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Féru de littérature française et étrangère, ma plume sévit dans diverses colonnes de journaux, de sites internet pour partager ce goût qui m´anime. Que détracteurs ou admirateurs n´hésitent pas à réagir à mes chroniques.

dimanche 29 mars 2015

Chronique d´avril 2015



 
Les chers disparus de Jérôme Garcin.

Jérôme Garcin
À l´âge de 16 ans, la vie de Jérôme Garcin-né en 1956- a basculé après qu´une chute accidentelle de cheval eut causé la mort de son père. Onze ans après le décès de son frère jumeau Olivier, fauché par une voiture, les coups de boutoir du destin le frappaient derechef.  Jérôme Garcin a donc vécu son enfance puis son adolescence sous le signe de la tragédie. Un de ces événements cauchemardesques, par-dessus le marché, est associé à un des animaux les plus beaux qui soient et pour lequel il nourrissait une passion sans bornes : le cheval. Or, ces événements particulièrement funestes l´ont en quelque sorte aidé, peut-être inconsciemment-ou peut-être pas-, à bâtir une remarquable carrière d´écrivain et un non moins notoire parcours en tant que journaliste littéraire.
Journaliste à l´hebdomadaire L´Événement du jeudi, puis au Nouvel Observateur (devenu L´Obs, il y a quelques mois) dont il dirige toujours la rubrique littéraire, il anime également depuis 1989 l´émission Le masque et la plume sur France Inter.
En tant qu´écrivain, il s´est singularisé pour son attachement à des personnalités fort oubliées de l´histoire littéraire, au sport équestre-avec notamment le roman Bartabas(2002)- et à la recherche, à travers la mémoire, de ses chers disparus, c´est-à-dire, des figures majeures de son panthéon familial. Dans ce dernier registre, il consacre à son père le roman La chute de cheval (1988) et à son frère jumeau le récit Olivier(2011). Néanmoins, dans le cadre de l´évocation de ses chers disparus, on pourrait y inclure aussi le récit Théâtre intime(2003) où il brosse un portrait émouvant d´ Anne Philipe-la veuve de Gérard Philipe- dont Jérôme Garcin avait lu avec un énorme engouement Le temps d´un soupir, le témoignage des dernières semaines de vie du grand acteur français. Jérôme Garcin a connu un jour Anne Philipe, l´a fréquentée et a fini par devenir son beau-fils, après le mariage avec Anne-Marie Philippe. Dans un autre registre, à part des romans inspirés par l´Histoire et un magnifique témoignage d´amitié à l´égard de François-Régis Bastide (Son excellence monsieur mon ami, 2008), il s´acharne à faire connaître des figures importantes des lettres françaises qui se sont distinguées dans la résistance à l´occupant nazi lors de la seconde guerre mondiale. En 1994, il a consacré un essai on ne peut plus intéressant à Jean Prévost(Pour Jean Prévost), écrivain et journaliste, stendhalien, tué en 1943 les armes à la main, sous le nom de capitaine Goderville, dans une embuscade alors qu´il quittait le maquis du Vercors. Cet essai a valu à l´auteur le Prix Médicis de la catégorie.
Or, deux décennies révolues sur ce livre, Jérôme Garcin retrace avec Le voyant la trajectoire singulière de Jacques Lusseyran.
Né le 19 septembre 1924 à Paris et mort le 27 juillet 1971 à Saint-Géréon, Jacques Lusseyran fut un professeur universitaire français et écrivain-auteur notamment de Et la lumière fut, Le monde commence aujourd´hui et La lumière dans les ténèbres- qui s´est distingué en d´ autres domaines que vous découvrirez au fur et à mesure de la lecture de cet article.
Jacques Lusseyran
Sa vie a profondément changé à l´âge de huit ans où, par un malheureux coup du destin, il est devenu aveugle : «À dix heures, la sonnerie annonce la récréation. On se lève d´un bond. On se bouscule, se nargue, se défie-pour jouer, sans mesurer sa force. Par-derrière, un élève, en trébuchant, pousse Jacques, dont la tête heurte violemment un pupitre en bois blond maculé d´encre. Une branche de ses lunettes perce l´œil droit et l´arrache. La douleur est atroce. Tous les enfants crient. Alertés, les professeurs se précipitent. Le visage en sang, Jacques hurle : «Mes yeux ! Où sont mes yeux ! » Il vient de les perdre à jamais. En ce jour d´azur, de lilas et de muguet, il entre dans l´obscurité où seuls, désormais, les parfums, les sons et les formes auront des couleurs».
 Ne s´adonnant point à la mélancolie, avec un courage sans bornes et un aplomb hors de pair,  Jacques Lusseyran disait que la cécité le rendait encore plus heureux, plus affamé de ce que la terre peut offrir. Jérôme Garcin nous rappelle ce qu´il a dit un jour en se souvenant de son enfance : «J´ai su très tôt que la cécité me protégerait contre une grave misère : celle d´avoir à vivre avec les égoïstes et les sots. Car seuls venaient à moi ceux qui étaient capables de générosité et de compréhension. Le choix de mes camarades était plus simple que pour tout autre. Les garçons et les filles qui attendaient de l´amitié un profit personnel, je ne les connaissais pas ; jamais ils ne me dérangeraient. C´est ainsi qu´à l´école primaire, puis au lycée à Paris, j´ai rencontré les meilleurs, sans même avoir à m´en préoccuper. Ils étaient là près de moi, avec moi. Ils m´aidaient à vivre comme si j´avais eu mes yeux, à courir, à grimper aux arbres, à conduire une barque et parfois à chiper des pommes. Et moi, à leur plus grande surprise et à la mienne souvent je leur apprenais à mieux voir.»
Il était encore adolescent et admirateur de la culture allemande, quand la seconde guerre mondiale eut éclaté en 1939, mais déjà un adulte quand elle eut fini en 1945. Alors qu´une certaine France plongée dans une tendre insouciance, fière de sa ligne Maginot qu´elle croyait inexpugnable, n´a pas vu venir la catastrophe et s´est résignée à l´occupation allemande et au nouveau pouvoir de Vichy, nombre de Français ont tissé des réseaux clandestins, ont combattu le farouche ennemi dans l´ombre et au péril de leur vie.  Jacques Lusseyran a fait partie de ces hommes-là. En 1940-41, encore lycéen, il s´est rapproché d´autres élèves antinazis comme lui qui tous ensemble ont formé le mouvement de résistance «Les Volontaires de la Liberté» qui publiait régulièrement -et clandestinement-un Bulletin pour informer la population de leurs actions. En 1941, il a rencontré Philippe Viannay du mouvement Défense de la France qu´il a rejoint, accédant au comité directeur et au comité de rédaction. Enfin, le 20 juillet 1943, il fut arrêté par la Gestapo française et plus tard incarcéré à Fresnes. Cette douloureuse expérience allait lui inspirer dix ans plus tard le roman Le silence des hommes. Pourtant, cette descente au purgatoire n´était naturellement qu´une escale vers l´enfer qui était réservé aux ennemis du Reich, la déportation dans un camp, en l´occurrence Buchenwald. On s´interroge comment il a pu, quinze mois durant, survivre à la faim, au froid, au typhus, au scorbut, à la fièvre jaune, à la broncho-pneumonie, à la pleurésie et à la septicémie. Comme il l´a raconté dans ses livres dont Jérôme Garcin s´en fait l´écho, son miracle est dû à la cécité qui lui aurait épargné les kommandos de travail, à la fraternité des déportés, au pouvoir qu´aurait eu la mémoire de le faire toujours s´évader et à l´indiscutable force de sa foi et de sa force spirituelle.
À la Libération, il a repris ses études : licence de philosophie et doctorat de Lettres modernes sur «Le syncrétisme religieux dans l´œuvre de Gérard de Nerval». Néanmoins, cet enthousiasme pour le savoir qui le faisait vibrer a achoppé sur une loi de Vichy, signée Abel Bonnard, une loi inique qui ne fut abrogée qu´en 1955 et qui empêchait les non-voyants de se présenter aux Grandes Écoles, à l´agrégation, bref à la fonction publique. Après avoir enseigné un temps en Grèce, il a reçu une invitation pour enseigner aux États-Unis où la force de son verbe et ses vastes connaissances ont ébloui tout le monde. Il est devenu «The Blind Hero of the French Resistance». C´est aux États-Unis qu´il a vécu les quinze dernières de sa vie, une vie brutalement interrompue à l´âge de 47 ans quand, lors d´un séjour d´été en France avec sa troisième épouse (oui, il fut aussi un indécrottable séducteur), il fut victime d´un terrible accident de route le 27 juillet 1971.
Jérôme Garcin écrit à la page 23 de ce beau livre : «En France, pays paresseux frappé d´amnésie, nation fatiguée qui juge suspects les exploits hors normes, qui est trop désabusée pour être curieuse de son passé, c´est à peine si l´on connaît cet homme remarquable, dont presque tous les livres sont introuvables». C´est à vrai dire lamentable qu´en France Jacques Lusseyran soit moins connu qu´en Allemagne où ses textes sont inscrits dans tous les manuels scolaires ou aux États-Unis où la traduction de Et la lumière fut est sans cesse rééditée sous le titre : And there was light. The extraordinary memoir of a blind hero of the French resistance in World War II.
L´amnésie n´est pourtant pas un sentiment exclusif de la France. Quasiment tous les pays sont d´ordinaire amnésiques vis-à-vis de leur héros comme s´il fallait ajouter foi au vieil adage selon lequel nul n´est prophète chez soi. Malgré tout, contrairement à d´autres héros anonymes ou tombés dans l´oubli, au moins, Jacques Lusseyran peut-il compter sur le savoir-faire d´un écrivain comme Jérôme Garcin pour immortaliser sa mémoire. Ce n´est pas un hasard si ce livre qui rend hommage à un grand résistant est dédié à Patrick Modiano, auteur qui, dans ses romans, recolle les morceaux égarés d´une mémoire incessamment reconstituée. Puisse un jour Jérôme Garcin être rappelé pour avoir racheté des héros de l´oubli. Des héros qui sont aussi nos chers disparus.

Jérôme Garcin, Le voyant, éditions Gallimard, Paris.

samedi 28 mars 2015

Thomas Tranströmer n´est plus






Le poète suédois Thomas Tranströmer qui s´était vu décerner le Prix Nobel de Littérature en 2011 est décédé jeudi dernier à Stockholm, ville où il était né le 15 avril 1931. 
La renommée de Tranströmer découle largement de sa maîtrise de la métaphore et de sa création d´images novatrices. Le grand poète Joseph Brodsky(1940-1996) -qui a été lui aussi couronné du Prix Nobel de Littérature (1987)- a dit un jour qu´il lui avait volé plus d´une métaphore et le tenait pour un poète d´une grande intelligence. D´autres grands poètes comme Philippe Jaccottet et Adonis comptent aussi parmi ses admirateurs.Ses poèmes chantent le rythme des saisons  et la splendeur de la nature. 
Psychologue de profession, il est devenu en partie aphasique et hémiplégique à la suite d´un accident vasculaire cérébral survenu en 1990. Néanmoins, il a encore publié trois recueils de poésie. 
Il est traduit en français chez Le Castor Astral et chez Gallimard sous le titre Baltiques(oeuvres complètes 1954-2004) dans la collection de poche Poésie.
Thomas Tranströmer, un poète important qui disparaît.

mardi 24 mars 2015

La mort de Herberto Helder, le poète des poètes.







La nouvelle nous a inévitablement plongés dans la consternation. Le Portugal apprenait en cette fin de matinée que son plus grand poète vivant venait de s´éteindre à l´âge de 84 ans, à Cascais, dans la banlieue de Lisbonne.
Né le 23 novembre 1930 à Funchal (Madère), Herberto Helder était l´auteur d´une œuvre poétique immense, originale, d´un langage novateur dans le sillage de l´expérience surréaliste et de la poésie expérimentale. Ces derniers temps, il avait défrayé la chronique à cause du tirage très réduit de ses derniers livres, ce qui avait exaspéré nombre de ses lecteurs.
Ses œuvres complètes étaient constamment réécrites, rééditées et augmentées de nouveaux livres qui surgissaient entre-temps.
Sa discrétion et son refus de recevoir des prix littéraires ont forcé l´admiration de certains milieux littéraires portugais.
Plusieurs titres sont traduits en français: Le poème continu, somme anthologique 1961-2008(collection Poésie, Gallimard) ; Les cent pas (éditions Chandeigne) ; Du monde, précédé de Sceaux, autres sceaux, sceaux ultimes (éditions de la Différence) ; La cuiller dans la bouche (éditions de la Différence) ; Science ultime (Lettres vives) et L´amour en visite-édition bilingue (Babel éditeur).
C´était indiscutablement le plus grand poète portugais du dernier demi-siècle.

dimanche 1 mars 2015

La mort de Yasar Kemal


 
Yasar Kemal(de son vrai nom Kemal Sadik Gökçeli), né le 6 octobre 1923 dans le village d´Hemite, près d´Osmaniye, un des noms les plus représentatifs de la littérature turque, est mort ce samedi à l´âge de 92 ans. Journaliste et écrivain engagé d´origine kurde, il fut souvent harcelé par les autorités turques en raison de ses prises de position. Il a passé un an en prison en 1950 pour «propagande communiste» et en 1996 il fut condamné par la Cour de Sûreté de l´État à un an et un mois de prison pour un article intitulé «La liberté d´expression et la Turquie» où il a dénoncé le traitement de la question kurde par l´État turc.
Ses romans et récits mêlent d´ordinaire la tradition orale des bardes turcs à des influences plus occidentalisées. 
Son oeuvre est composée par des Trilogies comme Au-delà de la montagne, Les seigneurs de l´Aktchasaz, Salman le solitaire ou la série des Mehmed(dont le célèbre Mehmed, le mince),mais aussi  d´autres titres importants comme Tu écraseras le serpent, La légende du Mont Ararat, Alors les oiseaux sont partis ou L´herbe qui ne meurt pas.
Yasar Kemal a reçu de nombreuses distinctions nationales et internationales.

jeudi 26 février 2015

Chronique de mars 2015









Michel Houellebecq : un mécontemporain ?


Quelqu´un me disait l´autre jour (une femme, par ailleurs) : «En plus, il a un air si dégueulasse !»Décidément, Michel Houellebecq ne laisse personne indifférent. Tout sert à tirer à boulets rouges sur l´écrivain français le plus médiatique, les raisons les plus anodines ne manquant pas : son faciès, ses cheveux en bataille, son air un tant soit peu emprunté voire misanthrope (sous le regard d´autrui), enfin sa discrétion.
Michel Houellebecq, de son vrai nom Michel Thomas, né le 26 février 1956 à l´île de Réunion, défraie toujours la chronique à la sortie de chacun de ses livres, au moins depuis Les Particules élémentaires en 1998. Ce deuxième roman de l´auteur-après L´extension du domaine de la lutte, paru en 1994-puis Plateforme, le troisième, publié en 2001, sont considérés comme précurseurs en ce sens qu´ils décrivent la misère affective et sexuelle de l´homme occidental. Ces livres ont déclenché une vive polémique déchirant le milieu littéraire français entre défenseurs acharnés et détracteurs virulents de Michel Houellebecq, devenu en quelques années un des écrivains français contemporains les plus traduits de par le monde. Si La possibilité d´une île (2005)-qui aborde le clonage-a accentué les déchirements autour de l´auteur, La carte et le territoire(2010), couronné du prix Goncourt, a provoqué quand même moins de remous que les romans précédents. Les sujets de ce roman sont l´art, l´argent, l´amour, le rapport au père, la mort, le travail et l´image d´une France devenue un paradis touristique. La polémique autour de ce livre a plutôt gravité autour de questions accessoires comme les protestations de l´écrivain Michel Lévy qui se plaignait d´avoir lui-même auto -édité en 1999 un livre portant le même titre ou encore le côté à tout le moins extravagant d´un pastiche, La tarte et le Suppositoire, paru en 2011 aux éditions De Fallois, prétendu prix «Concours» par Michel Ouellebeurre.    
Le dernier roman de Michel Houellebecq avait déjà provoqué un tollé-surtout parmi ceux qui ne l´ont pas lu- même avant de paraître le 7 janvier. Quelques jours plus tôt, il avait déjà été piraté sur le Net et, le jour de sa parution, la France fut secouée par l´attentat meurtrier perpétré par deux frères radicaux islamistes contre l´hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Dans ce massacre, dans les locaux du journal, ont péri onze personnes entre journalistes, garde du corps, policiers et autres fonctionnaires dont Bernard Maris(1), économiste, chroniqueur et surtout grand ami de Michel Houellebecq qui, visiblement ému, a décidé en accord avec Flammarion, son éditeur, de suspendre toute activité de promotion de son nouveau roman. Cela relève d´une triste ironie si l´on en juge par le sujet de ce roman intitulé Soumission.
Ce roman, relevant de la politique –fiction, éventuellement du roman à thèse, raconte l´histoire de François-peut-être le nom choisi n´est-il pas le fruit du hasard-un professeur universitaire français enseignant à la Sorbonne, donc à Paris,  qui s´est taillé une réputation de sérieux et de compétence après avoir soutenu une thèse sur l´œuvre de l´écrivain décadentiste français Joris-Karl Huysmans, un misanthrope comme François semble l´être en quelque sorte. Il mène une vie sexuelle déréglée, pleine de rencontres fortuites ou de relations fragiles et temporelles avec de jeunes femmes, souvent des élèves. Sa vie commence à basculer en 2022 en raison du grand chambardement politique en France : le second tour de l´élection présidentielle se joue entre Marine Le Pen, candidate du Front National, et Mohammed  Ben Abbes, leader du mouvement islamiste Fraternité Musulmane. Le consensus républicain est d´abord fracassé et les socialistes soutiennent le candidat islamiste au second tour pour empêcher une victoire de l´extrême-droite. À la veille de l´élection, on sent que les choses sont en train de changer, mais le plus étrange est que l´inquiétude qui gagnait d´ordinaire les esprits quand on évoquait la perspective d´une victoire d´un candidat islamiste n´a plus cours. Un Front républicain élargi se constitue et se matérialise-en concomitance avec le ralliement à la candidature de Ben Abbes-dans un accord de gouvernement passé entre le PS, l´UMP et l´UDI avec la promesse, de la part du candidat de Fraternité Musulmane, de nomination de François Bayrou au poste de premier-ministre. L´implosion du système se fait donc sans vraie révolution. La panique ne touche que les Juifs dont un nombre important décide de partir en Israël comme les parents de Miriam, avec qui François couche. Miriam accompagne à contrecœur sa famille dans ce départ et son souvenir s´estompe de proche en proche dans l´esprit de François.
On pressent que des changements se mettront en place un peu partout et c´est ce qui se produit effectivement : les universités s´islamisent, les professeurs devant se convertir à l´islam pour pouvoir continuer à enseigner;  les femmes doivent s´habiller de manière discrète ; la polygamie est légalisée. L´islamisation en douceur de la France fait affluer au pays les pétrodollars des monarchies du Golfe, le chômage chute et le pays est pacifié. Tout le vieux continent est d´ailleurs en train de s´islamiser, le cas le plus curieux étant celui de la Belgique. Lisez attentivement cet extrait : « Tout récemment, le Parti musulman de Belgique venait d´accéder au pouvoir. L´événement était en général considéré comme important, au point de vue de l´équilibre politique européen. Bien sûr, des partis musulmans nationaux appartenaient déjà à des coalitions de gouvernement en Angleterre, en Hollande et en Allemagne ; mais la Belgique était le deuxième pays, après la France, où le parti musulman se retrouvait en position majoritaire. Cet échec sanglant des droites européennes avait dans le cas de la Belgique une explication simple : alors que les partis nationalistes flamand et wallon, de loin les premières formations politiques dans leurs régions respectives, n´avaient jamais réussi à s´entendre ni même à engager véritablement un dialogue, les partis musulmans flamand et wallon, sur la base d´une religion commune, étaient très facilement parvenus à un accord de gouvernement»(2). Donc, la religion avait pu rassembler ce que la langue avait toujours divisé.
Sous l´impulsion de Robert Rediger, un intellectuel converti à l´islam qui avait naguère appartenu à la mouvance identitaire mais qui était vierge de toute accointance avec les fractions néo-fascistes, les musulmans mènent aussi le combat au niveau des idées. Dans un article paru dans la Revue d´études traditionnelles, Rediger met l´accent sur l´universalité du message islamique et rappelle que le communisme, en dépit de son échec, avait été la première tentative de lutte contre l´individualisme libéral, rien que pour souligner que Trotski, au bout du compte, avait eu raison contre Staline puisque le communisme n´aurait pu triompher qu´à la condition d´être mondial. Par contre, l´Église catholique n´étant plus en mesure de s´opposer à la décadence des mœurs, c´est à l´islam de reprendre le flambeau et rejeter le mariage homosexuel, le droit à l´avortement et le travail des femmes parce que« parvenue à un degré de décomposition répugnant, l´Europe occidentale n´était plus en état de se sauver elle-même-pas davantage que ne l´avait été la Rome antique au Vème siècle de notre ère. L´arrivée massive de populations immigrées empreintes d´une culture traditionnelle encore marquée par les hiérarchies naturelles, la soumission de la femme et le respect dû aux anciens constituait une chance historique pour le réarmement moral et familial de l´Europe, ouvrait la perspective d´un nouvel âge d´or pour le vieux continent. Ces populations étaient parfois chrétiennes ; mais elles étaient le plus souvent, il fallait le reconnaître, musulmanes»(3).
François fréquente de plus en plus Robert Rediger et sa conversion à l´islam est donc de plus en plus à l´ordre du jour…
Ne partageant pas à proprement parler l´enthousiasme de l´écrivain Emmanuel Carrère qui place Soumission au niveau de 1984 de George Orwell ou du Meilleur des Mondes (Brave New World) d´Aldous Huxley, je considère quand même ce dernier ouvrage de Michel Houellebecq comme un de ses meilleurs romans et un livre, comme certains l´ont déjà écrit, qui formule les interrogations que se pose cette époque où l´on vit. Un livre où il est aussi question en filigrane du déclin de l´Occident, de la nostalgie d´un certain ordre moral, parfois aux accents caricaturaux et satiriques. D´aucuns n´y vont pas de main morte en déclenchant des philippiques-parfois en le traînant carrément dans la boue- contre un livre qui prête indiscutablement à polémique. Les prétextes les plus divers sont invoqués : l´absence de style ou style plat, le manque de crédibilité et l´islamophobie. Je me garde ici de disserter sur les questions purement stylistiques, un sujet pour un autre débat, mais quant au manque de crédibilité  j´ai lu là-dessus les opinions les plus extravagantes, certains observateurs allant jusqu´à affirmer que la fiction d´Houellebecq n´était nullement vraisemblable puisque la polygamie et l´islamisation de la société française décrites dans le roman seraient contraires à la Constitution française et que le Conseil Constitutionnel aurait mis le holà aux intentions du président islamiste. Sait-on ce qu´est une fiction ? Ignore-t-on qu´un roman n´est pas tenu de suivre les mêmes critères de la soi-disant vraisemblance qu´un essai de théorie politique ou sociologique ?
Contrairement à une autre idée fort répandue, le roman à mon avis ne verse pas non plus dans l´islamophobie. Est-il d´ailleurs interdit d´écrire un livre contre certaines pratiques ou caractéristiques de l´islam sans se voir affubler de l´épithète d´islamophobe ? Certes, Houellebecq, un provocateur sans doute, a dit un jour que l´islam était la religion la plus con qui soit et cela a naturellement ulcéré les musulmans. Pourtant, pourquoi, y a–t-il une levée de boucliers de la part d´un certain islam et des relativistes culturels à chaque fois que l´on se prononce contre l´islam (ce qui n´est pas nécessairement le cas du roman d´Houellebecq) ? Ne se prononce-t-on pas d´ordinaire contre d´autres religions ? Le seul amalgame que l´on ne puisse tolérer –et cela c´est l´argumentaire raciste et ordurier du Front National qui le fait –c´est l´association entre les croyants musulmans qui vivent et pratiquent paisiblement leur foi et les islamistes radicaux. Cela est en effet inadmissible et les extrémistes de droite qui nourrissent ce discours xénophobe font, on le sait, le jeu des intégristes islamiques. Ceux-ci d´ailleurs gagnent du terrain parmi les jeunes musulmans souvent exclus, il suffit de voir le refus d´observer une minute de silence pour les victimes du Charles Hebdo et ceci est indiscutablement inquiétant et préfigure peut-être l´échec du système scolaire français et des politiques d´intégration. Quoi qu´il en soit, on ne peut paniquer devant les menaces des radicaux. Le fondamentalisme islamique est une réponse totalitaire à la modernité et aux valeurs humanistes. Curieusement, les gens qui s´indignent des prétendues offenses au prophète ne se formalisent nullement par contre des carnages du groupe terroriste Boko Haram au Nigéria qui pousse l´ignominie jusqu´à se servir d´enfants de dix ans pour perpétrer des attentats-suicides. Elles ne s´insurgent pas contre la flagellation appliquée au blogger Raif Badaoui en Arabie Saoudite (tiens, un pays allié de la France…), les crimes de l´État Islamique-qui décapite des chrétiens et brûle des musulmans comme le pilote jordanien- ou la fatwa lancée contre l´écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud.
Pour en revenir à Soumission, prenons ce roman pour ce qu´il est : une fiction, intelligente et satirique. Sur Houellebecq, peut-être un jour souscrira-t-on aux paroles de son ami, le très regretté Bernard Maris, qui dans son intéressant essai Houellebecq économiste, paru en septembre 2014 chez Flammarion, a écrit : «Houellebecq est le grand romancier de la main de fer du marché et du capitalisme à l´agonie, comme Balzac fut celui de la bourgeoisie conquérante et du capitalisme triomphant».

(1)Page 278.

(2)Page 276.

Michel Houellebecq, Soumission, éditions Flammarion, Paris, janvier 2015.

dimanche 8 février 2015

Assia Djebar n´est plus

 
Assia Djebar, un des noms les plus emblématiques de la littérature algérienne et de la littérature d´expression française, vient de s´éteindre à Paris.
Née Fatima Zora Ialayène à Cherchell le 30 juin 1936, Assia Djebar a écrit un jour:«J´écris comme d´autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d´urgence contre la régression et la misogynie». Auteur d´une oeuvre éclectique composée de romans, de nouvelles, de poésies et d´essais, elle fut élue à l´Académie française en 2005. 
Parmi ses principaux titres, on se permet de relever La soif(1957); Les enfants du nouveau monde(1962); Femmes d´Alger dans leur appartement(1980); Vaste est la prison(1995);La femme sans sépulture(2002);La disparition de la langue française(2003) ou Nulle part dans la maison de mon père(2007).
Elle a aussi réalisé deux films: La nouba des femmes du mont Cheroua(1979) et La Zerda ou les chants de l´oubli(1982).
Chevalier de la Légion d´Honneur et Commandeur de l´ordre des Arts et des Lettres, son oeuvre fut récompensée par de nombeux prix littéraires internationaux et son nom figurait depuis quelques années sur la liste des écrivains nobélisables. 
La mort d´Assia Djebar laisse dans la littérature francophone un vide difficile à combler.

samedi 7 février 2015

La mort d´André Brink

 
     On vient d´apprendre la mort, à l´âge de 79 ans, du grand écrivain sud -africain André Brink. Né le 29 mai 1935 à Vrede, il a étudié à La Sorbonne, à Paris, et s´est tôt engagé, en se servant de sa plume, dans la lutte contre le régime de l´apartheid dans son pays. Son livre le plus connu Une saison blanche et sèche(A dry white saison)fut couronné du prix Médicis Étranger en 1980 et adapté au cinéma par Euzhan Palcy en 1989.Il écrivait en anglais et en afrikaans et plusieurs de ses livres ont été censurés ou interdits pendant le régime ségrégationniste sud-africain. Il fut également professeur universitaire et traducteur en afrikaans d´auteurs classiques et contemporains de langue anglaise et française. Il a reçu aussi de nombreuses distinctions dont les titres de Chevalier de la Légion d´Honneur(1982) et d´Officier des Arts et des Lettres, en France.
André Brink est mort dans la nuit du vendredi à samedi dans l´avion qui le ramenait de Belgique où il venait d´être nommé doctor honoris causa par l´Université Catholique de Louvain.