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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

samedi 29 juin 2019

Chronique de juillet 2019.


Arturo Barea, portrait et mémoire d´un écrivain.

Quand une guerre s´achève, une guerre où la vie des gens s´est tristement déclinée au rythme des atrocités, de l´accablement et de l´odeur de mort, l´espoir nous vient on le sait-et on l´a écrit ici à maintes reprises- de la mémoire. Les ouvrages –quel qu´en soit le genre- témoignent on ne peut plus de ce devoir de mémoire. Ces ouvrages, mis parfois sous le boisseau ou tombés dans l´oubli, sont heureusement redécouverts et étalent au grand jour non seulement le talent d´un écrivain, mais souvent aussi l´exemple civique d´un homme.
En Espagne, après la guerre civile (1936-1939) qui a ravagé le pays, divisé les familles et ouvert des plaies qui ne se sont pas encore tout à fait refermées, nombre d´écrivains en exil ont préservé avec leur plume la mémoire du conflit fratricide. Si des auteurs comme Max Aub ou Ramon J.Sender n´ont pas eu du mal à faire connaître leurs œuvres en exil, d´autres n´ont pas toujours eu la même chance, quoiqu´ils fussent parvenus à un moment donné à se faire entendre avant de sombrer dans l´oubli pendant quelques décennies. Dans ce cadre, on peut citer les noms de Manuel Chaves Nogales-que j´ai évoqué ici en décembre 2011- et d´Arturo Barea.
Arturo Barea est né à Badajoz dans la région d´Extremadura, près de la frontière portugaise, le 20 septembre 1897. Néanmoins, de son enfance dans la ville où il a vu le jour il n´a sûrement gardé aucun souvenir puisque, deux mois à peine après sa naissance, à la suite de la mort prématurée (à l´âge de 34 ans) de son père, membre du service de recrutement de l´Armée, la famille a déménagé à Madrid. La vie dans la capitale espagnole ne fut pas une partie de plaisir. Sa mère a dû travailler comme servante et blanchisseuse dans le quartier de Lavapiès -Avapiès, à l´époque-où la famille s´était d´ailleurs établie, mais contrairement à ses trois frères, Arturo Barea fut élevé par un oncle et une tante qui jouissaient d´une situation financière plutôt aisée et qui l´ont envoyé dans un collège religieux (Les écoles pieuses de San Fernando). Il avait dès l´enfance des idées bien arrêtées quant à son avenir. Il voulait décrocher plus tard un diplôme d´ingénieur, mais la mort de son oncle, alors que le petit Arturo n´avait que 11 ans, l´a contraint à abandonner ses études et à devenir apprenti dans une boutique. Jusqu´à l´âge de 30 ans, outre le passage par l´Armée dans les années vingt, il a exercé les métiers les plus divers : employé de banque, agent de brevets, représentant commercial en Espagne et en France d´un vendeur allemand de diamants, propriétaire d´une usine de jouets et directeur technique d´une grande entreprise.
Après l´avènement de la Seconde République espagnole en avril 1931, Arturo Barea s´est engagé dans le mouvement syndical à travers l´UGT (Union Générale des Travailleurs) et en 1936, après que la guerre civile eut éclaté, il a travaillé pour les républicains dans des missions de propagande. Ce travail, mené pour la plupart à partir de l´édifice de la Telefonica, dans la Gran Via, à Madrid, lui a permis de côtoyer des figures importantes des milieux journalistiques et littéraires espagnols voire internationaux comme Ernest Hemingway et John Dos Passos.  En 1937, ses émissions radiophoniques ont atteint un certain succès, des émissions où il se présentait comme «La voix inconnue d´Espagne». C´est en ce moment –là qu´il a connu une socialiste polyglotte autrichienne, Ilsa Kulcsar, qui est devenue sa deuxième épouse en 1938*. C´est elle d´ailleurs qui, flairant son talent, l´a incité en quelque sorte à développer sa vocation littéraire. Aussi son premier livre, rassemblant quelques contes, eut-il paru en 1938 sous le titre Valor y Miedo (Valeur et Peur), publié par les éditions Antifascistes de Catalogne. Ce livre aurait été le dernier à voir le jour à Barcelone avant l´entrée des troupes nationales en 1939.
Le 22 février 1938, Arturo Barea et Ilsa Kulcsar ont quitté l´Espagne. D´abord, ils ont passé une année environ à Paris, un court séjour marqué, il faut le dire, par la misère. Ils ont vécu dans l´Hôtel Delambre, dans le quartier de Montparnasse, qu´ils ont rebaptisé comme Hôtel Delhambre (calembour avec le mot «hambre», faim, en espagnol). En 1939, le couple a atteint l´Angleterre où il s´est installé à Faringdon.
C´est en Angleterre qu´il a pu se consacrer en toute tranquillité- malgré la tristesse de vivre en exil et donc loin de son pays tombé sous la férule du généralissime Francisco Franco-au journalisme et à la littérature. Sous le pseudonyme de Juan de Castilla, il a travaillé pour le service d´Amérique Latine de la  BBC en faisant plus de neuf cents allocutions. Sa popularité l´a menée en 1956 en Argentine, en Uruguay ou au Chili où il a donné des conférences parrainées par la radio publique anglaise. Quatre ans plus tôt, en 1952, il avait vécu six mois en Pennsylvanie en tant que professeur invité de l´Université locale. Il a beaucoup écrit depuis son arrivée en Angleterre : des essais sur Ernest Hemingway et Federico García Lorca, des contes, un roman intitulé La raíz rota (La racine déchirée), publié en anglais sous le titre The Broken Root et surtout son chef-d´œuvre La forja de un rebelde, une trilogie autobiographique divisée en trois tomes, La Forja(La forge), La Ruta(Le chemin) et La Llama(La flamme). Le premier tome évoque l´enfance et la jeunesse de l´auteur, le deuxième, ses expériences littéraires et son service militaire au Maroc au début des années vingt, et le troisième raconte essentiellement la guerre civile et la période qui l´a précédée.
Comme nous le rappelle Nigel Townson, journaliste, éditeur et historien britannique, professeur à l´Université Complutense de Madrid, cet ouvrage d´Arturo Barea a été une réussite, rendant célèbre son auteur. Il fut publié entre 1941 et 1946 d´abord en traduction anglaise chez Faber et Faber. Le premier tome a connu une réédition dès 1943, le deuxième, paru cette année (traduit par Ilse, l´épouse de l´auteur) aussi, fut réimprimé en 1944 et 1946 et le troisième-qui évoquait la guerre civile-, publié le 22 février 1946, a vendu plus de six mille exemplaires dans les trois premiers mois. Sur ce troisième tome La llama (The Clash, dans la version anglaise), George Orwell a écrit qu´il s´agissait d´un livre exceptionnel et d´un intérêt historique considérable. Dans la même veine s´est exprimé un critique du prestigieux quotidien conservateur britannique The Daily Telegraph qui a considéré que la trilogie d´Arturo Barea était aussi essentielle pour comprendre l´Espagne du vingtième siècle que les romans de Tolstoï pour expliquer la Russie du dix-neuvième siècle. Aux États-Unis, où la trilogie fut publiée en un seul volume chez Reynal & Hitchcock, le succès fut également énorme. Entre 1948 et 1952, la trilogie La Forja de un rebelde fut traduite en une dizaine de langues dont le français, l´allemand et l´italien. En ce laps de temps, grâce à toutes ces traductions, Arturo Barea est devenu le cinquième écrivain espagnol le plus traduit au monde derrière Miguel de Cervantès, José Ortega y Gasset, Federico García Lorca et Vicente Blasco Ibañez et devant Camilo José Cela, San Juan de la Cruz et Miguel de Unamuno.
La première édition en langue espagnole n´a vu le jour qu´en 1951 grâce à l´éditeur Losada de Buenos Aires qui a publié les trois tomes séparément. En plus, cette édition est, en quelque sorte, une retraduction de la version anglaise en raison d´un malencontreux égarement du manuscrit espagnol. En Espagne, sous la dictature franquiste, la trilogie n´a circulé que clandestinement. Le gouvernement espagnol a d´ailleurs tout fait pour discréditer Arturo Barea. En 1951, les autorités culturelles de Madrid se sont plaintes qu´un certain journaliste anglais (Arturo Barea avait acquis la nationalité anglaise en 1948) se faisait passer pour espagnol. Cyniquement, les autorités espagnoles l´ont rebaptisé comme Arturo Beria, par analogie avec le célèbre chef de la police secrète russe Lavrenti Beria qui n´avait, bien entendu, aucun rapport avec Arturo Barea.  Des partisans de Franco ont même distribué des tracts le traitant d´Arturo Beria lors d´une conférence à Montevideo en 1956.    
D´aucuns ont beau mettre en exergue des imperfections stylistiques dans la trilogie, celles-ci, dues parfois à l´égarement du manuscrit et aux problèmes qui en ont découlé, ne sauraient nullement entamer la qualité d´un ouvrage qui constitue un des témoignages littéraires les plus riches sur les quatre premières décennies de la vie espagnole et surtout sur le conflit fratricide qui a déchiré le pays dans les années trente. Gabriel García Márquez a écrit un jour que la trilogie d´Arturo Barea comptait parmi les dix meilleurs livres espagnols publiés après la guerre civile.   
Arturo Barea s´est éteint, victime d´un infarctus, le 24 décembre 1957 et, après la mort de son épouse, Ilse, en 1973 à Vienne, la mémoire de l´auteur en Angleterre s´est  amenuisée. En Espagne, curieusement, une anthologie de ses récits –El centro de la pista- est parue en 1960. Certes, l´écrivain était déjà mort, mais la transition était encore loin. Enfin, après le retour de la démocratie en Espagne, les œuvres d´Arturo Barea, non seulement La Forja de un rebelde, mais aussi tous ses contes-Cuentos Completos- et Palavras Recobradas-Textos inéditos(Mots retrouvés-textes inédits) ont pu enfin paraître chez des éditeurs espagnols. En 1990, La Forja de un rebelde a même fait l´objet d´une adaptation par RTVE, la télévision publique espagnole, et depuis 2017 une place porte le nom de l´auteur dans le quartier de Lavapiès à Madrid. Cette année –là, une exposition fut inaugurée à l´Institut Cervantès à Madrid.  Quoi qu´il en soit, cette nouvelle réalité fut-elle suffisante pour que l´œuvre d´Arturo Barea pût vraiment acquérir ses lettres de noblesse ? Rien n´est moins sûr. Aussi nombre de figures intellectuelles dont l´écrivain Antonio Muñoz Molina ou le journaliste anglais William Chislett se font-ils fort de divulguer, par tous les moyens à leur portée, l´héritage de cet écrivain singulier, trait d´union entre l´Espagne et l´Angleterre. Ce fut grâce à William Chislett qu´une plaque délabrée évoquant Arturo Barea au cimetière d´All Saints Church, à Faringdon, près d´Oxford, a pu être rénovée. Antonio Muñoz Molina, Elvira Lindo, Javier Marías et William Chislett lui-même ont contribué à cette rénovation avec 20 euros chacun.  
À l´étranger, par contre, il y a un long chemin à parcourir. Dans la plupart des langues-dont le français-les livres d´Arturo Barea sont épuisés ou n´ont jamais été traduits. Une lacune qu´il faudrait combler au plus tôt. L´œuvre d´Arturo Barea est assez importante pour être laissée dans un quelconque tiroir aux oubliettes.     
  
*Curieusement, au moment où je préparais cette chronique, j´ai appris que la maison d´édition espagnole Hoja de Lata venait de publier dans sa collection Sensibles a las letras l´ouvrage Telefónica, un roman d´Ilsa Barea-Kulcsar, écrit vers 1939, inspiré par sa vie à Madrid pendant la guerre civile espagnole, une édition de Georg Pichler, traduite de l´allemand par Pilar Mantilla. C´est la première édition de ce roman sous forme de livre, l´ouvrage ayant d´abord été publié en plusieurs chapitres, en 1949, par le journal socialiste autrichien Arbeiter Zeitung.

jeudi 20 juin 2019

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

Vous pouvez lire sur l´édition Lisbonne du Petit Journal mon article sur l´essai Proust, prix Goncourt-une émeute littéraire, de Thierry Laget, chez Gallimard. 

https://lepetitjournal.com/lisbonne/proust-prix-goncourt-une-emeute-litteraire-de-thierry-laget-259972


lundi 3 juin 2019

La mort d´Agustina Bessa Luís.

 Le Portugal est endeuillé en raison de la mort aujourd´hui à Porto, à l´âge de 96 ans, d´un de ses écrivains contemporains les plus titrés: Agustina Bessa Luís.
Née le 15 octobre 1922 à Vila Meã, Amarante, dans le nord du pays, elle s´est singularisée surtout comme romancière. Néanmoins, elle a également écrit des pièces de théâtre, des essais, des biographies, des scénarios et des livres pour enfants. Son oeuvre est riche de plus d´une soixantaine  de titres. Beaucoup de ses romans ont fait l´objet d´adaptations cinématographiques mises en scène par le grand cinéaste Manoel de Oliveira(1908-2015) dont Le principe de l´incertitude, film dans lequel a joué sa petite-fille Leonor Baldaque.
Nombre de ses titres sont disponibles en langue française dont A sibila(La Sibylle), Fanny Owen, O Mosteiro (Le confortable désespoir des femmes), As terras do risco(Les terres du risque),Um cão que sonha(Un chien qui rêve)ou A ronda da noite(La ronde de nuit), publiés surtout chez Metailié. 

jeudi 30 mai 2019

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

Vous pouvez lire sur l´édition Lisbonne du Petit Journal mon article sur le roman Le peintre abandonné de Dominique Fernandez, publié aux éditions Grasset.

 https://lepetitjournal.com/lisbonne/picasso-le-peintre-abandonne-258404

 

mardi 28 mai 2019

Chronique de juin 2019.


Vivre sous l´Occupation.




Pendant l´Occupation de l´Europe par les troupes hitlériennes, les ressortissants des pays occupés n´ont pas tous réagi d´une manière courageuse et héroïque. C´est très réconfortant, voire romantique, de considérer qu´il y avait un résistant à chaque coin de rue, que les nazis étaient quotidiennement victimes d´embuscades tendues par les vaillants peuples opprimés. Certes, nombre d´entre eux ont sacrifié leur vie, ont lutté clandestinement contre les occupants, ont été sauvagement torturés et n´ont pas livré  leurs compagnons à l´ennemi. D´autres ont caché ceux qui étaient pourchassées, fussent-ils des Juifs, des communistes, des socialistes, des catholiques, bref des patriotes de toutes obédiences qui ne supportaient pas de voir leur pays anéanti sous la botte nazie. Quoi qu´il en soit, on n´ignore pas que si beaucoup de gens ont été passifs et n´ont pas rechigné devant les exactions des forces hitlériennes, d´autres sont encore allés plus loin en collaborant honteusement avec l´ennemi, flétrissant leur propre honneur.  
On connaît fort bien ce qui s´est passé en France sous l´égide du régime de Vichy: la rafle de Vel d´Hiv, en étant -entre autres épisodes sanglants et avilissants- une triste  illustration. De même, en ex-Yougoslavie avec les massacres perpétrés par les Oustachis croates à l´encontre des Serbes, des Tziganes ou des Juifs, ou encore en Roumanie avec le carnage des Juifs à Iasi, sans oublier, par exemple, le gouvernement pronazi de Vidkun Quisling en Norvège, tristement soutenu par le grand écrivain Knut Hamsun qui s´était vu décerner en 1920 le Prix Nobel de Littérature.
La Belgique a connu elle aussi son lot de collaborateurs. À l´issue de la seconde guerre mondiale, 80.000 Belges environ ont été jugés coupables de collaboration avec l´ennemi. Dès avant la guerre, Le Rex de León Degrelle et la Ligue Nationale Flamande (en néerlandais Vlaams Nationaal Verbond ou VNV) étaient des partis d´inspiration fasciste qui, pendant l´Occupation, ont collaboré avec l´ennemi.
J´évoque la Belgique puisque les éditions Stock ont publié en début d´année dans son excellente collection La Cosmopolite un très beau roman de l´écrivain belge d´expression néerlandaise Jeroen Olyslaegers intitulé Trouble (Wil dans l´édition originale). Dans la quatrième de couverture on nous donne un tuyau sur le sujet du roman, illustré par la phrase «Anvers 1940». Il s´agit donc d´une intrigue qui se déroule dans la deuxième ville belge –située en zone flamande-, la ville de Rubens et de Van Dyck pendant l´Occupation, la ville qui a connu un pogrom en 1941.
L´auteur, Jeroen Olyslaegers, est né en 1967 à Mortsel dans la province d´Anvers. Il écrit des pièces de théâtre et des romans. Avec Trouble, il a décroché deux importants prix en Belgique, le Fintro-le plus prestigieux des prix littéraires décernés en Belgique- et le Ferdinand Bordewijk.
Le narrateur est le personnage principal Wilfried Wils qui dans sa vieillesse, victime d´une fracture de la hanche, raconte son histoire, en guise de mémoires, à un arrière petit-fils. Si plusieurs choses le tourmentent au crépuscule de sa vie, comme les souvenirs de sa femme Yvette, déjà décédée, ou de sa petite- fille Helde qui s´est suicidée rongée para la came, c´est la période de la seconde guerre mondiale, et donc de l´Occupation, qui est naturellement au cœur de l´intrigue.
Wils est un flic poète –qui a écrit, sous son nom de plume Angelo, un poème intitulé «Confessions d´un comédien»-, tiraillé entre l´amitié avec son camarade de métier Lode (qui deviendra d´ailleurs son beau-frère), un farouche résistant, et Barbiche Teigneuse, son ancien professeur, anti -sémite  et collaborationniste. Le personnage est plein d´ambiguïtés, comme nombre de citoyens à l´époque à Anvers : «Chacun pour soi. Nous pillions à la bouche de l´enfer, nous vivions des temps tragiques et faisions comme si tout était normal» se souvient Wils qui devient « auxiliaire de police » quand l’occupation allemande en Belgique s´est amorcée, en 1940, afin d’échapper au travail obligatoire en Allemagne. Perçu comme un salaud, on ignore parfois de quel côté il penche. D´autres ne se faisaient même pas de souci et vivaient leur vie comme bon leur semblait. Sa tante Emma, sœur de sa mère, en est l´exemple frappant : travaillant comme domestique chez des juifs cossus, elle finit par devenir la maîtresse de Gregor, un officier nazi, elle qui avait déjà fricoté avec un banquier divorcé dans les années vingt sous les yeux bienveillants de ses parents (à la fin, elle nous réserve encore une surprise).
Les juifs étaient, cela va sans dire, une des cibles privilégiées des nazis et par extension des collabos. Outre l´étoile jaune cousue sur leur veste dès juin 1942, ils ont toujours été en proie au pire : l´humiliation, l´ignominie, les rafles et, à la fin, la déportation. La police belge, jouant parfois le rôle de faire-valoir face aux autorités allemandes qui occupaient le pays, agissait selon la conscience de chacun de ses agents. Les rafles sont particulièrement violentes : «Des portes sont enfoncées à coups de pied. Un père et une mère sont traînés au-dehors par des hommes du SD (Service de police militaire). Derrière eux apparaissaient les enfants en pleurs et deux vieux décrépits pouvant à peine marcher(…) Les gens hurlent et pleurent. Les cris des enfants transpercent le vacarme. Certains sont tirés dans la rue par les cheveux. Pendant ce temps-là, nous faisions toujours comme si nous agissions en simples flics. Nous fermons les rues et assurons la surveillance comme lors d´une compétition sportive. L´effet est grotesque (…) Certains se laissent emmener comme des zombies, jouant un rôle passif en pyjama dans leur propre cauchemar(…) Un homme vomit sur sa chaise tandis qu´il est traîné par deux Feldgendarmes. Une femme court derrière une mère et ses deux enfants en larmes avec un manteau supplémentaire. Huée par les Boches, elle reçoit une paire de gifles lorsqu´elle s´oppose en poussant les hauts cris. Comme elle refuse de céder, elle aussi est embarquée avec les juifs dans un camion. Le regard qu´elle nous lance est lourd de signification».  
Rongé par les problèmes de conscience qui taraudaient son esprit, Wils, qui hésitait à prendre part aux rafles et aux lynchages, se sentait impuissant : «Une pensée me traverse l´esprit comme un refrain lancinant : «Si ceci est possible, si tout ceci est possible, si des gens en uniforme peuvent rouer de coups de pied des enfants, assener à des femmes des coups de masse dans le visage, frapper des hommes jusqu´à les estropier, pour les pousser vers un camion de déménagement arborant un nom bien de chez nous, un nom flamand…Si tout cela est possible…Nous qui sommes là en tant que…quoi ? En tant qu´assistants dans un monde à l´envers où le blanc devient noir, lors d´une nuit éclairée comme un jour infernal, en tant qu´infirmiers prêtant main-forte à des médecins qui parlent allemand et qui combattent en uniforme un virus humain à coups de poing, de pied, de menaces et de vociférations, parmi les pleurs, les plaintes, la peur, répandant sang, merde et vomi dans la rue…Si tout cela est possible, tout ne devient –il pas possible ?Tout ne devient-il pas possible ?»
Dans ce roman, écrit dans une langue populaire mais lyrique, souvent drôle -les Belges, contrairement aux Français, ont un sacré talent pour se moquer d´eux-mêmes, tout à leur honneur !-, l´auteur brosse des portraits très impressionnants sur des figures importantes dans l´intrigue comme les personnages déjà cités Lode, le flic résistant qui cache le juif Chaim Lizke dans un sous-sol, Barbiche Teigneuse, le professeur idéologue, ou encore l´avocat Omer Verschueren.
Au moment de la parution de Trouble en Belgique et aux Pays-Bas, le quotidien néerlandais De Volkskrant a écrit que ce roman était la preuve qu´il était encore possible d´ajouter une œuvre majeure à l´écrasante quantité de livres déjà écrits sur la guerre. En effet, ce roman ne se présente pas comme un réquisitoire. Il met en exergue la vie des Belges sous les coups de boutoir de la dure réalité quotidienne pendant l´Occupation où parfois on essayait tout simplement de survivre. Comme partout, il y a eu des collabos, des résistants et les autres qui ont vécu sous des équilibres instables et plongés dans une permanente ambiguïté. À la fin de la guerre, on ne pouvait pas s´encombrer de questions sur la responsabilité de tout un chacun pendant l´Occupation. D´ailleurs, comment quelqu´un-pendant ou après la guerre- peut-il se racheter ? Par l´art ? Par la mort ? Wils ébauche une réponse, mais ces interrogations ne sauraient, à vrai dire, apporter de réponse: «…rien n´est sacré, tout est mouvant et rien n´est jamais vrai. La mort fige la vie d´un artiste, bien carré dans son œuvre désormais intouchable, ses penchants aussitôt légendaires et ce que ses amis disent de lui. La mort épargne la honte, les choix qu´on regrette ou pas. La mort est surtout avide de beauté lorsqu´elle s´abat sur un jeune poète. Celui qui vit trop longtemps a de fortes chances de finir aux yeux de tous comme un has been ou un salaud».   
Dans un entretien accordé en mars à Virginie Bloch-Lainé pour le quotidien français Libération, Jeroen Olyslaegers évoque la genèse de ce roman. Issu d´une famille de petits –bourgeois intellectuels épris d´arts, il a eu un grand-père engagé dans les Waffen –SS qui en parlait sans regrets. Il a fallu plusieurs années pour qu´il reconnaisse finalement, peu avant sa mort, son erreur colossale. Cette histoire familiale est en quelque sorte le point de départ du roman, mais ce qui en a vraiment déclenché l´écriture ce fut une rencontre avec l´historien Herman Van Goethem, de l´Université d´Anvers, qui l´a invité à lire et à commenter avec des étudiants le témoignage d´un policier sur la première rafle en ville, pendant la guerre, le 15 août 1942. Dans ce  témoignage, le policier raconte avoir pénétré dans une maison dont toute la famille juive s´était suicidée. Or, l´auteur s´est rendu compte que la maison était située dans la rue où il habitait. En en parlant avec sa mère, il a appris qu´une de ses tantes était la bonne de cette famille juive et après la tragédie elle y a habité avec son amant, un officier SS…
Paru en janvier, Trouble est assurément un des meilleurs romans publiés en France dans  la rentrée d´hiver  2019 et Jeroen Olyslaegers décidément un écrivain à suivre.

 Jeroen Olyslaegers, Trouble, traduit du néerlandais (Belgique) par Françoise Antoine, éditions Stock, Paris, janvier 2019.

La mort de François Weyergans.

 
L´écrivain franco-belge François Weyergans est mort hier, à Paris, à l´âge de 77 ans. 
Né le 2 août 1941 à Etterbeck(Belgique), il était fils de Franz Weyergans, écrivain lui aussi, qu´il a évoqué dans son beau roman Franz et François, paru chez Grasset en 1997.
Critique aux Cahiers du cinéma, François Weergans a fait ses débuts littéraires en 1968 avec le roman Salomé. En 1992, il a reçu le prix Renaudot pour La démence du boxeur et en 1997 le Goncourt pour Trois jours chez ma mère, tous les deux publiés chez Grasset.
Il était membre de l´Académie Française depuis 2009.

dimanche 28 avril 2019

Chronique de mai 2019.


Louis Guilloux: l´Homme au cœur de l´œuvre.


Si le vingtième siècle fut celui des totalitarismes, de la condition inhumaine et de la violence au nom des idéologies, il n´en fut pas moins- et pour cause- un siècle où nombre d´écrivains ont mis l´Homme au cœur de leur œuvre. Si Albert Camus a développé un humanisme fondé sur la prise de conscience de l´absurde de la condition humaine- une prise de conscience doublée d´une réflexion sur la révolte comme réponse à l´absurde-, un autre écrivain français-qui a d´ailleurs beaucoup fréquenté Albert Camus- s´est interrogé le long de son œuvre sur une humanité en guerre perpétuelle où la barbarie peut surgir en chaque individu. Cet écrivain n´est autre que Louis Guilloux.
Né le 15 janvier 1899 à Saint-Brieuc, en Bretagne, Louis Guilloux était fils d´un cordonnier et militant socialiste. Ses racines ouvrières, il ne les a jamais reniées. Aussi est-il resté toute sa vie durant profondément attaché à sa ville natale, dans laquelle il a situé l´action d´un nombre important des romans qu´il a écrits, parmi lesquels La maison du peuple, inspiré par le milieu populaire dont il était issu. Il a découvert très jeune l´œuvre de Romain Rolland- Prix Nobel de Littérature en 1915, un des écrivains les plus prestigieux de l´époque- et celle de Jules Vallès dont il partageait la révolte.  Enfin, au lycée, il s´est lié d´amitié avec le professeur de philosophie Georges Palante qui lui a servi plus tard de modèle pour le personnage Cripure, pathétique héros-moqué par ses élèves- de son chef d´œuvre Le Sang Noir(1935), roman qui dénonce la situation tragique d´une jeunesse sacrifiée par la Grande Guerre (1914-1918), un roman qui a raté de peu le Goncourt et qui fut, sans aucun doute, un des tout premiers romans français des années trente, aux côtés de La condition humaine et L´Espoir de Malraux, de Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit de Céline, ou de La peur de Gabriel Chevallier. 
En quelques années, Louis Guilloux est devenu en France un des écrivains les plus respectés. Il a fréquenté Jean Guéhenno, Jean Grenier, Jean Paulhan, André Malraux, André Chamson, Max Jacob et aussi André Gide qui l´a invité à faire partie du célèbre voyage d´intellectuels français en Union Soviétique d´où l´auteur des Caves du Vatican, des Faux Monnayeurs, de L´Immoraliste ou de Paludes a ramené un livre-document, Retour de l´Urss, où il a spectaculairement rompu avec la patrie du communisme. Ce voyage a intégré, outre Gide et Guilloux, Jeff Last, Jacques Schiffrin, Pierre Herbart et Eugène Dabit qui est mort à Sébastopol pendant ce séjour  en Urss, peut-être d´une scarlatine ou d´un typhus que l´on n´a pas su diagnostiquer. Contrairement à André Gide ou à Pierre Herbart (En Urss), Louis Guilloux n´a pas voulu immortaliser ses impressions du voyage au pays des Soviets.
Auteur d´une œuvre considérable, récompensée par de nombreux prix littéraires parmi les plus prestigieux-Le Renaudot pour Jeu de Patience en 1949, Grand Prix National des Lettres et Prix Bretagne pour l´ensemble de son œuvre-, Louis Guilloux est mort le 14 octobre 1980 à Saint-Brieuc, la ville où il était né.
Presque quarante ans après son décès et vingt ans après la parution de deux œuvres posthumes-Le roman Labyrinthe et le recueil de nouvelles Vingt ans, ma belle âge-les éditions Gallimard viennent de publier un inédit de Louis Guilloux, un court roman intitulé L´Indésirable.
Ce roman de jeunesse que Louis Guilloux a écrit à vingt-quatre ans préfigure déjà les grands thèmes de son œuvre future. Comme le souligne à juste titre Olivier Macaux dans sa belle postface : «Dans la continuité de Stendhal et de Balzac et, plus encore de Dostoïevski, il dépeint les démons d´une société bourgeoise parvenue à son apogée, des démons qui s´agitent aux confins du tragique, du grotesque et de la cruauté. La sombre profondeur de l´univers de Guilloux est déjà présente à travers ces pages écrites au cœur des années vingt, de ces Années folles qui incitaient pourtant à l´oubli. Mais Guilloux n´oublie pas : écrire, c´est, d´une certaine façon, demander réparation. L´Indésirable porte témoignage de cette exigence et signe la naissance d´un écrivain».
Louis Guilloux, qui a vu le jour en 1899, appartient pratiquement à la même génération sacrifiée que Louis Ferdinand Céline ou Jean Giono, nés en 1894 et 1895 respectivement, une génération marquée par l´expérience d´une fracture majeure de l´histoire, la Grande Guerre de 14-18. Si Louis Guilloux n´a pas été directement sur le front, il n´en a pas moins vécu cette réalité à l´arrière, où, adolescent, il a pu assister à la mise en œuvre d´une société entièrement vouée à la destruction, comme nous le rappelle encore Olivier Macaux.
La première guerre mondiale a longtemps et largement laissé son empreinte dans les esprits en ouvrant des plaies qui ont eu du mal à se refermer. Aussi est-elle au cœur de l´œuvre de nombre d´écrivains français et étrangers après le conflit, comme Céline, Maurice Genevoix, Jean Bernier, Gabriel Chevallier, Ernst Jünger ou Erich-Maria Remarque, parmi tant d´autres. Chez Louis Guilloux, la guerre est présente mais sous une autre perspective : celle de la guerre comme une valeur négative, constitutive et permanente de l´humanité. Encore une fois, Olivier Macaux nous éclaire dans sa brillante lecture de l´œuvre de Guilloux : «La guerre n´instaure pas une inversion des valeurs qui révélerait une folie passagère du monde. Elle dévoile au contraire cette vérité profonde, étouffée en temps de paix, que les pulsions meurtrières sont le socle de l´organisation sociale. Au moment où les combats font rage sur le front, une guerre larvée se poursuit à l´arrière, menant à l´écrasement des individus. Une guerre qui se poursuit bien au-delà de la fin officielle des hostilités».
L´action du roman L´Indésirable se déroule en 1917, au moment où la guerre semble s´éterniser dans la boue des tranchées. À deux kilomètres de la ville française de Belzec, les autorités ont établi un camp de concentration où sont parqués les étrangers indésirables (des Allemands, des Tchèques, deux peintres viennois, un Espagnol, un étudiant bulgare arrêté au moment de passer la frontière). Les badauds belzéciens se déplaçaient en famille, le dimanche, au camp pour voir les prisonniers comme on regarde un spectacle, étalant de la sorte au grand jour le cynisme et l´abjection des gens : «Ils se massaient sur la route, et demeuraient là des heures. Quelques-uns apportaient, dans des paniers, à boire et à manger. Ils se montraient surpris de la vie facile en apparence des prisonniers, de la bonne santé des uns, scandalisés de la bonne humeur des autres, qui ne se gênaient pas pour rire, si l´envie leur en venait. On leur en voulait surtout de ne pas travailler, d´échapper à leur guerre, de vivre tranquilles, à l´abri. Et les Belzéciens se  sentaient comme frustrés de quelque chose, empêchés d´exercer un droit. En effet, ils étaient frustrés de la douleur, de la souffrance de ces hommes». 
Néanmoins, si chacun de ces prisonniers pourrait jouer le rôle d´indésirable, le vrai indésirable est celui qui n´entre pas dans le cadre. L´indésirable est tout d´abord M. Lanzer. Il est professeur d´allemand et sert d´interprète dans le camp. Par sa tolérance, il s´attire la sympathie des prisonniers. Ce n´est pourtant pas cette caractéristique qui le met sur la sellette auprès des habitants mesquins, hypocrite et provinciaux de la ville de Belzec. Ce qui le rend indésirable découle d´une rumeur orchestrée par un collègue, M. Badoiseau.
Les deux hommes-Lanzer et Badoiseau-ont pourtant été très proches. Ils avaient noué avant guerre des relations d´amitié grâce à un goût commun : la musique. Ils avaient même organisé de petits concerts privés, avec Lanzer au piano et Badoiseau au violon. Les rapports se sont envenimés après que Mme Badoiseau eut offert une bague bon marché à Madeleine, la fille des Lanzer, pour sa première communion. Mme Lanzer, scandalisée de ce cadeau médiocre, a refusé de remercier son amie et a décidé par-dessus le marché de ne plus lui adresser la parole. Entre-temps, la guerre a éclaté et M. Lanzer s´est pris d´affection pour une vieille Alsacienne qui avait échoué par hasard dans le camp de concentration où, comme on l´a vu plus haut, il exerçait la fonction d´interprète. Il est parvenu à persuader les autorités de libérer la vieille dame-qui plus est malade- pour la loger, à ses propres frais, dans une petite chambre en ville. En signe de reconnaissance, la vieille Alsacienne a légué, quelques jours avant sa mort, le peu d´argent et les quelques bijoux qu´elle possédait. En apercevant Madeleine au marché avec une bague d´or à son doigt, Mme Badoiseau s´est empressée d´en avertir son mari qui a saisi l´occasion pour jeter les Lanzer à la vindicte publique, les traînant dans la boue, les accusant d´avoir profité des largesses de «la boche» et de verser dans l´antipatriotisme. 
Dans la seconde partie, un nouveau personnage intervient dans la trame pour y jouer un rôle non négligeable. Il s´agit de Jean-Paul Dupin, fils du principal du lycée local, que l´on croyait mort et qui est revenu blessé de la guerre. Proche de Madeleine,  Jean-Paul Dupin a refusé de collaborer à la mise au ban des Larzac et a continué à les fréquenter, déchaînant l´ire de sa propre famille. En agissant de la sorte, il est devenu lui aussi un indésirable…
Si le titre du roman se conjugue au singulier, l´indésirable est donc ici une sorte de symbole de tous ceux qui sont, de gré ou de force, des dissidents du moule dans lequel on veut les façonner, du conformisme hypocrite et moisi de quiconque, faute de mieux,  se complaît dans le débinage d´une vie provinciale qui se morfond dans ses propres insuffisances. À la page 110, on peut lire de courtes lignes qui illustrent on ne peut mieux la façon dont une petite ville provinciale semble malheureusement s´éveiller à chaque fois qu´un fait anormal l´arrache-ne serait-ce que pour une mauvaise raison- à sa torpeur : «La ville haletait, telle la bête qui talonne sa proie et s´apprête à la happer. Elle, à l´ordinaire si tranquille, si calme, si innocente d´aspect, on la sentait frémir et palpiter. Elle vivait enfin».

Jusqu´à la fin de sa vie, Louis Guilloux n´a jamais cessé d´aider des indésirables et de s´engager pour des causes humanistes et humanitaires. En avril 1927, il a signé une pétition, parue dans la revue Europe, contre la loi sur l´organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d´opinion. En 1935, il a participé au premier congrès mondial des écrivains antifascistes qui s´est tenu à Paris. Pendant la Guerre d´Espagne (1936-1939), il fut responsable du Secours Rouge, ancêtre du Secours Populaire, qui venait en aide aux réfugiés espagnols (et aux chômeurs aussi) et, pendant la seconde guerre mondiale, sa maison à Saint-Brieuc fut un lieu de rencontre de résistants. Après la guerre, il a œuvré, à maintes reprises, pour l´aide aux réfugiés quels qu´ils soient.
Exemple de droiture et d´engagement, Louis Guilloux est également un des grands écrivains français du vingtième siècle. Ceux qui ignorent encore son œuvre peuvent commencer sa découverte en lisant L´Indésirable, un roman qui, comme l´a récemment écrit Linda Lê, «ne dit pas autre chose que ce désir de se dérober aux cruautés de son époque et à la barbarie des hommes, quand la meute se déchaîne et que le pourchassé, seul, se trouve pris au piège».   

Louis Guilloux, L´Indésirable, avant-propos de Françoise Lambert, édition, notes et postface d´Olivier Macaux, éditions Gallimard, Paris, février 2019.