujours et formulait ses idées avec une rigueur d´intellectuel et d´après l´historien Joachim Fest(1926-2006) «c´était un homme comme un coup de fouet, dans sa froideur de sentiments lucifériennes, son amoralité tranquille et son inextinguible soif de pouvoir».
Au début des années trente, Heydrich a dû faire face à des rumeurs selon lesquelles il aurait une ascendance juive. Ces rumeurs découlaient du fait que sa grand-mère paternelle avait épousé en secondes noces, après le décès de son premier mari, un monsieur au patronyme d´origine juive : Süss. Une commission d´évaluation de l´origine raciale a néanmoins dissipé tous les doutes. Quoi qu´il en soit, pour d´aucuns, ces rumeurs auraient poussé Heydrich à redoubler d´acharnement contre les juifs.
Laurent Binet- on nous l´annonce d´ailleurs dans la quatrième de couverture-aura livré un combat dans ce livre entre la fiction romanesque et la vérité historique, sans que l´on sache véritablement, une fois le livre refermé, laquelle l´aura emporté et, contrairement à ce que l´on pourrait penser, c´est tout à l´honneur de l´auteur.
Laurent Binet a effectué son service militaire en Slovaquie et a vécu à Prague. Aussi, sa passion pour l´ancienne Tchécoslovaquie l´a-t-elle porté à se servir d´un narrateur dont les caractéristiques se confondent un peu avec celles de l´auteur et à rendre aux patriotes tchèques et slovaques (à ceux d´entre les Slovaques qui n´ont pas pactisé avec le gouvernement soi-disant autonome, créé par le Reich), dans un récit divisé en de courts chapitres nous tenant toujours en haleine, l´hommage qu´ils méritaient bien. Ces patriotes tchécoslovaques, indignés de la capitulation de leur pays- une capitulation à laquelle a contribué, il faut le dire tout crûment la naïveté ou plutôt la lâcheté de la France et de l´Angleterre devant Hitler- ont décidé de renforcer les rangs de la résistance et d´aider à préparer, à partir de Londres, où siégeait le gouvernement tchécoslovaque en exil, une riposte à la barbarie nazie. Tout comme en France, ou dans tous les autres pays occupés, de même en Tchécoslovaquie, une poignée de patriotes, d´insoumis et d´anticonformistes-des citoyens anonymes pour la plupart-tout en sachant que cette fois-ci on ne pourrait pas dire non quand on refusait, ont fait usage de subterfuges, de ruses, de leur imagination, souvent au péril de leur vie, pour éluder la grisaille quotidienne et combattre dans l´ombre la bête nazie.
Ces patriotes à qui le livre rend hommage sont entre autres ceux qui ont participé à l´opération «Anthropoïde». Kubis, un Tchèque, et Gabcik, un Slovaque, sont deux parachutistes envoyés par Londres en 1942 pour occire à Prague Reinhard Heydrich. Ils sont aidés sur place par Valcik, parachutiste lui aussi, et par d´ autres patriotes et leur but est atteint puisque, à la suite de l´attentat perpétré contre lui, le 27 mai, Heydrich finit par mourir quelques jours plus tard, le 4 juin, à l´hôpital. Et pourtant les choses ne se déroulent pas exactement comme prévu, et comme dans toutes les histoires, il y eut aussi un traître, Curda, un autre parachutiste. Mais, l´incapacité des autorités allemandes du soi-disant protectorat de Bohême-Moravie à démêler, dans un premier temps, l´écheveau de l´attentat a mené le Reich à se défouler, pour l´exemple, contre un petit village Lidice, pillé, saccagé, littéralement brûlé et où des gens ont été tués ou déportés.
Les parachutistes parviennent à se cacher dans une église pragoise avec d´autres résistants, mais suite à la traîtrise de Curda, ils sont découverts par les autorités et, une fois assiégés, ils finissent par périr dans les combats ou par se donner la mort.
L´attentat contre Heydrich avait déjà inspiré des films, dès 1943. Les bourreaux meurent aussi de Fritz Lang met surtout l´accent sur les représailles déclenchées après l´attentat et le rôle de Heydrich y est joué par Heinrich von Twardowski. Un autre film, Hitler´s Madam, de Douglas Sirk tourne davantage autour du personnage de Heydrich interprété par David Carradine.
HHhH de Laurent Binet, on l´a vu, quoiqu´accordant une place assez importante à la figure de Heydrich, se fait fort de rendre hommage aux patriotes tchécoslovaques qui comme tant d´autres résistants de par l´Europe ont sauvé l´honneur de leur pays et ont risqué leur vie au nom de la liberté.
Aujourd´hui, soixante-sept ans plus tard, l´Europe, qui peine à s´imposer sur la scène internationale, devrait surmonter les particularismes, les nationalismes et le repli identitaire qui la tenaille et s´affirmer comme un espace de liberté et de solidarité. Cela pourrait peut-être vous paraître étrange, mais ce serait le meilleur moyen de rendre hommage, aujourd´hui encore, à tous les patriotes qui ont donné leur vie lors de la seconde guerre mondiale.
Quant à l´avenir… pourvu qu´il y ait toujours des livres, comme celui de Laurent Binet, pour préserver la mémoire.

HHhH, de Laurent Binet, éditions Grasset, Paris, 2010

vendredi 14 mai 2010

Le nouveau livre de Deana Barroqueiro


Jeudi prochain,20 mai, aura lieu au Centre National de Culture à Lisbonne, vers 18h30, la présentation du nouveau livre de Deana Barroqueiro O Romance da Bíblia (Le Roman de la Bible), un regard féminin sur l´Ancien Testament, chez Ésquilo.

Les lecteurs assidus de ce blog n´ignorent pas l´estime que je porte à cet admirable écrivain qui a été mon professeur au Lycée Passos Manuel. C´est peu dire avec quel enthousiasme j´attends cette présentation. Or, cette fois-ci il y aura une raison supplémentaire qui ne fera qu´accentuer ma réjouissance. C´est que la présentation sera faite par une grande spécialiste de Littérature Portugaise et Française, Mme Maria Manuela Gamboa,qui a été elle aussi, tout comme Mme Deana Barroqueiro, mon professeur au même lycée.

Ne manquez donc pas cette soirée du 20 mai.

mardi 27 avril 2010

Chronique de mai 2010





Enrique Vila-Matas ou l´invention de l´auteur.


Je ne voudrais nullement commencer cet article en évoquant la vieille querelle de l´imitation de la vie par l´art ou de l´art par la vie. Toujours est-il que la réalité et la fiction sont souvent tellement imbriquées que l´on est sûrement en droit de s´interroger sur les liens secrets voire surnaturels qui les unissent dans l´ombre. Quand vous lisez, par exemple, un livre de l´écrivain espagnol Enrique Vila- Matas, il risque toujours de vous arriver des impondérables qui vous font ironiquement réfléchir sur ces liens secrets et surnaturels que je viens d´évoquer. Ainsi, en septembre 2008, alors que j´étais en train de commencer la lecture du livre précédent de cet écrivain – indiscutablement, un de mes auteurs-culte- Dietario voluble, que j´avais commandé sur Internet et que j´avais reçu la veille, une chose on ne peut plus bizarre s´est produite. Vila-Matas, dans cet espèce de journal plutôt littéraire qu´intime(ou peut-être les deux à la fois), dissertait un peu sur l´importance des mouches et soudain le vrombissement d´une mouche est venu déranger ma lecture. La mouche qui venait d´entrer dans ma chambre eut-elle l´intuition que je lisais des lignes sur son espèce ? Je ne saurais le dire. Pourtant, plus aucune mouche n´est venue me harceler pendant la lecture du livre les jours suivants(le sujet n´était plus les mouches, il est vrai). Le 11 mars, donc il y a moins de deux mois, j´ai commandé deux livres espagnols sur Internet. Néanmoins, avant de le faire, j´ai visité plusieurs sites pour savoir s´il y avait par hasard un autre livre qui pourrait m´intéresser. Une fois terminées mes recherches (pendant lesquelles, le nom de Vila- Matas m´est venu à l´esprit), un doute m´a assailli : fallait-il procéder tout de suite à la commande ou valait-il mieux attendre le samedi et l´indispensable Babelia, supplément littéraire de El País, dans l´espoir que l´on y annonce la parution d´un livre intéressant ? J´ai opté pour la première solution. Samedi, 13 mars, en ouvrant Babelia, je suis tombé sur une interview avec Vila-Matas, à propos de son dernier livre Dublinesca qui devait paraître trois jours plus tard ! Il m´a fallu faire une deuxième commande, le problème n´est pas là, mais il semble bien qu´une voix quelconque voulait m´annoncer qu´un livre intéressant m´attendait. Pendant mes recherches, j´avais pourtant oublié de consulter un site essentiel : le site de Vila-Matas lui-même, que j´avais d´ailleurs récemment découvert, un site en avance sur celui de l´éditeur Seix Barral. Je dis bien Seix Barral et non pas Anagrama, l´éditeur précédent de Vila-Matas auquel il est resté fidèle pendant de longues années. Ce changement d´éditeur –que j´avais déjà appris- a d´ailleurs fait jaser et ce parce que le nouveau roman de Vila-Matas (dont la traduction française est parue quelques jours plus tard, toujours chez Christian Bourgois, à l´occasion du Salon du Livre) dépeint le quotidien d´un éditeur et d´aucuns y ont vu(avant la parution du livre)un pied de nez à son ancien éditeur Jorge Herralde. Or, il n´en est rien.
Ce roman évoque en fait la vie d´un éditeur, Samuel Riba, qui se tient pour le dernier éditeur littéraire, dans un monde où les best- sellers et les livres de moindre qualité prennent le pas sur la vraie littérature, celle qui ressemble de plus en plus à une sorte de société secrète d´initiés, un peu fous, regardés de travers par les enthousiastes de la loi du marché. Samuel Riba semble un homme triste depuis qu´il a pris sa retraite et mène une vie plutôt banale- avec des intermèdes éthyliques, au grand désespoir de sa femme Célia-, rendant visite à ses vieux parents tous les mercredis et nourrissant auprès d´eux la fiction qu´il est toujours un homme respecté, dont on ne peut pas se passer et que l´on invite d´ordinaire à donner des conférences partout dans le monde. Un jour, Samuel Riba fait un rêve prémonitoire qui lui indique que sa vie passerait par Dublin. Ce voyage dans la capitale irlandaise, une des villes les plus« littéraires» qui soient, Riba ne veut pas l´entreprendre tout seul. Aussi parvient-il à convaincre quelques amis – dont certains se réjouissent que lui, un francophile invétéré, soit en train de «faire le saut anglais»- de le suivre et de parcourir en groupe l´itinéraire du roman Ulysse de James Joyce. Pourtant, ce voyage cache deux obsessions que Riba a du mal à avouer à ses potes : celle de savoir s´il existe bien l´écrivain idéal qu´il n´a jamais pu dénicher alors qu´il était éditeur, et celle de vouloir célébrer les funérailles de l´ère Gutenberg et de l´édition telle qu´elle a été conçue jusqu´à présent, dans un monde de plus en plus submergé par la folie digitale. L´ironie du sort a néanmoins voulu que l´ homme qui éprouve une sorte de mélancolie pour la fin d´une ère, est également le même homme qui de son propre aveu ressemble de plus en plus à un «hikikomori», ces jeunes qui au Japon passent la vie devant l´ordinateur de peur d´envisager la réalité.
Dans ce roman, on tombe aussi souvent sur la fascination de Riba pour la ville de New- York (une fascination partagée par l´auteur lui-même) et sur sa passion pour la littérature irlandaise, étant donné que ce n´est pas seulement l´ombre de Joyce que l´on croise mais aussi celle de Samuel Beckett et, à un moindre degré, celle d´autres auteurs irlandais. Ceci dit, on pourrait en déduire que l´idée du «saut anglais» finit par s´amenuiser au fur et à mesure du déroulement de la fiction, tant il est vrai que la littérature irlandaise quoiqu´écrite dans la langue de l´empire, nourrit d´ordinaire des obsessions et réclame des filiations qui n´épousent pas toujours forcément la tradition anglaise et que dans le cas particulier de Beckett (est-ce un hasard si le personnage du roman porte le même prénom ?),on assiste même à un changement de langue, la plupart de ses livres ayant été écrits directement en français, comme chacun le sait. Peu importe. Pour Vila- Matas, cette histoire du saut anglais était un épisode de moindre importance. Il s´agissait surtout de célébrer deux noms représentant, d´après lui-même, l´épiphanie (James Joyce) et l´aphonie (Samuel Beckett) de l´ère Gutenberg. En plus, Vila Matas a prouvé avec ce magnifique roman que l´on peut toujours innover tout en restant fidèle aux principes essentiels qui ont bâti une œuvre. La mélancolie et la solitude des personnages sont toujours à l´ordre du jour dans les fictions de Vila-Matas, mais l´humour et l´ironie n´y sont jamais absents non plus.
Certains parlent souvent de Vila- Matas, comme d´un écrivain d´écrivains, voire même pour écrivains. Dans ce genre d´affirmations, on croit déceler d´ordinaire un ton parfois réprobateur. Mais la suprême ironie, que certains esprits n´ont jamais su saisir, c´est que les écrits de Vila- Matas comptent parmi les plus beaux éloges que l´on puisse faire à la littérature. Comme si tous les esprits étaient convoqués à une célébration permanente de la littérature, où selon la très belle formule du poète portugais Herberto Helder, des portes s´ouvrent sur d´autres portes. Les fictions de Vila- Matas nous invitent elles aussi à la redécouverte d´autres livres et d´autres auteurs.
Il y a en outre un alliage entre l´humour et la mélancolie, que j´avais déjà laissé entrevoir, qui le place, indépendamment des caractéristiques particulières de chaque auteur, dans une lignée d´écrivains où l´on peut retrouver, entre autres, deux auteurs de langue espagnole prématurément disparus : le Chilien Roberto Bolaño et l´Uruguayen Mario Levrero.
Pour en revenir à l´essence de ce nouveau roman, Dublinesca, y aurait-il un autre moyen plus clair et plus succinct de l´expliquer ? La réponse nous a été donnée par Vila-Matas lui-même dans l´interview citée plus haut, accordée au grand critique littéraire Juan Cruz, pour Babelia.
Alors que Juan Cruz lui a demandé de s´imaginer dans un train et d´essayer d´expliquer au passager qui l´accompagne quel est à vrai dire le sujet du roman, Vila- Matas a répondu : «Je lui dirais qu´il met en scène quelqu´un très mal en point qui veut célébrer des funérailles pour le monde et découvre que cela, paradoxalement, c´est ce qui lui permet d´avoir un avenir dans la vie.» Plus «vilamatien» que ça…

Enrique Vila-Matas, Dublinesca, Seix Barral, Barcelone, 2010 (édition française :Dublinesque, Christian Bourgois, Paris, 2010)

Deux pièces de Ionesco

À Lisbonne, deux pièces de théâtre de Eugène Ionesco seront jouées dès cette semaine. À l´Institut Franco-Portugais, du 30 avril au 2 mai, on aura la possibilité d´assister à la pièce Les chaises, mise en scène par Pablo Fernando.

À partir du 1er mai(mais avec une avant-première le 30 avril), au théâtre «A Comuna», on aura la pièce Le roi se meurt, mise en scène par João Mota.

C´est toujours un plaisir de pouvoir assister à des pièces de théâtre d´auteurs aussi importants que le Franco-Roumain Eugène Ionesco.

samedi 24 avril 2010

«La religieuse portugaise»-Eugène Green


À partir du 6 mai, on pourra voir dans les salles de cinéma portugaises le film La religieuse portugaise du cinéaste et écrivain Eugène Green, produit par O Som e Fúria, avec, entre autres, Leonor Baldaque, Ana Moreira, Adrien Michaux,Beatriz Batarda,Diogo Dória et Eugène Green lui-même.Invité à l´avant-première,je fais partie de ceux qui pourront le voir dès mardi prochain,27 avril(22h), à Culturgest, dans le cadre du Festival IndieLisboa.
J´attends impatiemment cette avant-première...