Vous pouvez lire sur l´édition Lisbonne du Petit Journal mon article sur le livre Eliete ou la vie normale de Dulce Maria Cardoso aux éditions Chandeigne:
https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/litterature-portugaise-eliete-ou-la-vie-normale-289582Qui êtes-vous ?
- Fernando Couto e Santos
- Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.
mercredi 7 octobre 2020
mardi 29 septembre 2020
Chronique d´octobre 2020.
L´art subtil de
Bruno Schulz.
Dans une édition, datant de 2004, des œuvres de Bruno Schulz, publiée par
Denoël, le préfacier Serge Fauchereau nous rappelait que dans les toutes
premières années du vingtième siècle l´Europe germano-slave avait connu une
floraison romanesque sans précédent, d´une grande richesse et d´une diversité
sans égale. Le point commun entre tous les écrivains, toujours selon les justes
paroles de Serge Fauchereau, c´est leur arrière-plan, les empires d´Europe
centrale de la Belle Époque et leur lente décadence : «c´est la «Kacanie»
où vit l´homme sans qualités de l´Autrichien Robert Musil, un pays de
«somnambules» pour son compatriote Hermann Broch, une «Kanakie» pour leur
contemporain tchèque Ladislav Klima».
Au début du vingtième siècle, les pays d´Europe centrale sont rassemblés en
deux empires qui confinent à l´empire russe. Au nord-ouest, l´Allemagne des
Hohenzollern, sous l´empereur Guillaume II, et au sud-est, l´Autriche –Hongrie
des Habsbourg, sous un autre empereur, François-Joseph. C´est ce qu´on appelle
la Mitteleuropa, si chère au grand écrivain italien Claudio Magris, né à
Trieste, une des villes les plus emblématiques de cet espace géographique,
aujourd´hui italienne. Si la langue officielle y était naturellement
l´allemand, d´autres langues couraient dans les rues, selon les régions de ce
vaste empire.
C´est sur la marge orientale de l´empire des Habsbourg, dans la petite
ville de Drohobycz où se côtoient des Polonais catholiques, des Ukrainiens
orthodoxes, un petit nombre de fonctionnaires germaniques luthériens ou
catholiques et une très importante communauté juive à laquelle appartient sa
famille qu´est né, en 1892, Bruno Schulz, que l´on peut considérer comme un des
écrivains les plus novateurs des lettres polonaises du vingtième siècle.
Bruno Schulz a toujours mené une vie assez modeste de professeur de dessin
(il fut également un remarquable dessinateur graphique) et son premier livre Les
boutiques de cannelle, prêt dès 1931, n´a trouvé d´éditeur qu´en 1933
grâce aux beaux soins de Zofia Nalkowska, un écrivain à la mode dans les années
trente. Le livre a été salué par des noms importants de la gent littéraire
polonaise ce qui lui a permis d´entamer une correspondance régulière avec des
critiques et des écrivains comme Gombrowicz dont il est devenu l´ami. Dans ses
Souvenirs de Pologne, Gombrowicz évoque leur amitié et la personnalité de Bruno
Schulz, un artiste à la plume créatrice et immaculée, qu´il tenait pour le plus
européen et le plus digne de siéger dans le cercle de la plus haute
aristocratie intellectuelle : «Chose étrange- il m´est impossible de me
rappeler comment j´ai fait la connaissance de Bruno Schulz (…) Je garde en
revanche une image très précise de lui, tel que je le vis pour la première
fois : un tout petit bonhomme. Tout petit et apeuré, parlant très bas,
effacé, tranquille et doux, mais avec de la cruauté, de la sévérité cachée au
fond de ses yeux presque enfantins (...) Cependant, cette sévérité presque
douloureuse dont on ressentait la présence non pas tant en lui qu´autour de lui
–comme si elle guettait dans un coin -, me contraignait à prendre très au
sérieux son opinion sur mon écriture. Et je pus bientôt me convaincre que ce
n´étaient pas des lieux communs –personne ne m´a témoigné autant d´amitié
généreuse et ne m´a soutenu avec autant de ferveur».
L´œuvre de Schulz est composée de deux recueils de nouvelles (outre Les
boutiques de cannelle, Le sanatorium au croque-mort), de nombreux
essais critiques et d´une abondante correspondance.
Les nouvelles de Schulz sont imprégnées d´une atmosphère rare où la
transfiguration du réel-une caractéristique qui le rapproche un peu de
Felisberto Hernández, de Max Blecher, voire du poète portugais Cesário Verde-,
teintée parfois d´un subtil érotisme et d´une douce étrangeté, se mêle à une
puissante évocation de l´enfance. Dans la préface citée plus haut, Serge
Fauchereau rappelle, d´ailleurs, des propos que l´auteur a tenus, un jour, à un
critique littéraire, concernant l´importance de l´enfance : « Il me semble
que le type d´art qui me tient à cœur est justement une régression, une espèce
de retour à l´enfance (...). Mon idéal est d´être assez mûr pour retrouver
l´enfance. C´est en cela qu´à mon avis consiste la vraie maturité».
Pour en revenir à Gombrowicz, celui-ci tout en admirant l´œuvre de
Schulz-«aux phrases lourdes et somptueuses, se déployant lentement comme la
queue éblouissante d´un paon, un inépuisable créateur de métaphores, un poète
extrêmement sensible à la forme, à la nuance, déroulant comme un chant sa prose
ironiquement baroque»-y dénichait quand même deux défauts. D´abord, le fait
qu´il fût trop poète et uniquement poète
(en écrivant ces lignes, il nous vient à l´esprit l´essai de Gombrowicz Contre
les poètes), à telle enseigne que sa prose donnait l´impression d´une erreur
d´aiguillage. Puis, que, mis à part son talent pour les métaphores, il était
impuissant, à l´instar de tous les autres poètes polonais : «il était
incapable de venir à bout du monde, de l´assimiler, il s´était façonné une
forme, abyssale mais assez étroite, et il ne savait pas écrire autrement ni
sortir de sa problématique assez limitée». Gombrowicz ajoutait que Schulz
suivait les traces de Kafka et que, malgré son inventivité, son univers avait
été fécondé également par la vision de son aîné. Aussi pensait-il que l´œuvre
de Schulz aurait du mal à s´imposer, bien qu´elle fût admirée par plus d´un
lecteur éminent en France et en Angleterre. Il est vrai que Gombrowicz, aussi
génial fût-il, avait une vision très particulière de la littérature …Prenons, à
titre d´exemple, le rapprochement que fait Gombrowicz entre Bruno Schulz et
Franz Kafka. En quoi Gombrowicz s´appuyait-il pour dresser une comparaison
entre les deux, en dépit de l´admiration que Schulz vouait à son aîné ? Le
traducteur et essayiste belge Alain von Crugten, dans son essai «Pourquoi
retraduire Bruno Schulz» où il met en exergue les difficultés de traduire
l´auteur polonais et le besoin impérieux de le retraduire, rappelle les
différences entre Schulz et Kafka : «Bruno Schulz est l’un de ces écrivains dont l’originalité rend impossible
toute classification dans un genre ou un style donnés, c’est pourquoi les
critiques se sont successivement ou simultanément efforcés de l’assimiler à
l’expressionnisme ou au surréalisme, en soulignant les points communs avec
Kafka et avec la psychanalyse. On a évidemment comparé Schulz à Kafka (qu’il
admirait) en raison des origines juives, de certaines ressemblances dans la situation
familiale (le rapport au père), de l’influence supposée ou, en tout cas,
indirecte de la tradition religieuse juive, etc. Cependant, s’il est un
écrivain éloigné du style concis et objectif de Kafka, c’est bien Schulz, à
l’écriture tellement foisonnante qu’elle déborde parfois le lecteur».
Néanmoins, il est une caractéristique des écrits de Bruno Schulz qui n´a
pas échappé à Gombrowicz- qui en fait
mention dans son Journal - mais à laquelle n´ont pas été particulièrement
sensibles nombre de critiques français de l´œuvre schulzienne alors que les
exégètes polonais s´y sont penchés : l´ironie. Dans son essai «Témoignage
ambigu de la modernité : Bruno Schulz
et ses stratégies autoironiques», Marek Tomaszewski, de l´Université
Charles de Gaulle Lille-III, réfléchit sur cette caractéristique très
particulière de l´œuvre de l´écrivain polonais. Marek Tomaszewski nous rappelle
que dans une lettre adressée à Stanislaw Witkiewicz, écrivain connu justement
pour l´ironie de ses écrits et auteur du magnifique roman L´inassouvissement, Bruno Schulz insistait sur son penchant vers
le persiflage, la bouffonnerie et l´auto-ironie, caractéristiques qu´il croyait
partager avec son confrère. Or, chez Schulz, ce terme ne surgit pas de façon
autonome, mais plutôt comme synonyme d´autres catégories esthétiques, comme le
signalent les auteurs du Dictionnaire Schulzien, publié en 2006 en Pologne et
organisé par Włodzimierz Bolecki, Jerzy Jarzębski, Stanisław Rosiek. D´après
ces auteurs, cités par Marek Tomaszewski, le mot ironie dans le vocabulaire de
Schulz se rapproche sur le plan sémantique de notions telles que l´illusion,
l´apparence trompeuse, la comédie, l´auto parodie ou la mystification. Toujours selon Marek
Tomaszewski, chez Schulz, «l’ironie lance ponctuellement ses feux d’artifice
dans la direction du lecteur sans qu’elle mette en mouvement une quelconque rhétorique.
Notons que l’ironie schulzienne n’est point l’instrument de la malice et encore
moins celui de l’arrogance (satirique ou pamphlétaire). Elle ne met pas non
plus à son actif sarcasme ni cynisme. La tournure auto-ironique est surtout
celle qui permet à l’auteur de s’interroger au plus profond de son être». Plus
loin, il écrit : «Pour Schulz, l’ironie s’éloigne d’un simple détour rhétorique
pour devenir un mode de conscience, une réponse donnée au monde sans unité et
cohésion, ce monde qui consigne à tout bout de champ la défaite de l’Esprit
face à la matière effrénée et polymorphe». Quant à la question abondamment
discutée de la dimension mythique de la réalité, Marek Tomaszewski
relève : «Si Schulz met ironiquement à l’épreuve la dimension mythique de
la réalité, c’est surtout pour établir avec le lecteur un pacte d’ambiguïté qui
consiste à conférer à son texte une valeur polysémique. Dans son univers
romanesque, rien n’est définitif, nous pourrions même dire que tout y est équivoque.
Mauvais élève de la stabilité, il s’arrange pour que ces récits suscitent de
multiples interprétations sans en privilégier aucune. Notons que sa préférence
pour la camelote et la pacotille est, elle aussi, emblématique de la modernité
ironique, car elle renverse les habitudes du regard, du goût et des catégories
esthétiques en vigueur. Les métamorphoses du père transformé en cafard, en
scorpion, en écrevisse ou en mouche relèvent toujours du même concept artistique,
celui de marquer une rupture avec la perception logique des événements. Les
oiseaux génétiquement modifiés dégénèrent en fantastique, le gros chien-loup du
sanatorium exhibe sa face humaine. Le personnage schulzien, tel Protée ne cesse
de se métamorphoser pour se refuser à répondre de sa véritable consistance».
Bruno Schulz, ce créateur secret à l´art d´un raffinement et d´une
subtilité comme on en voit rarement, a connu une fin tragique : il a été abattu,
en 1942, d´une balle dans la nuque par le SS Karl Güntker dans une rue du
ghetto de Dobrobycz, sa ville natale occupée par les Allemands. Il nous a
pourtant laissé une œuvre originale qui reste à découvrir.
lundi 14 septembre 2020
Centenaire de la naissance de Mario Benedetti.
On signale aujourd-hui le centenaire de la naissance de l´Uruguayen Mario Benedetti. Né à Paso de los Toros le et mort le à Montevideo, il était un écrivain éclectique : poète, mais aussi nouvelliste, essayiste, romancier et dramaturge. Il était considéré comme l'un des écrivains les plus importants en langue espagnole par la critique littéraire et aussi l'un des écrivains latino-américains les plus universels du xxe siècle.
samedi 29 août 2020
Chronique de septembre 2020.
Le fou chantant ou une certaine idée de la France.
Quand on écoute la chanson «Douce France» de Charles Trenet, on se rend
peut-être compte que cette France-là n´existe plus. Ce pays de son enfance,
bercé de tendre insouciance, avec ses villages aux clochers et aux maisons
sages, est un doux souvenir dans la mémoire de ceux qui ont vu l´image de cette
vieille et ancienne France s´estomper. Il y a déjà longtemps que l´on a
commencé à dire adieu à cette France qui partait, une France que Jean-Marie
Rouart évoquait en 2003 dans son essai aux accents nostalgiques intitulé Adieu
à la France qui s´en va. Une France dont la langue pour d´aucuns semble
s´abâtardir. Une langue qui nous fait penser au titre d´un livre de Guy
Dupré : Comme un adieu dans une langue oubliée. De certains écrivains on
pourrait dire que leur patrie est la nostalgie, celle de son enfance, celle
d´une France où l´on s´interrogeait sur ce qu´il restait de nos amours, ou
celle où l´on pourrait pleurer la pauvre Julie, personnage d´une belle chanson
de Trenet, «Chante le vent», plutôt méconnue. C´est que l´âme des poètes court encore
dans les rues longtemps après qu´ils ont disparu. Pourtant, la nostalgie
dissimule souvent que la tristesse, la souffrance, les émotions sont refoulées
par les fausses apparences et ce que la société hypocritement ne considère pas
séant d´être étalé au grand jour…
J´ai une tendresse particulière pour les chansons de Charles Trenet et ce
pour une raison familiale. C´est que mon père, Couto e Santos, un Portugais
francophone et francophile, journaliste sportif très réputé, correspondant au
Portugal de L´Équipe et de France Football (une fonction que j´ai moi aussi
exercée pendant quelques années), décédé en 1980 à l´âge de 55 ans dans un
tragique accident de voiture, avait été dans sa jeunesse chanteur amateur, ayant
chanté dans une radio populaire portugaise aujourd´hui disparue (Radio Graça)
des succès de Charles Trenet. Je garde encore précieusement chez moi les
disques que mon père a enregistrés en vinyle, 78 tours. Charles Trenet et mon père se sont même
rencontrés, au moins une fois, en 1947 lors d´un déplacement du fou chantant à
Lisbonne. Mon père l´a alors interviewé pour un petit journal qu´il dirigeait
intitulé L´Espoir, le journal bilingue des étudiants de l´École Française de
Lisbonne. L´ironie de l´histoire c´est que mon père était un sacré coureur de
jupons et s´en vantait sans le moindre problème alors que Charles Trenet ne
pouvait afficher librement ses penchants amoureux puisque dans cette France qui
n´existe plus, cette France que l´on évoque souvent avec une énorme nostalgie,
l´homosexualité était – comme un peu partout, d´ailleurs- vertement punie.
Charles Trenet interviewé par mon père en 1947, à Lisbonne.
Il est question de Charles Trenet(1913-2001), un des plus grands génies de
la chanson française- et mondiale, il faut le dire- du vingtième siècle,
admirable poète qui a failli entrer à l´Académie Française, auteur de succès
mémorables comme «La Mer», «Je chante», «Y`a d`la joie» et tant d´autres, puisque
aujourd´hui encore, dix-neuf ans après sa mort, il y a des voix pour rappeler
son orientation sexuelle comme s´il s´agissait d´un malheur, il y a des gens
qui insinuent sordidement que le fou chantant était surtout un pédophile.
Heureusement, pour racheter en quelque sorte sa mémoire, l´écrivain Olivier
Charneux a récemment publié aux éditions Séguier un brillant récit intitulé Le
prix de la joie, sur l´affaire Trenet en été 1963.
Olivier Charneux, écrivain, dramaturge et metteur en scène français, né le 25 mai 1963 à Charleville-Mézières(Ardennes), est l´auteur de romans parus chez Stock, chez Grasset et aux éditions du Seuil. Les guérir, son dernier livre avant Le prix de la joie, fut publié en 2016 aux éditions Robert Laffont.
Au préambule de ce livre, Olivier Charneux évoque ses souvenirs de 1971
alors qu´il n´avait que huit ans. À la fin d´un repas dominical, sa famille
s´est mise à vilipender Charles Trenet qui venait d´apparaître à l´écran. Son
grand-père a été particulièrement dur à l´égard du fou chantant : «Charles
Trenet ! Les tapettes comme lui, faut les zigouiller !»
Cette scène lui est revenue en mémoire lorsque des décennies plus tard, en
regardant un documentaire à l´occasion de l´anniversaire de la disparition du
chanteur, il a appris que Charles Trenet avait été incarcéré vingt-huit jours
durant, entre juillet et août 1963(justement l´année où Olivier Charneux est
né), à la maison d´arrêt d´Aix-en-Provence, pour avoir eu «des relations sexuelles
avec des jeunes de son sexe âgés de moins de vingt et un ans». À l´époque, la
majorité n´était pas à 18 ans, comme aujourd´hui, mais bien à 21 ans. De son
propre aveu, Olivier Charneux n´aime pas que les hommes sortent de la mémoire
et il n´aime pas non plus que la mémoire sorte des hommes. Aussi a-t-il mené
l´enquête et s´est-il mis à écrire –avec brio- le journal fictionnel de Charles
Trenet en prison.
Tout a commencé le 12 juillet. Charles Trenet déjeunait à la terrasse du
restaurant Cintra où il avait ses habitudes lorsque soudainement une
altercation a éclaté. Le fou chantant était victime d´un maître-chanteur,
Richard, son employé, un jeune de moins de vingt et un ans qu´il avait
accueilli chez lui avec le consentement de sa famille. Puisque Charles Trenet
n´a pas satisfait ses caprices, Richard l´a menacé : «Si tu ne me files
pas illico 150.000 balles, je te dénonce à la police». Charles Trenet lui a
tendu un billet de 1000 francs comme on jette l´aumône à un pauvre pour s´en
débarrasser. Richard a déchiré le billet de banque avec rage devant tous les
clients. Plus tard, avec la complicité de deux autres jeunes, Hans et Hervé,
qui fréquentaient eux aussi la maison de Charles Trenet, il a bel et bien
dénoncé le fou chantant qui fut arrêté et jeté en prison.
La décision du juge ne laissait pas l´ombre d´un doute : «Monsieur
Trenet, je vous inculpe pour actes impudiques et contre nature sur la personne
de Richard B., mineur de moins de vingt et un ans. Je délivre un mandat d´arrêt
à effet immédiat contre vous». Il était
victime d´une loi héritée du gouvernement facho et collabo de Vichy qui
considérait qu´une personne homosexuelle ne saurait être capable d´un
consentement éclairé avant vingt et un ans.
Une certaine presse en a fait ses choux gras, faisant un malhonnête amalgame entre pédophilie et pédérastie, insinuant que Charles Trenet organiserait des parties fines, des «ballets bleus». Malheureusement, il s´est retrouvé seul. Quelques très rares voix du showbiz l´ont soutenu. La plupart lui ont tourné le dos. Les contacts avec le monde extérieur se résumaient aux rares visites qu´on lui rendait, surtout celles de sa mère, d´Émile Hebey, son imprésario et de Maître Max Juvénal, son avocat.
Dans la solitude de sa prison, il se livrait à une inévitable
introspection : «Assis sur le rebord du lit dans ma cellule, regardant
comme un adolescent mes pieds qui se balancent dans le vide, je m´interroge.
Tout se mélange dans ma tête. J´ai beau avoir cinquante ans, de l´argent, des
succès, des droits d´auteur, des propriétés, un répertoire enviable, je suis
soudainement dépossédé de mes certitudes. Qu´ai-je fait de ma vie ?».
En prison, malgré tout, Charles Trenet a fait preuve encore de son
tempérament insoumis. Certes, il était en butte aux quolibets des autres
prisonniers, mais des gens le respectaient comme quelques gardiens et ses
compagnons de cellule, Henri et André. La prison fut l´occasion pour lui de
plonger dans ses souvenirs : son enfance, sa jeunesse, sa carrière, les
insinuations d´une supposée origine juive pendant l´Occupation (Trenet comme
anagramme de Netter), puis à la Libération les accusations de
collaborationnisme, enfin les ennuis précédents avec la justice, surtout lors
de son séjour aux États-Unis.
Libéré au mois d´août, il fut condamné à un an de prison avec sursis et
10.000 francs d´amende en janvier 1964. Quelques mois plus tard, en juin, la
condamnation était réduite à une amende de 5.000 francs et aucune peine de
prison n´était prononcée.
Jacques Brel a affirmé un jour : «Sans Charles Trenet, nous serions
tous devenus des experts -comptables». Néanmoins, le fou chantant a dû faire
une traversée du désert. Rejeté par le métier, délaissé par les maisons de
disques, boudé par le public, il a décidé de faire ses adieux en 1979. En 1981,
sous Mitterrand, il fut véritablement réhabilité. Le garde des Sceaux, Robert
Badinter, a fait voter une loi d´amnistie concernant les personnes condamnées
pour des actes contre nature envers des mineurs du même sexe.
Le moins que l´on puisse dire sur Le prix de joie c´est qu´il s´agit d´une
vraie réussite. Olivier Charneux a su brosser un portrait émouvant de Charles
Trenet qui nous enivre par sa simplicité. Sa reconstitution à la première
personne, sous forme de récit, d´un épisode très particulier de la vie du fou
chantant est si authentique qu´on oublie parfois qu´on n´est pas devant une
fiction, tellement on a l´impression de lire vraiment un témoignage livré par
Charles Trenet lui-même.
La postérité ne gardera aucun souvenir de ceux qui ont voulu rayer le fou
chantant de l´histoire de la musique française. Par contre, les chansons de
Charles Trenet, presque vingt ans après sa mort, courent encore dans les rues…
Olivier Charneux, Le prix de la joie, éditions Séguier, Paris, avril 2020.
samedi 22 août 2020
Le centenaire de la naissance de Ray Bradbury.
Aujourd´hui, on signale le centenaire de la naissance de Raymond Douglas Bradbury, dit Ray Bradbury. Né donc le Chroniques martiennes, écrites en 1950, L´homme illustré, recueil de nouvelles publié en 1951, et surtout Fahrenheit 451, roman dystopique publié en 1953.Ray Bradbury est mort le 5 juin 2012, à Los Angeles, en Californie, à l´âge de 91 ans.
dimanche 16 août 2020
Centenaire de la naissance de Charles Bukowski.
On signale aujourd´hui le centenaire de la naissance de Charles Bukowski. Né le 16 août à Andernach en Allemagne et mort le 9 mars 1994 à Los Angeles aux États-Unis, il était un écrivain américain d´origine allemande, auteur de romans, de nouvelles et de poésie. Il était connu sous ses pseudonymes divers : Hank, Buk, Henry Chinaski, ce dernier étant celui de son alter ego dans ses nombreux romans autobiographiques. Il était l'auteur, en prose comme en vers, d'une œuvre considérable.
Je vous laisse ici la vidéo de la célèbre émission d´Apostrophes de Bernard Pivot où Charles Bukowski fut interviewé et où il était ivre et aussi une autre vidéo sur l´œuvre de l´auteur.
https://www.youtube.com/watch?v=GVjqczI_-aw
https://www.youtube.com/watch?v=r_FmMqMu_9k
lundi 3 août 2020
La mort de Gilles Lapouge.
Il a participé à l'émission de Bernard Pivot Ouvrez les guillemets, à France Culture et il a fait partie du comité de rédaction de La quinzaine Littéraire. Il a reçu le prix Pierre-Ier de Monaco pour l'ensemble de son œuvre. Il a participé régulièrement à Saint-Malo au festival Étonnants Voyageurs.
Je lui ai consacré la chronique d août 2017 que vous pouvez retrouver dans les archives de ce blog.









