Qui êtes-vous ?

Ma photo
Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

lundi 11 août 2014

La mort de Simon Leys



Une triste nouvelle m´a surpris cet après-midi: le décès de l´écrivain Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, né à Bruxelles le 28 septembre 1935 et mort donc aujourd´hui à Canberra en Australie où il vivait depuis longtemps. Essayiste, traducteur,critique littéraire  et prestigieux sinologue, il a nous a laissé nombre d´oeuvres de référence, comme Les Habits neufs du Président Mao; Essais sur la Chine;Protée et autres essais(Prix Renaudot de l´Essai, 2001);L´ange et le cachalot; Orwell ou l´horreur de la politique;La mer dans la littérature française(2 tomes);Studio de l´Inutilité(son dernier livre, publié en 2012)et La mort de Napoléon, une uchronie autour du décès de l´empereur français.C ´est justement sur ce livre, reparu en 2005, et sur un autre(inédit), paru la même année, que j´ai écrit quelques lignes pour le site de la Nouvelle Librairie Française de Lisbonne, en mai 2006. Ce texte- qui n´est plus en ligne-je le reproduis ici pour vous, chers lecteurs:

«En 1971 paraissait, sous la plume d´un jeune sinologue, né en 1935 en Belgique, un livre qui s´intitulait Les habits neufs du président Mao, une chronique de la révolution culturelle chinoise à contre-courant de l´orientation pro-maoïste de la plupart des intellectuels européens de gauche, notamment français, de l´époque. Il faut rappeler que mai 68 était encore trop présent dans les esprits et que le dénouement du Printemps de Prague, écrasé par les chars du Pacte de Varsovie, avait mis fin à toute illusion de rénovation du modèle soviétique. Flairant, dès avant la parution de l´ouvrage, le tollé qu´il ne manquerait pas de susciter, l´éditeur parisien, Champ Libre, a conseillé à l´auteur, Pierre Ryckmans, de se choisir un pseudonyme. Sinologue et épris de culture orientale, il a opté pour le nom sous lequel il signe, depuis lors, tous ses livres : Simon Leys, en hommage au héros du roman René Leys, écrit par un grand voyageur français en Orient, Victor Segalen.
Aujourd´hui, Simon Leys est un écrivain dont la réputation ne souffre pas l´ombre d´une contestation. Couronnées de nombreux prix littéraires, ses oeuvres font l´objet des commentaires les plus élogieux, non seulement dans les pays francophones, mais aussi dans le monde anglophone, une situation à laquelle ne serait pas étranger le fait que l´auteur est, depuis des années, professeur universitaire en Australie. Il tient d´ailleurs une chronique mensuelle dans Le magazine littéraire , intitulée «Lettre des antipodes». Parmi ses oeuvres de référence, nous nous permettons de relever Protée et autres essais , prix Renaudot essai 2001, Les naufragés du Batavia , récit sur le naufrage en 1629 de la gloire de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, et une admirable anthologie, La Mer dans la littérature française.
Les éditions Plon ont publié, à la fin de l´année dernière, deux nouveaux livres de Simon Leys : La mort de Napoléon et Les idées des autres .
Pour le premier, il s´agit, plutôt, d´une réédition d´un roman, paru en 1986, le seul écrit, à ce jour, par l´auteur. Cette Mort de Napoléon est une fiction, un tant soit peu parodique. Imaginons que Napoléon Bonaparte ne serait pas mort en 1821 à Saint-Hélène, mais aurait réussi à s´échapper et à regagner la France, laissant un sosie à sa place, celui qui aurait véritablement trépassé. Voyageant incognito à travers l´Europe, sous un accoutrement qui le rendait méconnaissable, revisitant les lieux où il avait livré quelques-unes de ses batailles, Napoléon vit une foule de péripéties jusqu´à s´éteindre, enfin, sans avoir pu accomplir son but : reprendre le pouvoir.
Ce roman, à l´allure de conte philosophique, fut internationalement salué, notamment par des auteurs comme Edna O´Brien, Julian Barnes et la très regrettée Susan Sontag.
Dans Les idées des autres , Simon Leys a compilé un intéressant florilège de citations d´auteurs de toutes les époques et de toutes les latitudes, soit en version originale (avec la traduction en français) soit dans la langue où il les a découvertes (surtout le français ou l´anglais), étant donné qu´il ne maîtrise pas toutes les langues, bien entendu.
   Ce sont des citations, sur des sujets aussi divers que la mer («La mer, cette patrie qui voyage avec nous...» de Chateaubriand), les best-sellers («Tout le monde ne tend à lire que ce que tout le monde aurait pu écrire» de Paul Valéry), l´imitation («Imature poets imitate, mature poets steal» (Les poètes immatures imitent, les poètes accomplis volent) de T.S.Eliot) ou le tabac, entre autres («Insanity has grown more frequent since smoking has gone out of fashion» (L´insanité est devenue plus fréquente depuis que les gens ont perdu l´habitude de fumer) de Samuel Johnson). Une citation, cette dernière, qui n´est pas du tout dans l´esprit de notre temps...»
La mort de Napoléon de Simon Leys . Plon .Paris, 2005.16,80 euros.


Les idées des autres : pour l'amusement des lecteurs oisifs de Simon Leys . Plon . Paris,2005.16,80 euros.



P.S-Malheureusement, un de ces livres-La mort de Napoléon-est, paraît-il, épuisé.

lundi 28 juillet 2014

Chronique d´août 2014






Alberto Savinio ou l´autre côté de la réalité. 

Hector Bianciotti(1930-2012) nous rappelait, il y a quelques années(1), que Leonardo Sciascia (1921-1989 ; voir dans les archives la chronique de mais 2008), l´auteur qui avait peut-être le mieux traduit, dans ses écrits, les splendeurs et les misères de la vie sicilienne, avait affirmé un jour qu´Alberto Savinio était le meilleur écrivain italien de l´entre-deux-guerres. Cette assertion tenue par une des figures les plus respectées de la vie culturelle italienne n´a pas pour autant produit un regain d´intérêt pour l´œuvre d´Alberto Savinio, toujours considéré comme l´écrivain d´une petite élite intellectuelle. Beaucoup de  lecteurs pourraient d´ailleurs s´interroger en  lisant ces toutes premières lignes: qui était, au fait, Alberto Savinio ?
Alberto Savinio n´est pas d´ailleurs le nom civil de notre auteur. Ce pseudonyme est en fait une italianisation du nom d´un traducteur français d´Oscar Wilde, Albert Savine. Il portait, néanmoins, un nom assez joli, Andrea De Chirico et il était le frère du grand peintre Giorgio De Chirico (Je n´ai jamais oublié la première fois où je suis tombé sur le nom de ce fameux inventeur de la peinture métaphysique, ce fut tout bonnement -et bizarrement- en feuilletant, quand j´étais encore un adolescent, un numéro ancien et égaré de l´édition italienne du magazine Playmen, auquel le peintre accordait une interview).
Alberto Savinio (ou donc Andrea De Chirico) est né le 25 août 1891 à Athènes où son père, un ingénieur sicilien, construisait des chemins de fer. Sa mère était issue d´une famille aristocratique du nord de l´Italie. Le jeune Andrea s´est révélé dès sa prime enfance un esprit doué et éclectique, épris non seulement de littérature mais également de peinture (il a été peintre aussi, comme son frère aîné Giorgio) et de musique, un art où il excellait. Il a d´ailleurs composé, à l´âge adulte, quatre opéras et c´était déjà avec un premier prix de composition en poche qu´il avait quitté Athènes pour Munich avec sa famille, après la mort de son père en 1904, alors qu´il n´avait que treize ans. Six ans plus tard, un nouveau tournant s´est produit dans la vie de la famille De Chirico : le départ à Paris. C´est dans la ville lumière que les deux frères se sont initiés à la vie artistique professionnelle (si tant est que l´on puisse appliquer ce mot à des artistes qui se délectaient de leurs oeuvres et que le concept de professionnel devrait rebuter, par opposition à celui de dilettante (2) que Savinio surtout a toujours cultivé) et ont inspiré des commentaires fort élogieux à Guillaume Apollinaire -plutôt Andrea que Giorgio, il est vrai- qui a poussé le dithyrambe jusqu´à comparer Savinio aux «génies multiformes de la Renaissance toscane». À Paris, ils ont aussi côtoyé Eric Satie, Pablo Picasso et André Breton qui, faisant allusion au premier avant-guerre, a affirmé : «À la tête de cette forme d´art qui prit ensuite le nom de surréalisme, il y avait le peintre Giorgio De Chirico et l´écrivain Alberto Savinio».
Fruit de l´imagination vive et pétillante d´un esprit érudit et hédoniste, l´œuvre d´ Alberto Savinio est inclassable. Maniant l´art du paradoxe avec une habileté irréprochable, il a peuplé ses écrits de personnages fantaisistes, burlesques, grotesques, mais aussi désabusés et mélancoliques. Poète et dramaturge (auteur notamment des Chants de la mi-mort, poème dramatique, curieusement écrit en français, une langue qu´il reprendrait partiellement dans Hermaphrodito, une sorte de journal imaginaire), critique éminent (voir le livre de chroniques musicales Scatola sonora-Boîte à musique- ou de petites biographies), c´est peut-être dans la nouvelle que son art atteint le sommet. L´enfance et la vieillesse sont les deux phases de la vie humaine qui monopolisent l´univers savinien (surtout au niveau des héros), comme si l´âge adulte n´était justement qu´une énorme parenthèse entre l´enfance et la vieillesse, celle-ci se traduisant par la mort, une mort souvent précédée d´une étrange sénilité, comme dans la nouvelle Monsieur Munster où le protagoniste s´observe en train de commencer à être mort et voit son propre corps tomber peu à peu en morceaux.
L´enfance est toujours le théâtre d´événements bizarres et de personnages extravagants comme dans L´infanzia di Nivasio Dolcemare(L´enfance de Nivasio Dolcemare), dont le héros apparaît, par exemple, dans une autre nouvelle, Nostra anima(Notre âme), où il est question de mannequins de chair. Dans La casa ispirata(La maison hantée), Savinio cultive, encore une fois, son goût pour le grotesque avec l´irruption de personnages tantôt macabres, tantôt comiques. Dans Tragedia dell´infanzia (Tragédie de l´enfance)-un récit- l´auteur évoque la Grèce et les lieux de son enfance. Une enfance qui, pour Savinio, n´est pas qu´un temps, elle est aussi une dimension de l´esprit.
En amoureux éternel de la culture italienne, l´écrivain Dominique Fernandez ne pouvait oublier Alberto Savinio dans son délicieux Dictionnaire amoureux de l´Italie. Il  qualifie ses nouvelles de métaphysiques, «pas seulement parce que ses lieux favoris, villes désertes comme des maquettes, rues tracées au cordeau, gares aux horloges inquiétantes, font penser aux tableaux de son frère. Pas seulement parce qu´un de ses thèmes est l´ennui, l´immense ennui qui plane comme une ombre surnaturelle sur la vaine agitation des humains et règne en despote sur les cités italiennes réduites à d´absurdes décors plantés dans le vide. Le surréalisme métaphysique de Savinio peut se décomposer en deux éléments : d´abord un réalisme minutieux, très éloigné de tout délire onirique, puis l´irruption du «sur», de ce qu´il y a de l´autre côté ». 

La notte sul borgo-1950
   
 En effet, Savinio est l´auteur de l´autre réalité ou de l´envers de la réalité, d´une grille de lecture alternative du monde. Non, l´adjectif  que j´emploie ici ne renvoie nullement aux mondes alternatifs ou à la science-fiction, bien entendu, mais à une lecture transfigurée par le regard de l´artiste. Dans ses essais ou ses textes plutôt hybrides-qui sont légion dans sa foisonnante bibliographie-, Alberto Savinio propose une grille de lecture des événements-quels qu´ils soient-inventive et teintée d´une fine ironie, mais tout à fait lucide. L´ironie et une indécrottable propension pour le comique, on les retrouve, par exemple, dans le brillant Nuova Enciclopedia (Encyclopédie Nouvelle), livre rédigé sous forme d´encyclopédie ou de dictionnaire où l´auteur brosse son autoportrait et en même temps un portrait de notre civilisation. Je ne puis résister à vous en faire découvrir  des morceaux tout à fait exquis, glanés quasiment au hasard que je vous traduis directement de l´italien. Ainsi, à l´entrée «aviation», écrit-il : « J´ai eu l´occasion d´écrire il y a quelques jours sur Saint Denis  dit  l´Aréopagite puisqu´il faisait partie de l´aréopage d´Athènes, mais le typographe a écrit Aéropagite. Quelle meilleure preuve que l´aviation est devenue un sentiment de l´homme ?». Sur un fasciste, il en donne une des meilleures définitions que j´aie lues : «Homme moralement, intellectuellement et presque physiquement négatif, dont le côté négatif justement se traduit par hostilité, haine et envie de détruire tout ce qui est positif. Par toutes ces qualités, le fasciste se rapproche du délinquant et les deux finissent par en configurer un seul et même type humain. La différence entre le fasciste et le délinquant réside pourtant dans le fait que,  alors que le délinquant est isolé et solitaire- et cette solitude est son drame, son héroïsme, sa poésie-, le fasciste est un délinquant collectif et «social». Le fasciste isolé perd sa qualité de fasciste, sa force de délinquant s´évanouit et il devient apparemment un homme anodin, un homme quelconque. Il serait utile de découvrir le sens secret du faisceau en tant que symbole, c´est-à-dire de l´union nécessaire pour que la criminalité fasciste puisse opérer».Enfin, à l´entrée «révolutionnaires», on a droit à ce commentaire : «Alors que Léon Trotski, dessaisi de toute fonction et de toute splendeur, voyageait sous escorte vers la frontière turque, un journaliste américain venu l´interviewer l´a trouvé plongé dans la lecture. «C´est un livre d´Anatole France» a répondu celui qui prenait le chemin de l´exil. «Anatole France est mon auteur préféré. Il est non seulement un grand styliste, mais aussi un penseur d´une énorme profondeur». Quand on se sera rendu compte que ce jugement a été rendu par un professionnel de la révolution, par celui qui a été le «technicien» de la révolution russe et le théoricien de la «révolution permanente», on aura une nouvelle preuve de combien les apparences sont trompeuses, de comment derrière la peau révolutionnaire de tant d´hommes, se cachent les mentalités les plus conformistes, passéistes et rétrogrades».
Dans l´essai-divagation Maupassant e «l´Altro» (Maupassant et «l´Autre»), à partir de quelques épisodes de la vie de l´écrivain français Guy de Maupassant, Savinio est parvenu à creuser dans l´ombre son autre physionomie. Un essai, selon son éditeur Adelphi (qui publie en ce moment toutes les œuvres de l´auteur), ouvert à tous les vents de l´intelligence, irrévérent et profond, un texte qui à chaque pas semble déboucher sur des perspectives imprévues pour les abandonner ensuite avec une souveraine indifférence. Au fond, la vraie littérature est une voix en perpétuel mouvement, «des portes qui s´ouvrent sur d´autres portes» selon l´heureuse formule du grand poète portugais Herberto Helder.
Un autre petit livre tout aussi éblouissant est sans l´ombre d´un doute Sorte dell´ Europa(Le sort de l´Europe).Il s´agit d´une série d´articles politiques publiés entre le 25 juillet 1943 et la fin de l´année 1944 rassemblés en livre l´année suivante. Toute la clairvoyance et tout le raffinement d´Alberto Savinio sont ici étalés au grand jour. L´auteur s´y avoue partisan d´une Europe unie, mais –on l´aura deviné- une Europe de l´esprit, poussée par son propre élan et non pas animée par autrui. Sur l´adhésion du peuple allemand au message nazi, il écrit ceci : «Le plus étonnant dans l´histoire du nazisme c´est qu´un peuple de soixante-dix mille âmes ait mis son propre sort entre les mains d´un homme qui a peint les tableaux qu´Hitler a peints(…) Dans les moments de crise le seul intellect des hommes politiques ne suffit pas et il serait de toute sagesse alors d´en appeler aussi à des médecins, des ingénieurs, des philosophes et peut-être aussi des artistes et des poètes, c´est-à-dire des hommes qui par habitude mentale et «technique de métier» savent voir et juger des hommes et des choses selon des critères autres que ceux banals et grossiers des politiciens. Ces jugements plus illuminés et subtils auraient dit tout d´abord qu´un homme qui peint les tableaux qu´a peints Adolphe Hitler qui a écrit ce qu´il a écrit, qui a choisi la Trilogie de Wagner comme expression sonore de sa volonté de puissance est un pompier, c´est-à-dire, un  homme privé de «sens originel de la vie» et donc porté à détruire tout ce qu´il touche».
Sorte dell´Europa est suivi d´un essai d´une quinzaine de pages, Lo Stato (L´État), que l´éditeur Adelphi dans sa quatrième de couverture qualifie de «illuminé et irrespectueux fragment de guérilla logique anti -autoritaire». Savinio y glose sur l´État, ses modèles, le besoin d´autorité que d´aucuns éprouvent.
Dans le livre Dieci processi (Dix procès), disponible en version originale chez Sellerio, la prestigieuse maison d´édition palermitaine, recueil de textes-«dix exercices de scepticisme, d´humour et de style sans pareil», selon l´éditeur-qu´il a écrits entre 1932 et 1935  pour la revue juridique Rostri, Savinio exhume dix procès historiques et en fait des commentaires, de Socrate à Landru en passant entre autres par Jésus-Christ, Jeanne d´Arc, Campanella,  Galilée ou Louis XVI. Un des plus intéressants est celui sur Galilée où Savinio en évoquant les affirmations du célèbre médecin et historien français Auguste Cabanès –personnage qu´il abhorre –selon lesquelles Galilée n´aurait jamais prononcé devant les inquisiteurs du Saint-Office la phrase «E pur sui muove» («Et pourtant elle tourne», elle, la terre, on le sait),Savinio donc doit reconnaître –quoiqu´à contre –cœur –que le docteur Cabanès n´a pas tort et que la phrase est effectivement apocryphe et ceci parce que «Galilée est Italien, il est Toscan. Scientifique, il adore en effet la vérité, mais non pas avec cette fureur sacrée, avec ce dévouement aveugle de ses collègues, les habitants des zones arctiques. Païen en religion, l´Italien fait montre de son paganisme aussi dans la religion de la science».
Dominique Fernandez, toujours lui, dans l´ouvrage cité plus haut, compte sûrement parmi ceux qui ont su le mieux décrire Alberto Savinio : «Savinio est un autre de ces Italiens omniscients, dont le prototype reste le fabuleux Pic de la Mirandole, qui à trente ans connaissait toutes les langues et était initié à toutes les philosophies. Vous croyez, sur la foi des noms propres et des renseignements toponymiques, que vous avez affaire à un guide de Milan, mais, au lieu de vous mener dans les rues d´une ville, c´est dans les secrets du cosmos que vous conduit ce cicérone inspiré».
Gallimard, Fayard, Christian Bourgois, Allia et Flammarion sont les principaux éditeurs français de cet auteur immense, mort des suites d´un infarctus à Rome, le 5 mai 1952, jour qu´il avait prévu dès 1938 dans son livre Achille innamorato(Achille enamouré ) : «Aujourd´hui, c´est le 5 mai. Mon heure a sonné»... Sacré Alberto Savinio !

 
Objets dans la forêt-1928

  
(1) Dans un article du Monde (10-07-98), repris dans le livre Une passion en toutes lettres (Gallimard, 2001). 

(2) L´éditeur Maurice Nadeau (1911-2013) dans son ouvrage  Journal en public, recueil de ses chroniques de La Quinzaine littéraire, regrette le sens un tant soit peu dépréciatif que le mot dilettante a acquis en français (personne qui s´occupe d´une chose en amateur, sans s´y engager, sans y croire, d´après certains dictionnaires), alors qu´en italien, langue d´origine de ce vocable, il conserve le même sens, celui d´un goût très vif pour un art, auquel on s´adonne avec plaisir. Heureusement, quelques dictionnaires français conservent toujours ce dernier sens pour le mot en question. 

(3)Dominique Fernandez, Dictionnaire amoureux de l´Italie (deux tomes), éditions Plon, Paris, 2008.

 P.S. : À propos d´Alberto Savinio, je me permets de citer celui qui a été un des tout premiers enthousiastes de son œuvre  au Portugal, le grand poète, professeur de littérature française et grand amoureux de l´Italie, David Mourão Ferreira (1927-1996). 

Remarques-Cet article est une version remaniée et augmentée d´un autre paru en août 2006 dans la rubrique Chroniques d´un dilettante du site de la Nouvelle Librairie Française de Lisbonne et qui n´est plus disponible en ligne. D´autre part, «La notte sul borgo» et «Objets dans la forêt» sont effectivement des reproductions de peintures d´Alberto Savinio.



samedi 26 juillet 2014

Centenaire de la naissance de Béatrix Beck






Mercredi prochain, 30 juillet, on signalera le centenaire de la naissance de Béatrix Beck. Écrivain  majeur mais plutôt discret, Béatrix Beck était une Belge naturalisée française(en 1955), quoique née à Villars-sur-Ollon, en Suisse, d´un père belge d´origine mi-lettonne/ mi-italienne et d´une mère irlandaise. En 1936, en France,elle a épousé le Juif apatride Naum Szapiro qui est mort quelques années plus tard à la guerre. Veuve et sans ressources financières, elle a dû faire de petits boulots pour gagner sa vie et élever sa fille. En 1948, elle a publié son premier roman Barny et André Gide l´a engagée comme secrétaire. En 1952, après la mort d´André Gide, survenue une année plus tôt, elle a décroché le Prix Goncourt  avec son troisième roman intitulé Léon Morin, prêtre.Entre 1966 et 1977, elle a enseigné dans des universités des États-Unis et du Canada avant de revenir en France. En 1979, elle a reçu le Prix du Livre Inter pour son roman La décharge. Depuis lors, elle n´a pratiquement  pas cessé de publier jusqu´en 2000, année de la parution de son livre La petite Italie, dédié à sa fille Bernadette Szapiro, décédée l´année précédente. Atteinte de la maladie de Parkinson, Béatrix Beck a vécu dans une maison de retraite à Saint-Clair-sur-Epte jusqu´à sa mort le 30 novembre 2008.
Récompensée par les Prix Prince Pierre de Monaco(1989), de l´Académie Française et France-Wallonie-Bruxelles en 1997, tous les trois pour l´ensemble de son oeuvre, Béatrix Beck reste pour beaucoup de générations de Français un écrivain tout à fait méconnu. 
Jérôme Garcin rappelait, à juste titre, il y a quelques semaines dans Le Nouvel Observateur que les célébrations autour de Marguerite Duras-née elle aussi en 1914-avaient éclipsé à tort le centenaire de la naissance d´une autre femme tout aussi importante des lettres françaises. Que l´on découvre donc ou l´on redécouvre Béatrix Beck!      

vendredi 18 juillet 2014

João Ubaldo Ribeiro(1941-2014)

 
  
Victime d´une embolie pulmonaire, le grand écrivain brésilien João Ubaldo Ribeiro s´ést éteint aujourd´hui, à Rio de Janeiro, à l´âge de 73 ans.
Né le 23 janvier 1941 à Itaparica, João Ubaldo Ribeiro est l´auteur d´une oeuvre importante, teintée d´humour, comptant, entre autres titres, les romans Viva o povo brasileiro(Vive le peuple brésilien), O sorriso do lagarto(Le sourire du lézard), Sargento Getúlio(Sergent Getúlio) ou A casa dos Budas ditosos(O luxure ou la maison des Bouddhas bienheureux). Nombre de ses oeuvres ont fait l´objet d´adaptations cinématographiques et télévisuelles. 
En français, ses livres sont disponibles chez Gallimard et Les Éditions du Rocher
En 2008, il s´était vu décerner le prix Camões, la plus haute distinction octroyée tous les ans à un écrivain de langue portugaise. 


mardi 15 juillet 2014

La mort de Nadine Gordimer

 
Les dépêches des agences internationales annoncent la triste nouvelle depuis hier: la mort dimanche dernier de Nadine Gordimer, grande écrivaine sud-africaine,couronnée du Prix Nobel de Littérature en 1991.
Née le 20 novembre 1923 à Springs, au sein d´une famille bourgeoise, fille d´un père juif lituanien et d´une mère anglaise, Nadine Gordimer a tôt pris sa plume pour dénoncer la politique inique de l´apartheid qui sévissait dans son pays. Riche d´une quinzaine de romans, de plus d´une centaine de nouvelles et de plusieurs recueils d´essais et de textes critiques,son oeuvre témoigne de son combat contre la ségrégation raciale, mais décrit aussi la beauté des paysages sud-africains.Parmi ses principaux titres on se permet de citer: The lying days, The late bourgeois World, The conservationist(Booker Prize en 1974), My son´s story, No time like the present, Face to face, Town and country lovers, Loot ou Writing and being. 
L´État français lui a décerné en 2007 la Légion d´honneur et elle était aussi Commandeur de l´Ordre des Arts et des Lettres.
Les traductions françaises de ses livres ont été publiées pour la plupart chez Grasset et Albin Michel.

samedi 28 juin 2014

Chronique de juillet 2014





   
La peur  et la guerre d´après Gabriel Chevallier.

Quand on parle de littérature en langue française inspirée par la Grande Guerre, on n´a que l´embarras du choix. En effet, les livres qui, d´une façon ou d´une autre, évoquent ce premier grand conflit mondial, soient-ils purement fictionnels ou dictés par une expérience personnelle des tranchées, sont nombreux et d´une qualité littéraire irréfutable. On peut citer à tour de rôle Les croix de bois de Roland Dorgelès, Le feu d´Henri Barbusse, Ceux de 14 de Maurice Genevoix, Clavel Soldat de Léon Werth,  La percée de Jean Bernier, La main coupée de Blaise Cendrars, Le grand troupeau de Jean Giono, Vie des martyrs de Georges Duhamel, La comédie de Charleroi de Drieu La Rochelle et j´en passe, ceci si l´on ne s´en tient qu´aux livres consacrés exclusivement à  la Grande Guerre, oubliant ainsi ceux où elle est décrite partiellement –comme Voyage au bout de la nuit, de Céline-ou évoquée du point de vue des planqués comme Le Temps retrouvé de Marcel Proust. Néanmoins, celui que je vous présente aujourd´hui est un roman éblouissant que j´ai lu tout récemment et qui m´a causé une forte impression : La Peur de Gabriel Chevallier.
Fils d´un clerc de notaire lyonnais, Gabriel Chevallier est né le 3 mai 1895 et a fréquenté divers établissements dont un collège religieux et l´Ecole des Beaux- Arts de Lyon, sa ville natale, dès  1911. Ces études supérieures ont pourtant été interrompues en 1914 l´année où il fut mobilisé à la Grande Guerre. Blessé en 1915, il est retourné au front une fois rétabli. À la fin du conflit il a exercé de nombreux métiers comme retoucheur de photographie, voyageur de commerce, affichiste  dessinateur, professeur de  dessin et journaliste. À la fin des années vingt, il s´est finalement lancé dans une carrière d´écrivain, en fait sa véritable vocation puisqu´il nous a laissé des livres où son talent de conteur et la perfection de son style prouvent à satiété son indéniable intuition littéraire. Peut-être son œuvre est-elle à tort éclipsée par le certes brillant roman Clochemerle(1934), son plus grand succès en librairie, une chronique villageoise aux accents rabelaisiens, un classique de la littérature comique, constamment réédité en poche. D´autres œuvres de l´auteur mériteraient toutefois de jouir du prestige de Clochemerle, dès lors le tout premier Durand voyageur de commerce(1929), Sainte-Colline(1937) où il évoque les souvenirs de son épouvantable scolarité, ou les cinq longues nouvelles du recueil  Mascarade(1948) où il excelle dans les portraits tantôt drôles, tantôt cruels, de cinq personnages atypiques(ou peut-être pas) :le colonel Crapouillot, un dur de la Guerre de 14-18 qui veut des morts pour paraître plus sérieux ; tante Zoé, une vieille fille bigote et pétomane ; Mourier, «expert» de l´homicide domestique ;Dubois, un spécialiste, lui, du marché noir et enfin un «vieux» qui gratte son jardin pour déterrer son or. Comme on nous l´annonce dans la quatrième de couverture de l´édition du Livre de Poche parue en 2012,«cinq récits qui commencent dans la banalité avant de basculer dans le sordide et la tragédie».
S´il est néanmoins un livre de Gabriel Chevallier dont la réussite ait égalé celle de Clochemerle ce livre-là est sans l´ombre d´un doute son roman le plus poignant, un des meilleurs qu´on ait écrits dans toutes les langues sur la Grande Guerre, naturellement La Peur(1930).
Roger Martin du Gard écrivait en 1956 qu´une exceptionnelle estime l´attachait secrètement à ce livre. Selon le célèbre journaliste Pierre Scize, «sa sincérité est totale, effrayante et parfois cynique». Plus récemment, Bernard Pivot a écrit  qu´il s´agissait peut-être d´un témoignage encore plus terrifiant que Le Feu d´Henri Barbusse et Les Croix de bois de Roland Dorgelès, deux classiques du genre. Enfin, dans son dossier sur les écrivains de la Grande Guerre paru le 24 mai, Babelia, le supplément culturel du quotidien madrilène El País, qualifiait La Peur (traduit en espagnol chez Acantilado sous le titre El miedo)- un des seize livres choisis pour illustrer le dossier- comme un des grands témoignages universels sur la guerre.
«Liberté-Égalité-Fraternité-Mobilisation générale»-c´est cette affiche collée sur les murs des mairies qui attire l´attention des Français le jour où la guerre a éclaté. C´est le sujet du premier chapitre de La Peur. Cette France qui jouissait d´une ambiance de paix depuis plus de quarante ans  et qui avait déjà apparemment surmonté l´humiliation de la guerre franco –prussienne de 1870-1871 qui s´était soldée par une cuisante défaite, avec notamment la perte des départements de l´Alsace et de la Lorraine et la proclamation au château de Versailles du nouvel empire allemand, cette France –là donc qui, à l´inverse, remémorait  les gloires passées bouclait ses bagages pour partir en vacances à la campagne et à la mer. D´autre part «Les terrasses de café sentaient l´absinthe fraîche et les Tziganes y jouaient La Veuve joyeuse, qui faisait fureur». Oh, cette douceur de vivre, cette nonchalance bien française, ce bel été méridional que les autres grandes nations-l´Allemagne ou l´Angleterre-enviaient à ce beau pays de France !  Il se fait pourtant que la guerre arrive et les Français s´en vont à la guerre ! Les réflexions pacifistes fusent dans le roman dès ces premières pages et le narrateur et personnage Jean Dartemont -alter ego de l´auteur- lance ses interrogations : «Les hommes sont bêtes et ignorants. De là vient leur misère. Au lieu de réfléchir, ils croient ce qu´on leur raconte, ce qu´on leur enseigne. Ils se choisissent des chefs et des maîtres sans les juger, avec un goût funeste pour l´esclavage. Les hommes sont des moutons. Ce qui rend possibles les armées et les guerres. Ils meurent victimes de leur stupide docilité. Quand on a vu la guerre comme je viens de le voir, on se demande : «Comment une telle chose est-elle acceptée ? Quel tracé de frontières, quel honneur national peut légitimer cela ? Comment peut-on grimer en idéal ce qui est banditisme, et le faire admettre ?»». Néanmoins, l´homme qui questionne la guerre aussi lucidement y est allé tout de même : «J´y suis allé contre mes convictions, mais cependant de mon plein gré-non pour me battre, mais par curiosité : pour voir»(1).
Dans les considérations que vous venez de lire, on ne peut s´empêcher d´y voir en partie une ruse d´écrivain. Toujours est-il que la guerre est sans l´ombre d´un doute un miroir de la société où toute l´envie, tout le cynisme, toute l´insolence-et dès lors l´insolence inhérente à la jeunesse-s´y reflètent. Gabriel Chevallier dissèque tous les rouages de la guerre: la désorganisation à l´arrivée, un colonel fou, la vie dure dans les tranchées, les obus.  Tout ce qu´il raconte en fait n´est pas nouveau, mais l´auteur le fait avec une verve qui nous étonne à chaque page à telle enseigne que nous nous sentons transportés sur le théâtre de guerre : «Les gros obus, qui ne s´annonçaient plus, éclataient au hasard, avec une flamme rouge, nous secouaient de leur souffle fétide, nous entouraient de jaillissement de métal et de pierres, qui entamaient parfois nos rangs. De longs hurlements humains dominaient, par instants, tous les bruits, se répercutaient en nous en ondes d´horreur et nous rappelaient, jusqu´à nous rendre flageolants, la lamentable faiblesse de notre chair, au milieu de ce volcan d´acier et de feu. Puis la saccade forcenée des mitrailleuses déchirait la voix des mourants, criblait la nuit, la découpait d´un pointillé de balles et de sons. On ne pouvait s´entendre qu´en criant, se distinguer qu´à la lumière boréale des fusées, avancer qu´en s´écrasant dans les boyaux gorgés d´hommes que cette angoisse étreignait : Était-ce une attaque ? Allait-on se battre ?» Et que dire(ou écrire) quand on se trouve brusquement nez à nez avec un cadavre ? Une impression terrible : « Mon visage passa à quelques centimètres du sien, mon regard rencontra son effrayant regard vitreux, ma main toucha sa main glacée, assombrie par le sang qui s´était glacé dans ses veines. Il me sembla que ce mort, dans ce court tête-à-tête qu´il m´imposait, me reprochait sa mort et me menaçait de sa vengeance. Cette impression est l´une des plus horribles que j´ai rapportées du front»(2).
Et pourtant, ce cadavre était un cadavre comme tant d´autres. Il y en avait à foison : intacts, sans trace de blessures, barbouillés de sang, calmes, résignés, hagards et, bien sûr, ceux qui étaient mutilés, des fragments de cadavres, des lambeaux de corps et de vêtements. C´était ça la guerre…
Quand on est témoin d´une expérience humaine aussi atroce, il est naturel que l´on s´interroge, si l´on est croyant, sur le rôle de Dieu. L´auteur le convoque aussi dans son roman.
Dans une conversation avec l´aumônier, Jean Dartemont lui rappelle que la plus grande faute c´est de tuer un semblable qui est un fils de Dieu tout autant que lui. L´aumônier à son tour lui répond que ceux qu´on leur commande de tuer sont des ennemis de la patrie et que le mal ne vient donc pas de Dieu, mais des hommes. Dartemont lui pose alors une question troublante : «Dieu serait donc impuissant ?», mais l´aumônier lui riposte que les desseins du créateur sont impénétrables.  Alors que l´aumônier lui insinue qu´il est saisi par le pêché d´orgueil qui amènera sa ruine, Dartemont lui rappelle qu´il s´agit d´une manière de blasphème puisque Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance. C´en est assez pour l´aumônier qui interrompt le dialogue et lui ouvre la porte. Dartemont qui cherchait des paroles d´espoir a vu au contraire de la rage dans le regard du prêtre et il a fini par conclure : «Dieu ? Allons, allons, le ciel est vide, vide comme un cadavre. Il n´y a dans le ciel que les obus et tous les engins mortels des hommes…La guerre a tué Dieu, aussi !»(3).
Dans ce monde, d´ailleurs, la guerre est une menace perpétuelle-«Nous ne savons ni l´heure ni l´endroit»-, mais la guerre ne se discute pas. Il faut obéir et ne pas y penser : «C´est pourquoi les hommes les plus frustes, les plus illogiques sont les plus forts. Je ne parle pas des chefs : ils jouent un rôle, ils tiennent l´engagement qu´ils ont contracté. Ils ont  des satisfactions de vanité et plus de confort (et certains faiblissent pourtant). Mais les soldats ! J´ai remarqué que les plus courageux sont les plus dépourvus d´imagination et de sensibilité. Ceci s´explique. Si les hommes du petit poste n ´avaient pas été habitués, par la vie déjà, à la résignation, à l´obéissance passive des misérables, ils fuiraient. Et si les défenseurs du petit poste étaient tous des nerveux et des intellectuels, très vite la guerre ne serait plus possible»(4).
Portrait d´un héros meurtri, ce livre est souvent classé dans la catégorie des romans pacifistes, ce qui me paraît somme toute assez naturel étant donné le contenu les réflexions qui le sous-tendent (il fallait d´ailleurs un autre article pour analyser le pacifisme de l´après-guerre et ses conséquences dans les années ayant précédé la seconde guerre mondiale). De toute façon, il est avant tout une grande méditation philosophique, sous forme de roman, sur la guerre, certes, mais également sur la condition humaine, très peu sur ses splendeurs et beaucoup sur ses misères.
Ce roman réaliste et désenchanté où le narrateur met en exergue le quotidien des poilus et ose évoquer la peur dans son propre camp- fait rarissime dans les romans inspirés par les combats de la première guerre mondiale-a causé bien des déboires à son auteur, souvent accusé d´antipatriotisme. En 1939, lors de l´éclatement de la seconde guerre, la vente du roman fut suspendue d´un commun accord entre Gabriel Chevallier et Stock, son éditeur. Le moral des soldats ne risquerait donc pas d´être touché…
Si La peur fait indiscutablement partie de la bibliographie essentielle sur la Grande Guerre, on peine encore à reconnaître sa vraie place au sein de notre histoire littéraire: un des meilleurs romans français de la première moitié du vingtième siècle.

 


 
Gabriel Chevallier, La peur, Le livre de poche, Paris, 2010.

(1)    pages 20-21.
(2)    pages 74-75.
(3)    pages 167-168.
(4)    page 330.


mercredi 25 juin 2014

Ana Maria Matute n´est plus.







La littérature espagnole vient de perdre un de ses noms les plus représentatifs. L´écrivain Ana Maria Matute vient de décéder à Barcelone à l´âge de 88 ans. Née le 26 juillet 1925, à Barcelone aussi, elle appartenait à la génération de 50. 
Dès son premier roman Los Abel(1948), elle s´affirmée comme un des écrivains les plus emblématiques de sa génération. Romancière, mais aussi conteuse et auteur de livres pour enfants, elle a accumulé les prix littéraires les plus prestigieux au cours de sa carrière dont le Café Gijon en 1952(pour Fiesta al Noroeste), le Planeta en 1954(pour Pequeño Teatro) le Nadal en 1959 (pour Primera Memoria), le National des Lettres Espagnoles en 2007 et enfin le Cervantès, consécration suprême, en 2010.
Elle a plus d´une douzaine de livres traduits en français.
Ana Maria Matute, un écrivain immense qui disparaît.