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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

mercredi 30 août 2023

Chronique de septembre 2023.

 


Les autres mots de Jhumpa Lahiri.

Il y a toujours quelque chose de mystérieux  et de fascinant chez un écrivain qui change de langue. Cette métamorphose n´est jamais le fruit du hasard, elle découle toujours quelles qu´en soient les raisons, d´un choix personnel de l´écrivain. Juan Goytisolo (1931-2017) avait beau dire que c´est la langue qui nous choisit –lui qui n´a jamais échangé sa langue maternelle, l´espagnol, contre le français, la langue de celui qui a longtemps été son pays d´adoption -, toujours est-il que c´est, au départ, l´écrivain lui-même qui a le dernier mot même si la décision de changer de langue n´est en aucun cas facile à prendre.

Jhumpa Lahiri était une jeune diplômée quand elle a visité Florence, en Italie, pour la première fois. À peine a-t-elle entendu parler italien qu´elle a eu l´intuition que cette langue lui était étrangement familière. Il fallait l´apprendre, en saisir les subtilités et, avec le temps, en faire peut-être un jour une langue de création littéraire.  Ce fut un lent apprentissage et une passion qui s´est consolidée au fur et à mesure. Ses premiers livres qui ont forcé l´admiration ont naturellement été écrits en anglais. Jhumpa Lahiri est née à Londres de parents bengalis le 11 juillet 1967, mais elle a émigré avec sa famille aux États-Unis alors qu´elle n´avait que 2 ans. Elle a grandi à Kingston dans l´État de Rhode Island. Son père y travaillait à la bibliothèque de l´Université et sa mère écrivait des poèmes en bengali.  Jhumpa Lahiri s´est tôt rendu compte que les livres étaient sa vraie passion. Aussi a-t-elle suivi des études de littérature anglaise et de littérature comparée au Barnard College de l´Université de Columbia. Plus tard, elle a obtenu un doctorat en études de la Renaissance à l´Université de Boston avant de s´installer à New York avec son mari.

Ses premières fictions ont été publiées en 1999 sous le titre Interpreter of maladies (L´interprète de maladies, en français). Le succès fut énorme et ce recueil de nouvelles fut couronné du prestigieux prix Pulitzer de la fiction. Jhumpa Lahiri a une rare intuition pour saisir et écouter les émois intimes, les habitudes secrètes et les troubles du quotidien qui habitent ses personnages dont le plus grand dénominateur commun est le déracinement. Dans ce recueil, tous ses personnages sont américains, mais ils viennent de l´Inde et disent la souffrance et les conflits liés à leur double culture. D´aucuns, cependant, expriment la paix acquise et l´espoir. 

Quatre ans plus tard, Jhumpa Lahiri a publié son premier roman, The namesake (Un nom pour un autre), plébiscité par la presse anglo-saxonne et qui serait porté à l´écran en 2006 par Mira Nair. Ce roman met en scène derechef la question du déracinement, un leitmotiv de l´œuvre de Jhumpa Lahiri. Il raconte l´histoire d´un jeune Américain d´origine indienne qui rejette le prénom bengali qu´on lui a donné. À sa naissance, ses parents, Ashoke et Ashima, attendent une lettre de la grand-mère qui, selon la coutume indienne, choisit le prénom de son petit-fils. Pourtant, la lettre n´arrive pas à sa destination (Cambridge, Massachussets) et Ashoke est contraint d´improviser et choisit d´appeler son fils Gogol, auteur qu´il lisait lors d´un accident meurtrier dont il est sorti par miracle indemne. Grandissant comme un petit Américain, Gogol refuse longtemps qu´on l´appelle par le prénom bengali dont il a finalement été doté : Nikhil. Au risque de se couper de ses racines. L´histoire de sa réconciliation avec ce nom est aussi l´histoire de l´intégration d´une famille aux États-Unis. 

Jhumpa Lahiri a encore écrit en anglais deux autres livres : le recueil de nouvelles Unaccustomed Earth (Sur une terre étrangère), paru en 2008, et le roman The Lowland (Longues distances), publié en 2013.

En 2014, elle a décidé de s´installer à Rome avec sa famille et a pris la décision de changer de langue et de commencer à écrire ses livres en italien. Dans une interview récente accordée à Aloma Rodriguez de la revue culturelle espagnole-mexicaine Letras Libres –héritière de Vuelta d´Octavio Paz -, Jhumpa Lahiri a expliqué les différences entre l´usage de la langue italienne et celui de la langue anglaise avant son déménagement en Italie: «Le fait le plus important c´est qu´en italien j´ai une distance plus grande vis-à-vis de mon passé. Je n´ai ni passé ni enfance dans cet idiome (…).Ce qui m´intéresse maintenant c´est de voir si, n´ayant aucune mémoire vivante avec cette langue, j´ai pu rentrer dans mon passé d´une autre façon. J´ai intérêt à revenir dans mon passé, mes impressions et émotions, pour les explorer avec un nouveau langage qui n´a rien à voir avec cette époque».

En 2015, Jhumpa Lahiri a publié son premier livre écrit directement en italien, In altre parole (En d´autres mots), où elle témoigne de sa passion pour la langue italienne, la genèse de son apprentissage, les difficultés qu´elle a éprouvées pour en faire une langue de création littéraire. En quelque sorte une langue d´exil. Elle qui comme autrice a beaucoup écrit, réfléchi sur des personnages exilés et déracinés qu´elle a créés, fait également une expérience pareille quoique son exil et son déracinement soient cette fois-ci volontaires. Elle en sait pourtant quelque chose puisque si on fouille ses origines on tombe aussi sur la séparation et l´expatriation. Sa famille est issue de Calcutta en Inde, elle est née à Londres, mais à l´âge de 2 ans, on l´a vu, elle est partie avec sa famille aux États-Unis et puis en 2014 en Italie. Elle réfléchit sur cette réalité dans son premier livre en italien (je traduis directement de la langue de Dante) : «En un certain sens, je me suis accoutumée à une sorte d´exil linguistique. Ma langue maternelle, le bengali, est étrangère en Amérique. Quand on vit dans un pays où sa propre langue est considérée comme étrangère, on peut éprouver une sorte d´étrangeté continuelle. On parle une langue secrète, inconnue, privée de correspondances avec le milieu environnant. Un sentiment d´absence qui crée une distance intérieure». 

Elle livre aussi ses impressions sur les tergiversations qu´elle ressentait au début –et qu´elle ressent parfois encore - en utilisant l´italien aussi bien que la peur d´échouer : «Quand j´écris en italien, je me sens une intruse, un imposteur.  Ce que je fais semble un exercice controuvé, manquant de naturel. Je me rends compte d´avoir dépassé des confins, de me sentir égarée, de fuir quelque chose, d´être complètement étrangère. Quand je renonce à l´anglais, je renonce à mon autorité (…) Avant de devenir écrivaine, il me manquait une identité claire et nette. Je me suis donc réalisée à travers l´écriture et pourtant je ne me sens plus comme ça en écrivant en italien(…) Comment se fait-il qu´en italien je me sente à la fois- et paradoxalement- plus libre et baignant dans un cadre plus contraignant ? Peut-être parce qu´en italien j´ai la liberté d´être plus imparfaite. Peut-être parce que d´un point de vue créatif il n´y a rien de plus dangereux que la certitude». Certes, si l´italien était sa langue maternelle, Jhumpa Lahiri ne se poserait jamais ce genre de questions, mais serait-elle pour autant plus performante littérairement ? Rien n´est moins sûr, la littérature étant un travail permanent où notre esprit cherche  minutieusement –et inconsciemment parfois - le mot et la phrase les plus justes, la structure narrative la plus précise pour exprimer nos idées, comme l´artisan qui polit son métal jusqu´à ce qu´il soit le plus lumineux possible. C´est peut-être difficile pour l´écrivain lui-même de savoir pourquoi il a choisi telle ou telle langue, mais dans une  interview accordée en février dernier au quotidien français Les Échos, Jhumpa Lahiri a affirmé qu´elle avait besoin d´une langue qui fût un lieu d´affection et de réflexion.

En 2018, Jhumpa Lahiri a publié le roman Dove mi trovo (Où je suis) et en 2022 le recueil de contes Racconti romani (inédit en français), un titre aux échos moraviens. Ce livre a connu un grand succès critique. Rome, la ville éternelle, la capitale italienne, est le véritable protagoniste de ces fictions, mais d´après l´éditeur (Ugo Guanda), c´est une Rome métaphysique, contemporaine mais éternellement suspendue entre le passé et l´avenir. Ce sont neuf fictions où l´on reconnaît une ville contradictoire qui se redéfinit, se métamorphose à chaque génération. Une ville qui est un amalgame, un va-et-vient hybride d´étrangers et de romains qui se sentent toujours plus ou moins égarés, déracinés, comme il est de mise dans les fictions de Jhumpa Lahiri.

Dans l´interview à Letras Libres citée plus haut, l´autrice a beaucoup parlé de ce dernier livre qui vient d´être traduit en espagnol et en particulier du racisme de certains personnages de ses fictions. Jhumpa Lahiri a mis l´accent sur le racisme à l´égard de ceux qui ont de l´argent et le racisme exprimé par les enfants. Contrairement à une idée reçue, avoir de l´argent, selon l´écrivaine, ne sauve pas les gens d´être victimes du racisme, cela peut éventuellement l´atténuer, créer une certaine confusion, mais ne l´efface pas pour autant. De même pour les enfants. Contrairement à une autre idée reçue, l´autrice ne considère pas que les enfants soient immunisés contre le racisme : «Les enfants absorbent des signes, des attitudes de leurs parents, il faut réfléchir sur la psychologie des enfants et leur intolérance à la différence(…), mais aussi sur l´idée d´associer l´enfance à l´innocence, l´idée que les enfants sont fondamentalement gentils, ne sont pas encore corrompus. Or, en réalité, les enfants peuvent être incroyablement cruels».

Comme l´a écrit un jour le journaliste littéraire André Clavel (1946-2019) dans une chronique pour le quotidien suisse Le Temps, Jhumpa Lahiri est une habile funambule entre les cultures.

 

 Livres de Jhumpa Lahiri traduits en français :

L´interprète des maladies (Interpreter of Maladies), traduit de l´anglais par Jean-Pierre Aoustin, collection «Bibliothèque étrangère, éditions Mercure de France, Paris, 2000.

Un nom pour un autre (The Namesake), traduit de l´anglais par Bernard Cohen, collection «Pavillons» éditions Robert Laffont, Paris, 2006.

Sur une terre étrangère (Unaccustomed Earth), traduit de l´anglais par Bernard Cohen, collection «Pavillons», éditions Robert Laffont, Paris, 2010.

Longues distances (The Lowland), traduit de l´anglais par Annick Le Goyat, collection «Pavillons», éditions Robert Laffont, Paris, 2015.

En d´autres mots (In altre parole), traduit de l´italien par Jérôme Orsoni, collection «Un endroit où aller», éditions Actes Sud, Arles, 2015.

Où je suis (Dove mi trovo), traduit de l´italien par Hélène Frappat, éditions Chambon, Paris, 2021.

 

                  

      

mardi 15 août 2023

La mort de Kenneth White.

 


Kenneth White, né le  à Glasgow (Écosse) et mort le  à Trébeurden, France, était un poète et essayiste franco-britannique qui écrivait en anglais et en français.

Professeur d’université, il a animé notamment un séminaire « Orient et Occident ». Il fut l´auteur de plus d’une centaine de livres d’artistes et crée en 1989 l’Institut International de géopoétique.

De même qu’il réfutait la masse des productions littéraires, Kenneth White était également critique envers la notion de poésie et sans doute plus encore envers le mot de poète. Sa conception de la poétique ne saurait se restreindre à l'écriture, mais consistait en une vision du monde. 


mercredi 9 août 2023

Centenaire de la naissance de Mário Cesariny.

 


Né le 9 août 1923 et décédé le 26 novembre 2006, le poète et peintre portugais Mário Cesariny aurait donc eu aujourd´hui 100 ans. 

Il était considéré comme le principal représentant du surréalisme portugais -il a fondé le groupe surréaliste de Lisbonne avec Alexandre O´Neill et Artur Cruzeiro Seixas- et comme un précurseur de l´Art informel. 

Son oeuvre Peine Capitale figure parmi les cinquante oeuvres essentielles de la littérature portugaise, selon une liste établie en 2016 par le quotidien Diário de Notícias. 

En français, il n´y a qu´un livre de Mario Cesariny disponible: Le Labyrinthe du chant, traduit par Isabel Meyrelles et l´auteur, présenté par José Pierre, éditions de L´Escampette, 1994. 

dimanche 30 juillet 2023

Chronique d´août 2023.

 


Jean -Pierre Duprey, le solitaire intempestif.

Vers la fin de l´année 1948, André Breton reçoit un manuscrit qui lui a été envoyé aux bons soins de La Dragonne, librairie-galerie où la mouvance surréaliste avait, en quelque sorte, élu domicile. Ce manuscrit est signé Jean-Pierre Duprey, un inconnu de dix-huit ans qui avec sa jeune femme (plus âgée que lui, quand même) Jacqueline Sénard, rencontrée sur une plage normande, vivote dans un taudis, rue de Crimée. Le manuscrit a tellement ébloui André Breton que le grand poète surréaliste s´empresse de lui répondre en reconnaissant son génie, s´engageant à lui trouver un éditeur et lui demandant de le contacter au plus tôt. Il y a une phrase de Breton à la fin de la lettre qui est, pourtant, un tant soit peu énigmatique : «Vous êtes certainement un grand poète, doublé de quelqu´un d´autre qui m´intrigue…». Breton aurait-il flairé dans les écrits de Duprey le tempérament turbulent et atrabilaire qui avait caractérisé le poète dès l´adolescence où il s´était fait renvoyer de plusieurs établissements scolaires, se brouillant même à vie avec son père ? Toujours est-il que cette aubaine, dont Duprey fait aussitôt état à sa mère qu´il aime éperdument, va changer sa vie, mais pour quelque temps à peine puisque sa nature inconstante le détournera bientôt de la poésie. En fait, en 1953, il se tourne vers la peinture et la sculpture, et ce n´est qu´en 1959 qu´il renoue avec ses anciennes amours littéraires. Cette année, celle de sa mort, est riche en rebondissements. Il se fait notamment arrêter après avoir uriné sur la flamme du soldat inconnu, en guise de protestation contre la guerre d´Algérie. Le 2 octobre, après avoir envoyé à André Breton son ultime manuscrit (La fin et la manière), il se pend à une poutre de son atelier.        

Qui était vraiment ce météore qui a traversé la littérature française et qui est mort assez jeune pour pouvoir y laisser, en dépit de son indéniable talent, une trace indélébile ?

Né à Rouen le 1er janvier 1930, Jean-Pierre Duprey était issu de la bourgeoisie locale (son père étant médecin). Il a vécu une enfance difficile, solitaire et révoltée, ponctuée de déséquilibres psychiques et de crises répétées d’anorexie, accompagnées de fortes fièvres qui lui ont occasionné un déséquilibre psychique. Jean-Pierre Duprey a connu des problèmes d’intégration autant sur le plan familial que sur le plan scolaire. Un évènement a aggravé la situation, un  évènement qui l´a traumatisé à l’âge de quatorze ans : « Les enfants sont des morts qui partent pour la vie ». Cet événement a trait aux bombardements des aviations anglaises et américaines sur la ville de Rouen. L´ objectif était la destruction des ponts, des abords de la Seine afin de désorganiser les Allemands en vue du débarquement allié.  Malgré la désertion par les habitants du centre-ville (proche de la Seine) au profit des hauteurs, on a dénombré des centaines de victimes et de disparus sous les décombres parmi la population civile. « Je suis mort et pourtant bien vivant », a écrit Jean-Pierre Duprey qui a rapporté plus tard à François Di Dio qu’il fut alors mobilisé, avec les autres élèves de sa classe, pour participer aux opérations de sauvetage. Il a confié dans son carnet intime : « Je suis épuisé d’avoir passé la journée à refaire des morts entiers avec des morceaux pour pouvoir les enterrer ».

Son âme tourmentée s´est répercutée sur ses écrits rassemblés dans Derrière son double œuvres complètes qui regroupe évidemment plein de textes publiés après la mort de l´auteur. 

Derrière son double est paru pour la première fois en 1950 à 330 exemplaires aux éditions du Soleil Noir de François Di Dio. Aujourd´hui il y a deux éditions disponibles, chez Christian Bourgois(1991) et chez Gallimard dans la collection «Poésie» qui a été publiée en 1999. Il s´agit, bien entendu, d´une édition revue et augmentée de Derrière son double suivi de Spectreuses (1964) ; La Fin et la Manière (1965) ; la pièce de théâtre La Forêt Sacrilège et autres textes (La forêt sacrilège dont Breton a inséré un extrait dans sa célèbre Anthologie de l´humour noir) ; L´Ombre Sagittaire ; Le Temps en blanc ; Premiers Poèmes, Réincrudation (1970) et encore des appendices, le tout assorti d´une préface de Breton, datant de 1950 et de postfaces de Julien Gracq, Alain Jouffroy et André Pieyre de Mandiargues.

Le génie de Duprey, écrit André Breton pour le présenter au sein de son anthologie, « est de nous offrir de ce noir un spectre qui ne le cède pas en diversité au spectre solaire… Ici l’humour couve sous la cendre (« Et c’est dans un même ordre que les choses se passèrent, après que l’on eut noyé la mer et enterré la terre ; le feu étant brûlé, l’air disparut dans la fumée du nouveau feu réengendré de tout cela. ») La lampe de la présence est plutôt de nature à nous dérober le vrai Duprey, prince du royaume des Doubles, sous des apparences d’ailleurs très séduisantes… »

Le poète et essayiste Christophe Dauphin a écrit un jour dans un essai publié dans la revue Les Hommes sans épaules que Jean-Pierre Duprey était l’archange de la jeunesse révoltée et personnifiait mieux que quiconque la dualité déchirante qui existe entre le rêve et la réalité. Son œuvre, toujours selon Christophe Dauphin, est le territoire élu du mythe, de l’angoisse existentielle, du Merveilleux et du surréel le plus sombre, incarnant une remarquable et douloureuse alchimie des deux faces de l’artiste, le noir et le feu, et il en donne des exemples : «Quand j’aurai l’âge de la poussière je sortirai de mon enveloppe, je mangerai le ciel, je boirai l’ombre des pierres, j’avalerai jusqu’à ma propre écorce, car les tombes ont l’âge de la nuit.». C’est que Duprey, écrit encore Christophe Dauphin, «est posté au bord de ce précipice où coule l’eau noire de la nuit. Il n’a eu de cesse d’interroger la nature de l’amour comme ses maux ou son univers intérieur. La couleur noire, comme pour fusionner le rire et la mort : Écoutez-moi, je fonce ! – J’enfonce la nuit dans ma tête à coups de couteau – À coups de marteau, de grosse masse de barre rouge – Je l’enfonce et la ressors toute fumante – Comme un court-circuit sans étincelles».

Pour André Pieyre de Mandirgues, Duprey était comme un oiseau sur la branche, sa solitude était fort visible y compris dans les quelques photographies qui nous restent de lui:«Duprey était un homme qui n´était d´aucune façon, ou presque, au monde extérieur. Je crois n´avoir jamais connu personne qui fût aussi merveilleusement «détaché». Qu´il ait tout lâché, dans un moment où la vie s´acharnait contre lui avec une férocité particulièrement ignoble, nous avons eu beaucoup de tristesse, peu de surprise. L´œuvre de ce très grand poète ne nous avait-elle pas déjà montré que la mort lui était familière autant que la vie ? Les inédits qu´ils nous a laissés, plus bouleversants encore que ce que nous avions lu, confirment absolument ce que nous pensions de lui». Ce témoignage d´André Pieyre de Mandiargues, on peut le trouver dans la postface de l´édition Gallimard citée plus haut.        

De la lave torrentielle de mots que constitue l´œuvre immense de ce poète qui a vécu si peu (vingt-ans), nous choisissons, pour terminer, quelques lignes du poète, peut-être prémonitoires, «Défense de la mort» : «…à cause de toi mon cher pendu, mon demi-frère, mon compagnon d´angoisse, j´ai renié le déjà vu, le déjà fait, le déjà connu. As-tu su au moins d´où venaient ces filigranes de plaisir, ces dorures de fil blanc, ces papiers d´argent dont on parle tant ? Tu es mort sans le savoir, tu as bien fait, la misère est grande ici-bas aux hommes ce cœur…».  

 

 

 

 


mardi 25 juillet 2023

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez trouver sur le site du Petit Journal Lisbonne  ma chronique sur le livre Les alpinistes  de Mao de Cédric Gras, publié aux éditions Stock.

https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/alpinistes-de-mao-recit-de-cedric-gras-365543




mercredi 12 juillet 2023

La mort de Milan Kundera.

 


Le célèbre écrivain franco-tchèque Milan Kundera, auteur de L'Insoutenable légèreté de l'être, est mort hier, à Paris, à l'âge de 94 ans.

Né à Brno, alors en Tchécoslovaquie, le 1er avril 1929, il était l'un des romanciers les plus influents au monde et l'un des rares auteurs à être entré de son vivant dans les prestigieuses éditions de La Pléiade (en 2011). Il a été régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature, qu'il n'a jamais décroché. En 1975, il s´est exilé en France après avoir été censuré et exclu du Parti Communiste tchécoslovaque. En 1979, il a été déchu de la nationalité tchèque qui lui a été restituée en 2019. En 1981, il a obtenu la nationalité française.  

Milan Kundera laisse derrière lui une œuvre- écrite d´abord en tchèque puis dès 1993 en français- traduite dans le monde entier, marquée par des romans qui exploraient les tiraillements existentiels de personnages en quête d'identité dans une Tchécoslovaquie grise et opprimée.

Vous pouvez  trouver dans les archives de ce blog un article que je lui ai consacré en juin 2009.

 

jeudi 6 juillet 2023

Article pour Le Petit Journal Lisbonne.

 Vous pouvez trouver sur le site du Petit Journal Lisbonne  ma chronique sur le roman Les amants de Casablanca de Tahar Ben Jelloun, publié aux éditions Gallimard.

https://lepetitjournal.com/lisbonne/a-voir-a-faire/les-amants-de-casablanca-roman-de-tahar-ben-jelloun-364787